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candide-ahouansouIl est manifestement plus médiatique de proclamer des intentions de réformes institutionnelles et politiques que d’entreprendre celles qui visent à impacter de décisive manière, le bien-être et le bonheur du citoyen ordinaire. En cette période d’un Nouveau départ et au terme des cent jours d’exercice du pouvoir d’Etat, le peuple qui a porté par un vote massif, le Président Talon au pouvoir, trépigne d’impatience. Il attend qu’on lui accorde l’intérêt qui lui est dû et se laisse troubler par certaines rumeurs qui éclosent.

Autant le dire d’entrée de jeu. L’objectif visé par la présente réflexion est de renouveler la suggestion de mise sur pied d’une commission pour étudier les réformes socioéconomiques nécessaires, à l’instar de celle qui a été créée pour proposer, au Chef de l’Etat, les réformes de la vie politique. En effet, à la faveur d’une réflexion que nous avions menée tout récemment intitulée ‘’Nécessaire politique de solidarité et réforme de la gestion sociale’’, nous nous étions permis de suggérer la création d’une telle commission. Nous donnions alors, un bref aperçu des sujets susceptibles de faire l’objet de ses préoccupations que pourraient être : la garantie du pain quotidien au citoyen, la nécessaire règlementation de l’acquisition des terres et l’habitat. Nous avions également considéré les problématiques de la couverture sanitaire universelle et de la protection sociale, notamment la retraite pour tous les Béninois quelle qu’ait été leur condition sociale. Nous entreprenions d’entrer dans les détails de chacun de ses thèmes en commençant par le logement, quand certaines informations troublantes nous parvinrent et nous figèrent.

  Rumeurs

Les rumeurs ont la peau dure et, non démenties, elles se constituent en vérités de société. Et les vérités de société, tirant partie de leur persistance, le cas échéant, finissent par faire office de vérité tout court ; puis elles s’installent, insidieusement dans les esprits et se mettent à conditionner les opinions. Pour l’heure, elles concernent la commission des réformes institutionnelles et politiques qui vient de remettre les conclusions de ses travaux au Chef de l’Etat. Leur persistance nous autorise à en faire cas, d’autant qu’elles ont dépassé le stade du bouche à oreille et qu’elles ont été formellement médiatisées. Ces rumeurs nous apprennent avec grande assurance que ladite commission a coûtée les yeux de la tête aux contribuables. Et la décence nous oblige à taire le montant prétendument alloué à chacun des membres de la Commission. C’était pourtant un simple devoir citoyen, pour les plus censés éclairés d’entre nous, que de dire au Chef de l’Etat comment la cité devrait être gérée pour le bonheur de nous tous. Peut-être avons-nous perdu de vue, en raison de sa proximité, que nous ne sommes plus en période électorale où les candidats pouvaient, au demeurant à bon droit,s’offrir la liberté de payer ce que bon leur semblait aux experts recrutés pour les accompagner dans leur quête du pouvoir d’Etat. Mais, dans le cas de figure sur la sellette, il s’agit bien de l’argent du peuple, du menu peuple qui a le droit de s’inquiéter, le cas échéant, de l’usage qu’on en fait. Ce n’est pas dire, toutefois, qu’il ne faille pas accorder quelque compensation à ceux à qui l’Etat demande un travail particulier pour l’aider à améliorer la gestion de la cité. Le reste est affaire de mesure et de justice eu égard à la situation sociale du peuple dans son ensemble. Le tout, c’est de règlementer les primes à payer en pareille circonstance.

Nous aimons à penser toutefois, que la Commission que nous suggérons ne nous coutera pas autant. En tout état de cause, le peuple n’admettra pas que ses problèmes, à lui, ne soient étudiés que dans le cadre d’un ministère. Ce serait lui faire offense.Il nous rappelle qu’il a faim, qu’il n’arrive pas à prendre les trois repas par jour et que lorsque les bienfaiteurs aident les autorités dirigeantes à lui donner à boire de l‘eau, les crédits disparaissent et que les responsabilités s’évanouissent, confortées qu’elles sont par la certitude de l’impunité réglée par des dispositions constitutionnelles obsolètes et une Haute cour de justice sans cause. Le peuple nous rappelle, en outre, qu’il ne bénéficie d’aucune couverture, ni sanitaire ni sociale, ni de quelque amortisseur social que ce soit. Que le salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) n’est que de 40.000 francs et que pour se loger décemment, il lui faut une fortune.Et c’est cette question du logement que nous considérons dans la présente réflexion. Mais avant cela, il convient de comprendre les appréhensions du peuple.

L’impatience du peuple

Le peuple admet que les réformes institutionnelles et politiques peuvent, en principe et de quelque manière, conditionner et impacter les réformes sociales. C’est justement pour cette raison qu’il attendait,avec grand espoir,les conclusions de la commission technique sur la question de la Haute Cour de justice, convaincu qu’il est que dans sa forme actuelle, cette institution est une entrave à la lutte contre la corruption. Il espérait en conséquence que, d’une manière ou d’une autre, la Commission recommanderait, sans tergiversation ni faux-fuyant, la suppression de cette Cour ou, en dernier ressort,la levée du verrou législatif qui permettrait à la justice de s’autosaisir, sur conclusions d’audits, des cas d’infractions du Chef de l’Etat et des ministres. Mais en fait de recommandations qui fassent autorité et orientent l’action du Gouvernement, la Commission, comme ne voulant pas se prononcer sur ce sujet, en raison probablement des contradictions internes qui se sont faites jour en son sein, nous l’a laissé en l’état purement et simplement en nous renvoyant à des alternatives possibles. Cela n’est pas ce que le peuple attendait. Toutefois, celui-ci devrait avoir à l’idée que la lutte contre la corruption ne rime pas seulement avec la suppression de la Haute cour de justice.

Il sied de reconnaître que les décisions hardies et courageuses que vient de prendre le Conseil des Ministres, suite au rapport de la commission sur les concours frauduleux, participent également de la lutte contre la corruption. Et il est juste de reconnaître que globalement, la gestion du Président Talon entouré des Ministres d’Etat, parait jusqu’alors propre,sobre et efficace tout en étant discrète. Elle ne nous étouffe pas et il convient que le cap soit maintenu ainsi. Nouvelle conscience résolument aux côtés du Président Talon,se doit de jouer sa partition en veillant à ce que toutes les actions du Gouvernement soient frappées du sceau de la justice, de l’équité et du respect des valeurs.

La problématique de l’acquisition des terres

I     Concernant les superficies des parcelles

1) Mesures suggérées

Nous suggérons de réduire les superficies des parcelles et d’en interdire l’acquisition de plus de deux, d’un seul tenant, pour usage de résidence

2) Argumentaire

De nos jours, l’acquisition de parcelles ne connaît aucune limitation. C’est tout juste une affaire de moyens financiers. L’on peut s’acheter toute une agglomération si notre fortune nous en dit. Agissant ainsi par suite d’absence de règlementation en la matière, nous créons, par anticipation, un problème de société du fait que nous hypothéquons et ruinons les chances des classes moyennes d’acquérir des parcelles. Nous accentuons et perpétuons ainsi, les inégalités sociales non seulement dans les temps présents, mais aussi à venir. En effet, le citoyen qui s’est approprié plusieurs parcelles lèguera ses biens domaniaux à ses enfants qui en hériteront sans coup férir tandis que ceux de parents ordinaires ne pourront que regarder faire. Cela n’est pas justice sociale et une nouvelle prise de conscience de la chose ne peut permettre de la laisser se poursuivre ainsi.

II Au sujet du coût des parcelles

1) Mesures suggérées

Nous proposons que l’Etat fixe le prix du mètre carré des terrains, ou tout au moins détermine une fourchette à l’intérieur de laquelle il pourra fluctuer en tenant compte des spécificités du lieu à acquérir. Cela par zones et, si possible par quartiers dans les grandes villes. Pour ce faire, l’on pourrait tirer parti des principes du référentiel que l’Assemblée nationale vient d’établir pour la vente des terrains relevant du domaine privé de l’Etat, qui établit des normes et des repères précises en la matière.

2) Argumentaire

Nous sommes en économie libérale, il est vrai. Mais cela n’empêche pas que l’on contrôle les prix des parcelles. Actuellement, ils n’obéissent à rien ; même pas à la loi de l’offre et de la demande. Ils ne s’expliquent que par la volonté du vendeur tel dans la jungle. Une nouvelle prise de conscience de la situation ne permet pas de la laisser en l’état.

La problématique du type de logement

1) Mesures   suggérées

Nous suggérons de favoriser les constructions en hauteur dans deux directions. La première visant les locations à moindre coût, la seconde visant les acquisitions en copropriété

2) Argumentaire

Tout le monde ne peut pas se construire sa villa d’autant que peu de gens ont les moyens financiers de le faire d’une part, que l’espace disponible n’est pas illimité et que tout citoyen devra se loger de toute façon, d’autre part. De manière discursive, il conviendra de trouver les voies et moyens pour que les gens se logent à moindre coût et que ceux qui veulent devenir propriétaires aient le choix de le faire en copropriété. La solution qui résout les deux problèmes, tout à la fois, est la construction de logements en hauteur qui permettra d’avoir d’un côté des logements sociaux et de l’autre des logements en copropriété.Les constructions que nous qualifions, actuellement, de logements sociaux n’en sont guère. Elles sont attribuées à des gens sans aucune accointance avec le menu peuple. En outre, un logement social ne se construit pas de plain-pied et il se contente d’un confort raisonnable ; il ne se vend pas. Tout le contraire de ce à quoi nous avons assisté jusqu’alors !Le Gouvernement de la Rupture ne peut laisser les choses se perpétuer ainsi.

3) Voies et moyens de promotion

Au rang des mesures susceptibles de promouvoir les constructions en hauteur nous proposons les suivantes :

  1. a) dans l’optique de la location, nous envisageons deux catégories de dispositions :

– les unes, coercitives, tendant à imposer aux promoteurs immobiliers qui n’ont d’yeux que pour les villas, un quota de logements en hauteur sous peine d’amende à payer à l’Etat

– les autres, visant à inciter les particuliers à construire, également, des habitations en hauteur, conçues en appartements pour être loués.

Dans un cas comme dans l’autre, le Gouvernement pourrait mener une politique de défiscalisation des matériaux en vue d’amoindrir les coûts des constructions et permettre, ce faisant, des loyers réduits, se situant en dessous du coût du marché. Pour être éligibles à cet avantage, les promoteurs immobiliers devront déclarer et prouver aux autorités en charge de l’habitat, avant le début des travaux, le caractère social des constructions qu’ils se proposent d’entreprendre. L’on pourrait, alors, envisager que l’Etat signe avec les propriétaires des immeubles ainsi construits,un accord de partenariat visant à maintenir les loyers à des prix raisonnables négociés avec les services sociaux.

  1. b) Dans l’optique de l’acquisition de ces logements en hauteur, sous la forme de condominium, le Gouvernement pourrait faire une politique systématique d’encouragement à la location-vente. En dernière analyse, ce procédé parait le plus indiqué chez nous parce qu’en relation avec notre capacité d’endettement.

4) Les objections possibles à la construction en hauteur et la riposte

Il se trouvera toujours, une opinion d’intellectuels déconnectés pour rabâcher et ressasser qu’il fait chaud dans notre pays, que le Béninois a besoin d’espace au sol pour diverses raisons telles cuisine, vaisselle, lessive et cérémonies ; le tout à l’africaine. En ces temps modernes, ce genre de raisonnement ne tient plus la route. Le petit peuple quant à lui, concerné par la situation, n’a d’autre préoccupation dominante que d’avoir un toit sur sa tête. L’espace au sol devient superfétatoire lorsque l’on a des moyens limités et que l’on peut rassembler à l’intérieur, tout ce dont l’on a besoin pour y vivre décemment. Et de nos jours, la femme béninoise moyenne s’est faite à la cuisine et à la vaisselle, à l’intérieur de son appartement en hauteur, avec l’utilisation généralisée du gaz butane et l’évolution des esprits. Pour ce qui est de la lessive, à défaut de la machine à laver pour qui ne peut pas en acquérir, le lavoir en ciment a déjà fait son apparition dans les appartements, il y a belle lurette. En ce qui concerne les cérémonies et autres manifestations, les architectes urbanistes veilleront à ce que cours, promenades et espaces communs soient prévus au sol, que ce soit pour les logements de location ou des condominiums en immeuble collectif. Ces entités seront gérées par un syndic qui sera responsable devant l’assemblée des colocataires ou des copropriétaires.

  1. IV) Protection des locataires des ‘’carrés vides’’

Ce que nous appelons communément carrés vides sont des espaces occupés par des concitoyens en manque de logement décent et se contentant d’abris érigés sur des espaces destinés à être construits par leurs propriétaires. Ceux-ci ne se préoccupent guère de quoi que ce soit si ce n’est encaisser, le cas échéant, les loyers des huttes y construits sans aucune commodité

Nous suggérons que le Gouvernement demande aux maires de faire appliquer, strictement, les mesures suivantes sous peine d‘amende à infliger aux propriétaires:

– Clôturer les parcelles avec des matériaux durables,

– les pourvoir en eau potable, à charge pour les occupants d’en payer la consommation,

– y aménager, au moins, une latrine techniquement dimensionnée par les services d’hygiène et dont la vidange devra se faire à intervalles fixes et contrôlés par lesdits services,

– remblayer les espaces en situation de dénivellation avant toute location afin de prévenir les inondations,

Tel est l’essentiel de nos propositions sur la question du logement sans préjudice des voix plus autorisées que la nôtre, bien entendu.Le logement restera pour toujours le reflet des classes sociales mais il est une composante déterminante de la dignité humaine; l’essentiel c’est de permettre à tout un chacun de se loger décemment dans la classe dont il ressort. En définitive et en dépit de la gestion éclairée du Président Talon jusqu’alors, le menu peuple est toujours dans l’attente des décisions qui concernent son bien-être

Ambassadeur Candide Ahouansou

Membre du Rassemblement pour la Nouvelle Conscience

Président de l’Organisation Groupe d’Actions pour une Meilleure Qualité de Vie