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Theodore Holo 2018
La Cour Holo n’a pas pu trancher

A la suite d’une requête de David Nahouan sur la violation de ses droits inaliénables et de ceux du peuple « Waao » ou des « Waabas » anciennement appelé « Yoabous » à travers les différents recensements de la population du Bénin et tous autres travaux le classifiant, où il y a une sorte de confusion avec les Ditammari, la Cour constitutionnelle a rendu une décision le 12 décembre 2017. Au terme de son analyse, elle s’est déclarée incompétente. Ci-dessous, un extrait de la décision 

Extrait de la décision Dcc 17-259 du 12 décembre 2017

 La Cour constitutionnelle,

Saisie d’une requête du 08 août 2017 enregistrée à son secrétariat le 09 août 2017 sous le numéro 1330/230/Rec, par laquelle Monsieur David Nahouan forme un « recours en violation de ses droits inaliénables et de ceux du peuple « Waao » ou des « Waabas » anciennement appelé « Yoabous » à travers les différents recensements de la population du Bénin et tous autres travaux le classifiant.» ;

 Contenu du recours

 Considérant que le requérant expose : «…Les faits …

L’Institut national de statistiques et d’analyse économique (Insae), … à travers les résultats des différents recensements de la population, classe le Waao, de père et de mère que je suis, dans le groupe socio-linguistique « Otamari ». Ainsi, nous les « Waabas »… locuteurs du « Waama », nous nous retrouvons, comme par un coup de baguette magique, « Otamari ». Nos protestations auprès de cette structure restent sans effet. Or, pour être « Otamari », il faut être né de père et de mère ou tout au moins de père « Otamari » tout comme pour être Waao, il faut être né de père et de mère ou tout au moins de père « Waao ». Les « Waabas », pluriel de « Waao » parlent le « Waama » anciennement appelé le

« Yoabou » et eux-mêmes les « Yoabous », par les colons.

Pour être plus clair, Otamari désigne l’individu né de père et de mère ou tout au moins de père Otamari et cet individu parle le Ditamari. Avant les mutations intervenues sous la Révolution, on les appelait les Sombas, mot vulgaire et sans fondement dans leurs riches et belles tradition et culture.

Classer les « Waabas » dans le groupe socio linguistique dit « Otamari », sachant que le « Otamari » c’est celui qui est né de père et de mère « Otamari » ou tout au moins de père « Otamari », constitue une perte d’identité pour nous « Waabas » et une illégitimité vis-à-vis de nos géniteurs, et de façon globale, de toute notre ascendance. » ;

 Considérant qu’il poursuit : « Le danger est donc de faire disparaître de l’histoire écrite, le peuple Waao dont les coutumes, les traditions de la naissance, jusqu’à la mort … et l’ensevelissement diffèrent de celles des Otamaris. Ceci n’est pas un jugement de valeurs puisque nul ne choisit dans quelle ethnie il veut naître pour se croire supérieur. Mais, en même temps, chacun doit s’accepter tel qu’il est venu sur la terre. C’est un minimum qui fonde la dignité.

En effet, en l’état actuel des choses, sans que ce soit l’objet de ma requête, même les statistiques publiées par l’Insae, relativement à ce groupe sociolinguistique, ne sont pas convaincantes, si elles ne sont pas carrément fausses. Cela est dû à l’assimilation retenue par l’Insae comme principe. On ne peut regrouper les ethnies que si leurs locuteurs se comprennent, ne serait-ce qu’en partie sans besoin d’un apprentissage de langue. Hélas ! Ce n’est pas le cas ici. Si vous ne l’apprenez pas. S’agissant des statistiques, je les considère erronées du fait de ce qui précède, parce que par exemple, les Hossoris sont cités comme ethnies et crédités d’être 197 au plan national. Or, les Hossoris, appelés Databas en Waama sont nombreux et peuvent se compter par dizaines de milliers. Mais, ils ne sont pas une ethnie. Ils parlent, soit le Ditamari, soit le Waama selon leur proximité avec l’un ou l’autre de ces peuples. Le Hossori parle le Ditamari ou le Waama ou les deux s’il les a apprises toutes deux.

Il n’y a pas de « langue » Hossori. C’est selon sa filiation que le Hossori est Waao ou Otamari. Mais, l’Insae en fait une ethnie, au même titre que le Waama, assimilée au Otamari … Même dans un seul petit village comme Tampégré, on peut enregistrer plus de 300 Hossoris ou Databas à plus forte raison dans tout le pays.

Où sont passés les autres pour que l’on indique le nombre 197 là où l’on aurait des milliers ou alors rien puisqu’il n’y a pas « un parler » Hossori ?

L’assimilation ouvre la voie à l’enregistrement des populations parce qu’elles ne comprennent rien de l’opération et de son importance sous des ethnies autres que les leurs, surtout quand elles parlent couramment l’ethnie à laquelle on les assimile. Ainsi, pour ce que je sais, les Waabas, en dehors de leur milieu de forte concentration, apparaissent statistiquement très peu ou pas dans les autres milieux où, pourtant, leur nombre n’est pas négligeable. Mais là, la mission revient aux Waabas eux mêmes de travailler à y remédier.

Une forte communauté vit au Nigéria au point de constituer des villages organisés avec un roi intronisé tout en conservant leur nationalité béninoise. Il faudra s’assurer de leur sort.

Les Waabas constituent un groupe ethnique comptant plus de dix communautés différentes aux effectifs non négligeables, qui ont chacun une histoire, une organisation sociale, culturelle et cultuelle. A titre d’exemple, on peut citer les Bêtibas, les Daassabas, les Yaabas, Tangambas, les Nansibas, les Tanforbas, Kpaayaribas, Sékéwesbas, Tantibas, Kontibas, les Daatabas etc.

Leur tradition comporte des nuances par lesquelles on les différencie et personne ne peut se faire introniser hors de sa communauté ni s’asseoir sur n’importe lequel des trônes de chefs coutumiers que celui de sa communauté. Chaque communauté, traditionnellement, répond d’une organisation, d’une série de cérémonies et de ses fétiches précis. Par contre, le Waama reste « la langue de tous ». Le Otamari, traditionnellement, ne fait pas la circoncision alors que c’est de règle chez les Waabas à l’exception des Tantibas dispensés de cela du fait de leur histoire. » ;

 Considérant qu’il précise : « Il est à noter que ces clarifications ne visent pas à se séparer des Otamaris avec qui nous n’avons aucune animosité et aucune ombre. Mais, l’honnêteté intellectuelle impose de restituer les choses. On ne réinvente pas la roue. Si des ethnies avaient été déjà classifiées, il faut les y maintenir. Avec l’appellation Gur ou Oti-Volta, personne n’est assimilée. Même sans le mot « assimilé », le souci de l’Insae serait résolu, à savoir, celui de regrouper les ethnies. Dans ses publications, le professeur Emmanuel Tiando qui peut éclairer convenablement l’Insae a écrit que ces peuples, dans leur ensemble, avaient été appelés les « Kafiris ». Le professeur Ntia Roger peut y aider aussi. Par ailleurs, l’on peut aussi demander aux peuples concernés de se retrouver pour s’entendre et communiquer une appellation consensuelle. Mais en attendant, il faut constater que l’appellation Otamari n’est appropriée que pour ceux et celles qui sont nés de père et de mère Otamari ou tout au moins de père Otamari.

La méconnaissance de l’Atacora et des peuples qui l’habitent a une conséquence négative sur les statistiques issues des différents recensements.

L’affichage de : Ditamari 219 921 au lieu de Otamari 219 921 en est une preuve. Le Ditamari, « langue parlée » est unique et ne peut se chiffrer à 219 921. Il en est de même de Waama 91 910 au lieu de Waaba 91 910… Le Waama « langue parlée » est unique etc. En effet, et par principe, ceux qui parlent le Ditamari sont plus nombreux que les Otamaris puisque ces locuteurs ne sont pas tous Otamaris tout comme par principe, ceux qui parlent le Waama sont plus nombreux que les Waabas puisque les locuteurs de Waama ne sont pas tous Waabas. Les publications, telles que faites, laissent donc une place au doute.

En ajoutant Otamari à l’appellation du groupe, l’Insae, sans le vouloir, a créé le germe de la confusion et de la frustration.

Cette situation génère même aux « Otamaris » un problème

grammatical et de syntaxe : ils ne peuvent pas dire qu’ils parlent le Otamari et ils ne peuvent pas dire qu’ils sont des « Ditamaris » comme le note l’Insae dans les publications.

… C’est difficile de sérier et dénombrer ce qu’on ne connaît ni ne distingue bien. L’Insae a essayé, mais dans ses travaux, des communautés, quelques-unes, ont été citées comme ethnies.

Elles ont été citées comme ethnies, mais n’ont pas été recensées selon leur vrai nombre, ce qui laisse le sentiment qu’un bon nombre de citoyens n’ont pas été répertoriés à bon droit et au bon endroit partout où ils vivent du fait du critère de l’assimilation.» ;

qu’il conclut : « Faire droit à mon recours ouvrirait la voie à la correction fût-elle pour le futur. Ainsi, l’on donnerait au groupe une appellation qui le reflète avec un contenu bien défini débouchant sur des statistiques qui reflètent le terrain. Le Waao conserverait son identité pour mieux enrichir notre pays de ses différences. J’exprime ma disponibilité et celle d’autres volontaires de toutes les ethnies concernées à aider l’Insae dans le travail si besoin est. Mais, le Waao n’est pas assimilable à un Otamari. » ;

 Instruction du recours

 Considérant qu’en réponse à la mesure d’instruction de la Cour, le directeur général de l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae), Monsieur Alexandre S. Biaou, écrit : « … L’Insae, dans ses publications, n’a pas confondu le groupe socio-linguistique Waao aux Otamaris, puisqu’il dispose d’un tableau détaillé des ethnies du Bénin dans lequel figure le Waao, reconnu comme une ethnie distincte. Mais, pour des raisons de présentation, des zones linguistiques (regroupements d’ethnies) sont créées sous le vocable « … et assimilés » en fonction du poids des populations. C’est ainsi que pour la publication des résultats de recensement, les waabas se retrouvent dans « Otamari et assimilés’’ » ;

Considérant qu’il joint à sa réponse un tableau de la répartition de la population selon les groupes ethniques 1992, 2002, 2013 etune nomenclature des ethnies au Bénin ;

 Analyse du recours

 Considérant qu’il ressort de l’analyse du dossier que la requête

de Monsieur David Nahouan tend, en réalité, à solliciter l’intervention de la Cour auprès de l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae) aux fins de correction de toute publication de travaux scientifiques relative au recensement et à la classification des groupes sociolinguistiques qui fait des « Waabas » des Otamaris ; que l’appréciation d’une telle demande ne rentre pas dans le champ de compétence de la Cour tel que défini aux articles 114 et 117 de la Constitution ; que dès lors, il échet pour elle de se déclarer incompétente ;

 Décide :

Article 1er : La Cour est incompétente.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Monsieur David Nahouan, à Monsieur le Directeur général de l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae) et publiée au Journal officiel.

 Ont siégé à Cotonou, le 12 décembre deux mille dix-sept,

Messieurs

Théodore Holo

Président

Zimé Yérima Kora-Yarou

vice-président

Simplice Comlan Dato Membre

Madame Lamatou Nassirou          Membre

                                   Le Rapporteur,

Simplice Comlan Dato

Le Président,

Professeur Théodore Holo