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REINE-TASSI2
Cette amazone avait fait la fierté de Danxomè

Les femmes amazones du royaume de Danxomè ont joué un rôle primordial aux côtés de la plupart des souverains lors des guerres contre l’invasion étrangère grâce à l’ingéniosité de la  reine Tassi Hangbé, la sœur jumelle du roi Akaba. Elle a valorisé la gent féminine et représente un symbole pour le royaume d’Abomey.

« Agoodjié ! » Ce nom paraît étrange pour bon nombre de ressortissants du royaume de Danxomè. Il ne s’agit pas d’une incantation, mais plutôt de l’appellation des femmes guerrières qui exécutaient des missions impossibles des rois. En réalité, il s’agit d’une armée combattante dont la reine Tassi Hangbé avait jeté les bases lors de son règne au trône  de 1708-1711, juste à la suite du décès de  son frère Akaba dans le but de faire valoir la compétence des femmes. « Elle a pris cette initiative parce qu’elle veut donner une place à la femme au sein du royaume », renseigne Damien Mariano Agliti, guide touristique à l’Office de tourisme et région (Otr) d’Abomey. Restée à l’étape embryonnaire, cette Armée  féminine a été réorganisée et restructurée par le roi Ghézo (1818-1858). Ainsi, Tassi Hangbé n’aura pas vécu en vain. Elle a également positionné les  femmes dignitaires du royaume de par les Tassi. Ces femmes sont identifiables par leurs pagnes souvent posés sur la tête. S’agissant des amazones, elles sont des femmes robustes âgées de 15 ans au plus. Elles sont recrutées de maison en maison en se fondant sur la taille comme critère de sélection. Composant l’armée Dahoméenne forte de 200 membres, elles assurent la garde rapprochée et  personnelle du souverain.
La composition de l’armée féminine
Au sein de cette armée féminine, explique Damien Agliti,  chaque femme joue un rôle précis et déterminant en vue de l’atteinte des objectifs. Ainsi, on note la présence remarquée de Tata Ajatchè, réputée pour son adresse, sa précision à l’arc et la justesse de son tire au fusil. ‘’Nanga’’ quant à elle, est une femme mystérieuse, une héroïne de la guerre anticoloniale. La ‘’Gulenentos’’ est un corps de cette armée qui utilise de longs fusils à munitions de fabrication locale. Les ‘’Nyekplonentos’’ sont équipées de grands coutelas en forme de rasoirs. Les ‘’Gohentos’’ sont armées de redoutables flèches à tête crochue. Les ‘’Gbetos’’ quant à elles, surnommées les chasseresses, sont spécialisées dans le harcèlement de l’ennemi. Les différents corps de cette armée dahoméenne et les femmes spécialisées renforcent périodiquement leurs capacités en vue d’être plus aguerries. Elles suivent donc régulièrement leurs formations militaires à ‘’Hongbodji’’, un site situé à Zassa environ à 5km d’Abomey centre. Ici, quelques  ruines du palais privé du roi Agadja, transformé plus tard en camp d’entrainement des amazones, résistent encore aux intempéries. Le domaine de plus de 10hectares est occupé par les cultures vivrières. Après cette formation, chacune d’elle la met en pratique sur le champ de bataille.
Le serment de la conquête
Pour venir à bout de l’ennemi, les amazones font des promesses au roi après  la préparation matérielle et spirituelle. La préparation matérielle  vise à apprêter les outils de combat tels que les sabres, les gourdins et surtout leurs mains. La préparation spirituelle consiste, à en croire Damien Agliti, à préparer  mystiquement, depuis  la veille, les femmes guerrières par de décoction et autres poudres magiques. La troupe est par la suite  présentée au roi à ‘’Adanzoundji’’, une place publique devant le palais privé du roi Guézo  au quartier  Hounli. « Deux temps forts marquent cette cérémonie de présentation», informe Damien Agliti.  Dans un premier temps, le roi demande l’assistance de ses ancêtres (esprits des rois et dignitaires défunts) afin qu’ils conduisent victorieusement les attaques. La seconde phase est consacrée à la prestation de serment des guerrières.  Devant le roi,  les chefs de guerre et les amazones, la main sur le cœur, jurent loyauté, fidélité et s’engagent à ramener l’ennemi mort ou vif. Ils montent sur la tribune pour jurer vaincre les ennemies. Une fois que le souverain a pris acte du serment, les  amazones prennent le départ à travers une caravane pédestre à l’aller comme au retour. Malheureusement,  suite à la mort du roi Guézo, la troupe n’a plus résisté au temps. Néanmoins, elle a laissé des traces qui disparaissent progressivement.
Zéphirin Toasségnitché