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L’une des paillotes du palais Houégbadja ravagée par l’incendie en janvier 2012

A chaque saison sèche, le palais du roi Houégbadja, fondateur du royaume de Danxomè,  est en proie à l’incendie.  A la faveur des feux de brousse souvent provoqués par les gamins qui sont à  la recherche de petits rongeurs, le patrimoine reconstruit en paille  à grand frais consume. Les responsabilités ne sont jamais situées, parce que les héritiers se jettent le tort.

La négligence expose  le gisement culturel d’Abomey au feu.  Inscrits sur la liste du  patrimoine mondial de l’Unesco,  les palais royaux de la capitale historique du Bénin  sont en danger. Et pour cause.  En 1995, 2012  et  2015,  pendant l’harmattan qui coïncide le plus souvent avec la période dédiée aux feux de brousse, le palais de fonction du roi Houégbadja a plusieurs fois fait l’objet d’un incendie dévastateur d’origine non élucidée. Urbain Hadonou, gestionnaire  du musée historique d’Abomey, tente de justifier la cause d’un tel drame qui frappe de plein fouet et de façon récurrente Abomey. D’après ses explications, l’incendie criminel survient dans le mois de janvier de chaque année. «Cette périodicité est écœurante, et il va falloir consulter nos divinités».  Mais avant, il estime que les enfants qui sont à la quête de rats palmistes mettent le feu à la brousse ; lequel feu, sous l’effet de l’harmattan, se propage très rapidement  pour atteindre les toitures du palais en paille. A cela s’ajoute l’occupation anarchique du domaine par les riverains qui transforment les alentours en un champ de cultures pendant la saison pluvieuse et l’absence d’un esprit de solidarité au niveau de la population qui ne cherche pas à apporter son assistance lors du sinistre. Ces explications ne convainquent pas les héritiers du royaume d’Abomey.
Gestionnaire du musée, le bouc émissaire des princes
Pour  Gabin Djimassè, conseiller communal et Directeur de l’office de tourisme d’Abomey, l’incendie du palais est dû à l’absence d’un plan d’entretien conséquent du site. Or, Abomey, pour avoir abrité le  1er atelier sur la prévention  des risques sur les sites du patrimoine mondial  financé en 2012  par  le royaume de la Norvège à travers l’Ecole du patrimoine africain, a été un cas d’école. « A partir de ce moment-là, nous n’avons plus d’excuse»,martèle Gabin Djimassè.  A l’en croire,  les responsabilités sont partagées.   80% incombent   à l’Etat  et peut-être 20%  reviennent à la mairie et aux  familles royales.  Soutenant son point de vue, il indique qu’à l’issue de cette rencontre de haut niveau, des stratégies ont été mises en place, mais n’ont jamais été  expérimentées. Parmi elles,  il y a, par exemple, la réalisation des pare-feu tout autour du palais. «Mais depuis cette  formation, rien n’a été fait», regrette-t-il.  Il accuse le conservateur d’avoir failli à sa mission. « C’est le conservateur qui devrait les mettre en œuvre.  Il fait son plan.Ilnous fait appel, et on s’associe à lui. Mais ça n’a jamais eu lieu. Ça veut dire qu’on n’a pas d’excuse», déclare le Directeur de l’Office du tourisme. Il indique que la cause principale de ces incendies répétés est le manque d’entretien. « Cela veut dire que nous étalons notre incapacité d’entretenir le site». Le maire d’Abomey, Blaise Ahanhanzo-Glèlè, abonde dans le même sens : «Ce qui écœure, c’est qu’il y a  un conseil d’administration qui gère ce patrimoine.  En tant  que maire et membre de ce creuset, je  fais plusieurs propositions qui n’ont jamais été prises  en compte. En 2011  par exemple,  j’avais proposé  qu’on accorde dans le budget du musée, une importante ressource à l’entretien. Sur une année, on doit avoir un plan d’entretien assorti du coût du  désherbage des 47ha sur 12mois.   C’est de la responsabilité de l’Etat et  donc du conservateur, car  c’est un patrimoine national», a renchéri l’autorité communale. A sa suite, Constant Agbidinoukoun, un prince du royaume, manifeste son indignation : « On n’arrive pas à comprendre comment on a dépensé plus de 200 millions de francs Cfa à réhabiliter ce palais et que le conservateur du musée ne soit  pas  en mesure de  s’occuper convenablement de cela. A l’intérieur, il y avait pas d’herbes qui ont poussé plus de 2mètres. De même, on a laissé le feu embrassé les choses ».
Un pavé dans la marre de la mairie
Urbain Hadonou se défend.  « A chaque incendie,  les Sapeurs-pompiers, une fois sur le site,  sont le plus  souvent confrontés aux problèmes d’approvisionnement en eau pour pouvoir arrêter la propagation du feu.  Or, il y avait un point d’eau qui était installé sur le par les Albigeois. Mais depuis un certain moment, il ne fonctionne plus parce que la Soneb a emporté la vanne et le compteur sous prétexte que  la mairie n’a pas honoré ses engagements », explique le conservateur du musée.   Zéphirin Daavo, ancien gestionnaire du musée d’Abomey, vient en appui et accuse les membres locaux de ce conseil qui, selon lui,  ne  jouent  pas leur rôle. « L’Etat apporte aussi une forte subvention.  Tous les acteurs doivent jouer leurs rôles. C’est un site de 47ha 60a 32ca. Le gestionnaire ne peut pas être partout à la fois. Du moment où la mairie perçoit une quote-part des recettes du musée pour alimenter son budget, cela signifie que sa responsabilité vis-à-vis de la protection du patrimoine devient aussi grande », clarifie M. Daavo. Il rappelle que l’eau d’alimentation doit être payée et dans les contrats, c’est la mairie qui devrait payée la facture. « Nous ne sommes pas là pour jeter la pierre aux uns et aux autres.  Il y a un problème sérieux auxquels il va falloir  trouver des solutions pérennes pour ne pas décourager nos partenaires », se désole-t-il.  « Ce n’est pas bon que l’image du Bénin soit écornée, et les acteurs locaux ont un rôle très important à jouer parce que ce sont eux qui sont là. Ce sont eux qui devraient maîtriser la population  qui entoure le site pour qu’elle aide le gestionnaire dans sa mission. Doter le site d’un plan d’entretien digne qui doit être appliqué de façon participative pour qu’on puisse éviter ces catastrophes», précise Zéphirin Daavo.
La mairie s’en lave les mains
«La mairie ne gère rien.Elle accompagne parce que  le musée  est sur son territoire », déclare le N°1 d’Abomey pour décliner la responsabilité qu’on tente de coller à l’administration communale. Il entrevoit à travers la négligence du gestionnaire une fuite de responsabilité de l’Etat. «En dehors des recettes qui entrent dans la caisse du musée, l’exécutif  communal doit  dégager un fonds pour accompagner les efforts du musée, parce que ce patrimoine est un symbole international et mondial», ajoute Blaise Ahanhanzo-Glèlè. En clair, l’entretien des palais royaux ne se trouve donc pas dans le cahier de charges de la mairie de façon formelle. Toutefois, elle peut contribuer en exécutant quelques tâches.
La cour royale éclaboussée
Avec cette situation, les familles royales ont également reçu leur dose d’accusation. Etant les héritières des palais et sites touristiques, elles sont normalement les premières à s’occuper de l’entretien, de la protection et de la sauvegarde de l’héritage. A ce titre, l’Etat estime qu’elles devraient délibérément s’organiser en leur sein pour accompagner l’administration du musée. « C’est plutôt à un phénomène contraire que l’on assiste», déplore Urbain Hadonou. Au lieu de faciliter la tâche, elles la compliquent davantage en occupant illicitement les lieux. Ce qui ne permet pas de situer les responsabilités en cas d’incendie et de réprimer les auteurs. Dah Agbohessou, garant du palais Houégbadja, balaie d’un revers de main ces allégations en rappelant quelques faits. A en croire ses explications, le musée, étant le  patrimoine de l’Unesco, les familles royales n’ont plus facilement accès aux palais. Ce n’est seulement que lors des cérémonies de libation en mémoire de tel ou tel ancêtre que  les familles concernées se rapprochent de l’administration du musée pour avoir la clé qu’elles remettent aussitôt à la fin des rituels. Dans ce contexte, Dah Agbohessou pense que les familles royales ne pourront rien, même si elles ont la bonne volonté d’accompagner. Ainsi, il exhorte l’Etat à mieux jouer son rôle régalien en mettant à la disposition du musée les moyens nécessaires lui permettant d’accomplir efficacement sa mission.
Zéphirin Toasségnitché