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Hazoumè
Marc Laurent Hazoumè fait des suggestions pour la refonte du système éducatif

Dans cette opinion, Marc Laurent Hazounmè, enseignant et ancien fonctionnaire de l’Unesco s’interroge sur les conséquences de la cacophonie qui règne dans le monde syndical. Pour lui, pour rendre plus efficace le système éducatif béninois, il faut harmoniser les points de vue en amont, afin d’obliger l’Etat à agir et  éviter les précipitations. Lire son opinion.

« Depuis une décennie ou un peu plus, peut-être, le milieu éducatif béninois s’est enrichi d’une notion nouvelle : « année apaisée ». Un néologisme dont raffolent aussi bien les autorités ministérielles que les différents syndicats d’enseignants, tant il y en a aujourd’hui dans le sous-secteur, malheureusement.Pendant que certains groupes ou groupuscules d’enseignants exigent du gouvernement la régularisation administrative immédiate des enseignants dits vacataires, d’autres se tournent, légitimement du reste, vers les primes ou la réception rapide de leurs salaires pourtant promis à grand renfort médiatique. Les directeurs d’établissements se sentent aussi contraints de donner de la voix pour réclamer, et c’est normal, le versement, à temps, des avances pour un démarrage sans accrocs desactivités. C’est dans une telle ambiance que se  prépare maintenant chaque nouvelle rentrée scolaire. La question que l’on se pose face à ce qui s’assimile à une cacophonie est de savoir si les Centrales contrôlent effectivement les actions syndicales engagées par cette flopée de structures de base qui semblentêtre fondées sur la compétition.On en doute, car la disparité des revendications qui se constate d’un syndicat à un autre et même d’un département à un autre dans le pays le prouve assez éloquemment. Devrions-nous parler declientélisme que l’on voudrait coûte que coûte privilégier au détriment d’actions mieux coordonnéespar les Directions chargées de le faire? Sans pouvoir y répondre, nous dirons simplement que la lutte pour la satisfaction des revendications requiert toute une autre stratégie plutôt que le laisser-faire désordonné et déconcertant qui s’étale sous nos yeux.

Néologisme inéluctable

Lanaissance, dans ce cas, de ce néologisme à la mode devientdès lorsinéluctable. Ce qui met en opposition constante et en « état de guerre » permanent syndicats et autorités ministérielles. Les apprenants devenant ainsi, si nous nous situons dans ce contexte conflictuel, « des boucliers humains ». On est donc là dans le champ d’une communication verbale qui est loin d’être démocratique. Car, syndicats et autorités dénaturent inconsciemment, peut-être, ce qui devrait constituer la norme au niveau du langage. L’expression néologique « Année apaisée » seyant mal au milieu éducatif qui n’aspire qu’à la paix, à la compréhension et à une formation bien conduite. Trouver aujourd’hui des expressions alternatives, aptes à conjurer les conflits et à bannir du système éducatif cette guerre latente à travers les mots, doit rester un défi à relever. Mais  pendant que l’on est sur les différents champs de bataille, l’élément que l’on prend le moins en comptereste bien la situation des apprenants pris en otages et dont les semaines d’apprentissage continuent de s’égrener inéluctablement sans résultat tangible. De cela, il semble que l’on n’en a cure. L’avenir des enfants peut toujours marquer une pause.

Des problèmes de fond

« Année apaisée », expression à la mode, était loin d’avoir été une institution tellequ’il est aujourd’hui devenu. Pourtant, les difficultés inhérentes à tout système éducatif existaient et trouvaient leurs solutions, peut-être même partielles, mais à travers une communication linguistique moins guerrière, loin des champs de bataille, dans tous les cas. Alors, au-delà de cette expression nouvelle dont on nous rabat les oreilles à chaque rentrée scolaire, il y a des  problèmes de fond dont il faudra véritablement débattre pour que nos enfants cessent d’être constamment piégés par le fait d’incompréhensions bien évitables pourtant. Pour pallier ces dérives langagières inutiles, les exemples d’un passé pourtant récent pourraient servir de guides aux actions à mener. Les autorités ministérielles sont elles-mêmes de cette génération-là et pourraient s’inspirer de ce que l’école a toujours été dans notre pays à travers l’organisation pratique et ordonnée des activités liées à toute rentrée scolaire. Prévoir ou anticiper devrait constituer le maître-mot dorénavant pour ne pas laisser croire à des improvisations d’un côté comme de l’autre. Par exemple, une rentrée décidée à quelques semaines de son effectivité reste une de ces décisions que l’on pourraits’abstenirde prendre dorénavant. Car, il ne s’agit là que d’une précipitation qui bouleverse tout, sur tous les plans. L’on devrait faire en sorte, comme cela était de règle, qu’une année qui s’achève soit, à travers une réflexion anticipée, la projection de celle qui s’annonce avec une programmation ordonnée des activités.

Autorité de l’Etat bafouée

Suite à la décision ainsi prise, certains responsables d’établissements privés n’ont pas daigné se soumettre à cette injonction. L’autorité de l’Etat est donc ainsi bafouée. Et ce n’est pas normal. D’autres acteurs n’ont pas manqué de faire référence à la Constitution pour des raisons que seuls cesderniers maîtrisent. Autant de difficultés qui alimentent et renforcent ce néologisme que l’on devra à tout prix bannir définitivement de  notre  lexique dans le système éducatif. Il importe aussi, pour les autorités politiques, de ne pas oublier que les nombreuses revendications souventdisparates sont aussi le reflet d’une certaine opposition politique bien établie quitend à rendre touterentrée « non apaisée ». Les Centrales syndicales sont ainsi prises dans un engrenage duquel elles ont de la peine à sortir. Une bonne raison de plus pour assainir la communication qui semble avoir pris corps pour longtemps mais qui nuit indéniablement. En définitive, que devons-nous faire dans un tel contexte conflictuelau niveau du sous-secteur de l’éducation béninois? Si les difficultés sont identiques dans la plupart des Etats africains, la récurrence de l’utilisation de notre expression nationale nouvelle reste bien rare. Ce qui, bien entendu, change les comportements des uns et des autres face aux problèmes existants. Il faut donc se poser les meilleures questions pour bannir les notions linguistiques qui nous conditionnent nécessairement dans nos prises de position. Pourquoi le paiement des primes, le versement des salaires avant un terme échu et bien d’autres exemples encore devraient-ils intervenir pour que l’année soit « apaisée » ? Est-ce l’objectif qui devrait être assigné à tant d’actes positifs en soi ? Des actes normaux qui relèvent de droits acquis pour tous les acteurs du système. Ainsi compris, l’objectif doit être ailleurs. Car, même en envisageant une sur-rémunération en vue d’une « année apaisée » les résultats positifs pourraient malheureusement ne pas être au rendez-vous. L’anticipation de la résolution de l’ensemble des problèmes liés à la vie des acteurs et à leur formation bien menée devrait constituer des impératifs pour tous. Si cela est fait, la fameuse néologie connaîtra sa mort certaine au Bénin.Que l’on nous épargne doncdorénavant tous les  discours larmoyants, plaintifs et rageurs que connaissent les rentrées scolaires successives depuis quelques années. Syndicats et autorités doivent adopter, à cette fin, une sémantique nouvelle qui éradiquera définitivement l’atmosphère conflictuelle actuelle qui compromet gravement l’existence d’un environnement éducatif sain. Nous pensons, des lors, que la réussite pour soi, la réussite pour les apprenants devraient être les seuls buts à atteindre. Le pays tout entier en a besoin ».

 

Marc Laurent Hazoumè

                                               Enseignant à la retraite

                                                               Ancien fonctionnaire de l’Unesco