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LIONEL-TALON
Lionel Talon n’a pas pu obtenir son visa

Alors que le peuple béninois et le monde entier croyaient avoir affaire à un homme de parole qui a déclaré, urbi et orbi, de son propre chef, qu’il a pardonné ses compatriotes qu’il a, entre-temps, imaginé avoir voulu attenter à sa vie, c’est plutôt à une pirouette qu’on assiste. Cela est d’autant déroutant, décapant voire déconcertant quand il s’agit d’un chef d’Etat dont la parole est mise en doute. Il vient de s’illustrer à travers le refus d’octroi de visa à l’enfant de Patrice Talon à travers le Consulat général du Bénin en France.

Il s’appelle Lionel Talon. Il est l’un des fils de Patrice Talon et, donc, originaire du Bénin et plus précisément de la ville de Ouidah, la terre de ses aïeuls. Il a décidé de rentrer au bercail. Mais, il se heurte à un hic ! Et pourtant, il est détenteur d’un passeport et d’une carte d’identité, tous béninois. Ceci, bien que périmés. Aussi titulaire d’un passeport français parce qu’ayant une double nationalité, il se présenta au Consulat général du Bénin en France avec ses pièces d’identité béninoises et celles françaises pour solliciter un visa en vue de rentrer chez lui et profiter de son séjour au bercail pour renouveler ses documents de voyage béninois. Mais, contre toute attente, il lui a été refusé la délivrance dudit visa pouvant lui permettre de retourner au pays de ses ancêtres. Extraordinaire non ? Et surtout, aucune raison officielle ne lui a été servie pour justifier ce fait inédit dans ce service diplomatique dirigé par le Consul général Adamou Aba Bagnan : refuser à un Béninois, même s’il a une double nationalité, de rentrer chez lui. Mais, comme dans de pareils cas, les langues se délient toujours, avec les recoupements faits auprès de ce Consulat du Bénin en France qui refuse de délivrer ce sésame au fils du pays pour rentrer chez lui, il nous est revenu que l’ordre est venu d’en haut. C’est qui cet en haut qui ne serait pas le Ministre des Affaires étrangères ? C’est plutôt du Palais de la Présidence que serait venu cet ordre digne des régimes dictatoriaux. Sinon, comment peut-on empêcher un Béninois de regagner la terre de ses ancêtres pendant que dans ce même Consulat général, le visa est délivré à tour de bras à des non Béninois qui visitent le Bénin en toute tranquillité ? Es-ce le patronyme que porte Lionel qui gêne ? Si oui, pourquoi ? Est-ce aujourd’hui commettre un crime de lèse-majesté que de porter le patronyme Talon ou d’être un rejeton de Patrice Talon ? Doit-on opter pour un changement de patronyme si l’on est enfant de Patrice Talon ? Ou doit-on changer de nationalité si l’on a pour pater Patrice Talon ?

En d’autres termes, Yayi Boni peut-il aujourd’hui empêcher Lionel Zinsou, son 1er ministre qui jouit de la double nationalité comme le fils de Patrice Talon de rentrer à Cotonou ? Comment peut-on empêcher certains Béninois de rentrer chez eux pendant que, dans le même temps, il est donné carte blanche à d’autres de venir chez leurs aïeuls sans difficulté ? Lionel Zinsou et Lionel Talon, tous deux Béninois, ont-ils des statuts différents lorsqu’il leur faut délivrer à chacun d’eux un visa pour regagner la terre de leurs ancêtres ? La question est posée à Yayi Boni et surtout à son 1er ministre qui se trouve aujourd’hui dans la même position que Lionel Talon. Que l’univers de Dieu est insondable lorsqu’on constate que ces deux Français d’origine béninoise portent tous deux le nom Lionel ! Alors, si c’est bien du Palais de la Présidence qu’émane cet ordre pour le moins insolite et saugrenu, cela ne peut être que l’œuvre du patron des lieux dont on connaît les démêlés avec l’homme d’affaires Patrice Talon. Et pourtant, les Béninois avaient cru que tout était fini lorsqu’ils ont écouté leur chef d’Etat déclarer dans un message à la Nation, le 14 mai 2014, qu’il a accordé son pardon, dans les affaires créées de toutes pièces pour brouiller les relations entre lui et son ex-ami Patrice Talon. Mais erreur ! Quelque soit la peau d’agneau dont est revêtu le tigre, il demeure toujours un tigre prêt à mordre jusqu’au sang !

 Chassez le naturel…

 Pour le Béninois lambda, le nom Talon n’est plus à démontrer. Quand on évoque ce nom, c’est bien de Patrice Talon que l’on veut parler. Celui-là même dont Yayi Boni s’est bien servi de la générosité pour se faire hisser au pouvoir et, l’instant d’après, le prend en aversion au point de chercher à le mettre au gnouf. Quelle lâcheté ! Quelle ingratitude ! Quelle ignominie ! Par cet odieux acte, Yayi Boni vient de donner, une fois encore, la preuve de ses errements à la tête du Bénin depuis ce malheureux jour du 6 avril 2006 où le pape du Changement, prêtant serment, a, en direct, rejeté le tort d’une gaffe sur les services du protocole d’Etat. L’homme venait ainsi de donner un signal sur ses réelles capacités à mieux gérer la vie des millions de Béninois. Depuis lors, ce sont des gaffes sur des gaffes, des errements sur des errements, des déviances sur des déviances qui s’enchaînent à tour de bras. Tel est le cas de la décision de refus d’octroi de visa à un fils du Bénin pour rentrer chez lui. Simplement parce que Lionel a comme patronyme Talon et surtout qu’il est un des rejetons de Patrice, Yayi Boni transpose sa haine contre son sponsor politique d’hier sur le fils de ce dernier. Mais, lorsqu’on voit ces signes, cela ne trompe pas sur la vraie face de l’homme du Changement subrepticement mué en Refondation sans lendemain. En réalité, depuis qu’il se susurre dans les états-majors politiques que l’homme d’affaires Patrice Talon a des ambitions présidentielles pour les élections de 2016, c’est comme si un tournis s’est emparé de Yayi Boni au point de lui donner la diarrhée et même de l’insomnie. La raison a déserté le forum dans cette maison de la République où il nous est parvenu que tout se met chaque jour en place pour empêcher, coûte que coûte, Patrice Talon d’être candidat à la présidentielle de 2016 dont le 1er tour est déjà fixé au 28 février.

Mais, Yayi Boni pense-t-il que le destin de Patrice Talon se trouve dans ses mains pour qu’il se donne l’illusion de barrer la voie d’une fonction à laquelle est prédestiné l’homme d’affaires béninois qui se mue, peu à peu, en homme d’Etat et qui ferait certainement mieux que les affres auxquelles le peuple est soumis, malgré lui, depuis bientôt dix (10) ans de gestion déviante et sclérosée ?

Si aujourd’hui Yayi Boni empêche l’enfant de Patrice Talon de rentrer à Cotonou, c’est sûrement parce qu’il prépare le même coup pour son pater qui ambitionne de lui succéder dans les sept (07) prochains mois au terme de la fin de mandat constitutionnel. Qu’il se le tienne pour dire, persécuter Patrice Talon, c’est lui ouvrir directement le boulevard de la Marina. La sociologie politique béninoise devrait suffire pour lui rappeler son passé à lui en 2005 lorsqu’à Cotonou, le débat sur sa résidence faisait rage dans le dessein d’empêcher le président de la Boad d’alors de briguer la présidence de la République du Bénin.

 Emérico Adjovi