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MICHEEL-SOGBOSSI
L’ancien ministre Michel Sogbossi a voué Yayi aux gémonies

Reçu dimanche 08 mai 2016 sur la chaîne de radio Soleil Fm, notamment l’émission « Grand rendez-vous », au cours de laquelle il a commenté l’actualité  nationale, l’ancien ministre de l’agriculture Michel Sogbossi a porté un regard  sévère sur la gouvernance de son ancien patron. Rappelant les conditions dans lesquelles il a travaillé à ses côtés, il souligne que l’homme n’écoutait personne et faisait à sa tête. Il reconnait qu’il y a eu des avancées au cours du premier mandat, mais que le second a été un quinquennat de trop, ajoutant qu’au regard des décisions qu’il prenait, il émet des doutes sur son titre de Docteur en économie. Lire un extrait de ses propos.    

Quelle appréciation globale faites-vous du double mandat de votre ancien leader charismatique, comme cela se disait à l’époque ?

Je voudrais d’abord signaler que je n’ai pas travaillé à la réélection avant de devenir ministre. J’ai travaillé à l’élection. J’ai commencé à travailler aux côtés du docteur Boni Yayi depuis 2005, avant qu’il ne soit candidat. Donc, je n’étais pas celui-là qui est venu parce qu’il est devenu Président de la République. Je croyais en l’homme. Je savais qu’avec lui, on pouvait assurer le développement du Bénin. Effectivement en 2010, j’ai été appelé au gouvernement. Donc, j’étais ministre du gouvernement quand nous avions travaillé à sa réélection. J’étais membre de la coordination nationale des Forces Cauris pour un Bénin Émergent, (Fcbe). Naturellement, nous tenions des réunions, que ce soit en coordination ou avec le Président lui-même. On ne manquait pas de signaler un certain nombre de dysfonctionnements qu’on voyait venir. Mais malheureusement, vous savez, le premier responsable peut avoir des informations que vous n’aviez pas ou peut aussi parfois faire à sa tête.  Ce n’est pas à l’approche de l’élection présidentielle de 2016 que Michel Sogbossi a quitté Yayi Boni. Si vous vous rappelez, il y a eu un mouvement qui était né, le Mouvement pour un Sursaut Patriotique. C’était le 4 octobre 2014 avec le professeur Mathurin Coffi Nago, entre-temps président de l’Assemblée Nationale et madame Aholou Kêkê. Et à cette occasion, nous avions dit que nous nous sommes trompés. Nous avions trompé le peuple et nous demandons pardon et avant d’en arriver là, nous avions essayé beaucoup de choses pour que les choses se corrigent, mais malheureusement, on n’était pas entendu.

Il y a beaucoup de personnes qui vous reprochaient à l’époque Monsieur Sogbossi d’être venu faire ces déclarations tout simplement dans la perspective de l’élection président de 2016.

Vous savez, moi, je salue encore cette sortie du 4 octobre 2014, parce que avant le 4 octobre 2014, le pays était dans une psychose terrible ou personne n’osait lever la voix pour parler, mais tout le monde savait qu’on allait de mal en pire. Il fallait bien un groupe qui sorte, qui puisse libérer la parole pour que les gens reprennent la parole et disent vraiment ce qu’il y a à dire. Nous sommes fiers d’avoir été les précurseurs. Evidemment, il y avait quelques personnalités qui parlaient de temps en temps et nous, on est fier d’avoir fait ça. Pour revenir à la question qui m’a été posée, je crois que vous comprenez avec moi que naturellement, le second régime ou le second mandat de Yayi Boni était un mandat de trop. Le premier mandat était encore quelque chose d’un peu acceptable.

Certains ont dit que c’était un accident de parcours, l’avènement de Boni Yayi à la tête du pays.

Moi, je ne dirai pas exactement ça. A cette époque, beaucoup de Béninois pensaient que c’était lui l’homme de la situation et qu’il pouvait nous aider à sortir de l’ornière. C’est le second mandat qui était de trop.

Est-ce que vous n’êtes pas en contradiction vous-même lorsque vous aviez affirmé tantôt que vous aviez œuvré pour le second mandat ?

Non. Le premier mandat pour nous, c’est vrai, il y avait quelques couacs mais on sentait au moins une certaine avancée. Le second mandat naturellement, quand vous êtes dans un régime, vous travaillez. Ce n’est pas au premier coup que vous claquez la porte. Nous avions travaillé à faire avancer les choses, à faire en sorte que le Président Yayi Boni comprenne qu’il faut une certaine direction pour que les Béninois se sentent à l’aise. Mais, malheureusement, nous n’avons pas été compris. Et ça, c’est après la réélection en 2011. Et je crois que le K.o que nous avions offert au Président Boni Yayi par le suffrage universel était un peu comme des ailes qu’il a prises et il a commencé par planer au-dessus de tout le monde.

On dit aussi que ce K.O n’était pas catholique

Je ne peux pas dire que ce K.o n’était pas catholique, puisque j’y ai contribué .Ce qui s’était passé en réalité en 2011, je peux vous dire que ce Ko était propre.

Quelle appréciation globale vous faites, avec le recul, sur ce que fut ce double mandat de Yayi Boni ?

Nous, on aurait pu se passer du second mandat, mais le premier mandat pour moi a apporté des choses. C’est au cours du second mandat que nous sommes allés véritablement décrescendo et cela a fait voir que notre pays a beaucoup reculé. J’ai travaillé aux côtés du docteur Boni Yayi. Je le connais.  Je  sais que ce n’est pas l’homme à se laisser faire. C’est quelqu’un qui impose toujours ce qu’il pense quand bien même vous estimez qu’il n’a pas raison et que vous lui dites « Monsieur le Président ! Vous n’avez pas raison. Vous tournez, tournez, vous revenez toujours à sa décision. Les gens n’applaudissent pas pour applaudir .J’ai fait le gouvernement de 2010. Je sais qu’il y avait des valeurs dans ce gouvernement. Il y a avait des gens qui pensaient qu’il faut travailler à développer ce pays .Ce que j’ai reproché personnellement, c’est que, on aurait pu faire mieux, mais malheureusement, le président pensait qu’il détenait la vérité dans tous les domaines. Donc, ce n’était pas parce qu’on n’était pas capable de faire des choses, mais parce qu’on n’avait pas la liberté de nos expressions.

Est-ce à dire que le seul obstacle c’était Yayi Boni?

Le poisson pourrit par la tête et le docteur Boni Yayi n’avait pas permis que les gens l’aident à diriger le pays de façon efficace pour lui permettre vraiment  d’avoir les résultats.

Certains estiment, Michel Sogbossi, que les décisions que vous preniez à l’époque, dont on nous rendait compte avec beaucoup d’emphase sur les médias publics, n’étaient parfois pas la décision du conseil des ministres mais c’étaient des décisions de Boni Yayi. Est-ce vrai ?

Non ! Mais, il y a quand même des décisions que le conseil des ministres prenait, surtout quand il n’y avait pas d’enjeux majeurs. Il y avait des décisions qu’on dit que le conseil prenait et que nous-mêmes, ministres, on suivait à la télé comme tout le monde.

Transcription : Abib Arouna