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yayiboniLa « Lettre à la République » de l’ancien chef de l’Etat continue de susciter des réactions. La dernière en date provient d’un universitaire, Sabi Ali. Sociologue de formation, il répond au leader charismatique des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) en lui imputant la responsabilité du malheur actuel du pays.

M. président Yayi, comme beaucoup de Béninois, j’ai lu votre « Lettre à la République » en réalité, une lettre adressée au Président Patrice Talon. Sans être partisan d’un groupe politique, je me permets de vous répondre avec ces quelques éléments.

Si on ne peut pas vous reprocher en tant qu’ancien président de la République de vous prononcer sur l’actualité de votre pays, on peut à juste titre regretter et déplorer que vous vous comportiez en manipulateur politique, que vous avanciez des contre-vérités sur les indicateurs de développement, et pire que vous défendiez des actes attentatoires à l’unité nationale et à la cohésion du pays.

Maladroitement et sur fond de cynisme, vous vous posez en défenseur d’une jeunesse que vous avez instrumentalisée entre 2006 et 2016, lui promettant des milliers d’emplois qui ne verront jamais le jour pour finalement vers la fin de votre mandat lui jeter à la figure que vous lui « offririez des ballons et des crampons pour qu’elle vous colle la paix ». Bien plus que n’importe quel dirigeant actuel, vous êtes en réalité comptable en chef du « malaise » des jeunes que vous dénoncez. A l’exception de ceux d’entre nous que vous avez habitués à la facilité, les autres ont, depuis longtemps compris votre incompétence et votre duplicité.

M. le président Yayi, à force de vouloir peindre en noir la gouvernance actuelle du pays, vous n’avez fait que vous contredire. Alors qu’il y a quelques mois, vous vous réjouissez publiquement des réformes initiées par le gouvernement Talon, subitement, on vous surprend à porter une critique virulente contre le Code électoral et la Charte des partis politiques. A n’en point douter, cette façon de verser dans la duplicité cache difficilement vos intentions inavouées de ternir l’image de notre pays. Pour vous qui avez prôné la « démocratie Nescafé », la « dictature du développement », vous qui vouliez « amener les vôtres du Bénin profond pour affronter les autres », vous qui vouliez « bondir » sur vos adversaires, on ne pouvait qu’attendre des propos aussi peu sensés.

D’ailleurs, vous avez été obligé d’avancer des contre-vérités sur certains indicateurs du pays pour donner de la teneur à votre texte. Vous vous demandez « où se trouve aujourd’hui notre pays avec l’Indice de développement humain (Idh) ? » et trouvez que « Notre positionnement n’est pas encourageant ni dans la sous-région, ni dans le continent, ni dans le monde. » Là encore vous jouez à l’autruche, alors que vous prétendez inviter les dirigeants à éviter de pratiquer la politique de l’autruche.

 Mais rien d’étonnant pour un chef d’Etat, qui n’était jamais au courant de ce qui se passait dans son propre gouvernement. Oui, M. le président dont le leitmotiv est : « Je ne savais pas… Ils m’ont trompéééé …. J’ai signé sans le savoir… » est devenu subitement lucide et donneur de leçons. Monsieur le président Gninwèèè, on appelle ça du cynisme, et la jeunesse béninoise mérite beaucoup mieux.

Une chose est claire, vous n’avez pas changé. Autrement, vous vous souviendrez qu’en 2016, le Bénin occupait la 167ème place. Et selon le rapport publié en septembre 2017, le Bénin est passé à la 163ème place sur 189 pays classés par le Pnud selon l’Indice de développement humain (Idh). Il devance ainsi certains pays de la sous-région comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Burkina-Faso, le Mali et le Niger. Au plan africain, notre pays passe de la 35ème place à la 30ème, preuve que les efforts portent progressivement leurs fruits et que le gouvernement est sur la bonne voie. Il en est de même de la croissance économique, qui selon les chiffres du Fmi est de 5,6% en 2017 et devrait s’établir à 6% en 2018 contre 2,1% en 2015, la dernière année pleine de votre règne.

Faut-il vous rafraichir la mémoire sur le progrès du Bénin en matière de gouvernance ? Nous sommes aujourd’hui à la 14ème place sur les 54 pays africains, selon l’indice Mo Ibrahim sur la gouvernance en Afrique. 

Doit-on encore vous rappeler le progrès notable du Bénin dans le classement Doing Business ?  Nous sommes passés de la 174ème place en 2014 à la 151ème place en 2018.

M. le président Yayi Boni, vous avez là un aperçu de la situation du Bénin d’aujourd’hui. Il avance dans la bonne direction.

Il faudrait aussi vous rappeler que votre gouvernance a battu tous les records de scandales au Bénin (Icc-Services, siège inachevé de l’Assemblée nationale, véritable musée de corruption, Cen-Sad, machines agricoles, Ppea2…), que vos errements à la tête du pays ont valu au Bénin de perdre des programmes aussi importants que le Mca. Et nous ne pouvons pas passer sous silence, votre responsabilité personnelle dans le prêt de 15 milliards d’Ebomaf pour la campagne présidentielle du candidat Lionel Zinsou, somme hors norme au regard du code électoral. Je pourrai rallonger la liste avec les nombreux crimes de sang sur la disparition inexpliquée de Pierre Urbain Dangnivo ou le décès tout aussi tragique que mystérieux de Bernadette Agbossou Sohoundji, pour lesquels vos affidés et vous avez empêché la justice de faire convenablement son travail.

 M. le président Yayi Boni, quand on a aussi mal géré un pays et ses deniers publics, on ne donne pas de leçons, on demande pardon au peuple et particulièrement à la jeunesse, première victime.

A l’évidence aujourd’hui, le Bénin est un pays en chantier dans tous les secteurs (santé, éducation, économie numérique, infrastructures, emploi des jeunes…) où vous appelez à faire des efforts que vous-même n’avez jamais osé engager, faute de courage politique et de vision prospective. Quand on a érigé la corruption, le népotisme, le chantage, l’intimidation et l’irresponsabilité comme principes cardinaux de gouvernance pendant 10 ans, et qu’on s’est attelé à détruire sans pudeur tous les fondements de la République, on est mal placé pour donner des leçons à un régime qui a choisi au prix de l’impopularité, de faire des réformes certes douloureuses mais courageuses et utiles pour la reconstruction du pays.

A défaut de reconnaître et de saluer les efforts en cours pour poser les bases d’une Nation solide et prospère, un minimum de bon sens et une petite dose de sagesse vous auraient recommandé le silence.

Pour finir, à votre place, je n’irai même pas servir en tant que Pasteur comme vous l’aviez promis, je m’enfermerai dans un Monastère pour demander pardon à Dieu pour tout le mal que vous avez fait au peuple béninois.

 Sabi Ali,

Professeur de sociologie