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Adrien Houngbédji regrette le vote de non-recevabilité des députés

Le Chef de l’Etat, Patrice Talon, n’est pas le seul à être marqué par l’échec du projet envieux de révision de la loi fondamentale du 11 décembre 1990. La deuxième personnalité du pays Adrien Houngbédji a également exprimé son regret hier au cours de son discours d’ouverture de la première session ordinaire de l’année 2017.
Adrien Houngbédji a abordé la question du rejet de la Constitution avec un brin d’insatisfaction. Il voit cette noble ambition rangée au placard par ce qu’il appelle un attachement émotionnel qui frise le fétichisme pour la loi fondamentale. Ces pesanteurs et bien d’autres considérations ont tué dans l’œuf ce beau rêve de réformes et d’avancées espérées à travers ce processus de révision. L’abolition de la peine de mort avec enfin la délivrance des nombreux compatriotes maintenus dans le couloir de la mort, le vœu de l’opérationnalisation de la Haute Cour de justice, la Cour des comptes, la représentation des femmes, bref tout ceci tombe du coup suite au vote du mardi dernier. La seconde personnalité du pays éprouve du regret. « Le peuple béninois demeure attaché à la Constitution du 11 décembre 1990 : un attachement émotionnel qui frise le fétichisme, qui frappe de suspicion toute initiative de révision et qui condamne à l’échec toute tentative de révision, et qui malheureusement laisse sans solution les problèmes réels ». Le temps du rêve pour un idéal étant passé, le Bénin retrouve donc son ancienne vie. Cette forme d’aversion frontale au changement désole quelque peu le président Houngbédji qui, dans tous les cas, ne manque pas d’être optimiste. La prochaine tentative pour une possible révision de la Constitution ne  se passera peut-être pas sous son magistère, mais il garde espoir qu’un jour, ceci sera réalité. « Je crois sincèrement que nous aurions pu profiter de l’opportunité que nous offrait le projet de révision, pour engager et faire aboutir ces réformes-là, dont chacun reconnaît la nécessité. Je garde espoir que la fièvre tombée, notre peuple trouvera un jour, les voies qui lui permettront d’accomplir les réformes constitutionnelles indispensables à son développement ».

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Extrait du discours du président Adrien Houngbédji
« La séance de ce jour, qui inaugure la première session ordinaire de l’année 2017, s’ouvre au lendemain de la clôture de la 3ème session extraordinaire de cette même année, que nous avons consacrée à l’étude et au débat sur le projet de révision de la Constitution du 11 décembre 1990. Débat clôturé le mardi 04 avril par un vote de rejet, faute pour le projet de révision d’avoir obtenu les ¾ de vos suffrages : 60 oui ; 22 non; le non l’emporte. C’est la démocratie. Ce fut un moment historique. Historique par la fièvre qui s’est emparée du Pays dans les jours précédents.
De cette fièvre, nous devons tirer la leçon que le peuple béninois demeure attaché à la Constitution du 11 décembre 1990 : un attachement émotionnel qui frise le fétichisme, qui frappe de suspicion toute initiative de révision et qui condamne à l’échec toute tentative de révision, et qui malheureusement laisse sans solution les problèmes réels : la peine de mort qu’il faut abolir ; la Haute Cour de Justice qu’il faut rendre opérationnelle ; la Cour des Comptes qu’il faut créer, la représentation des femmes dans les instances de décision ‘’qu’il faut améliorer’’, la réforme de notre ‘’système partisan’’; et j’en passe.
Je crois sincèrement que nous aurions pu profiter de l’opportunité que nous offrait le projet de révision, pour engager et faire aboutir ces réformes là, dont chacun reconnaît la nécessité.
Je garde espoir que la fièvre tombée, notre peuple trouvera un jour, les voies qui lui permettront d’accomplir les réformes constitutionnelles indispensables à son développement.
En attendant que vienne ce jour, permettez-moi de vous exprimer mes sincères félicitations pour la qualité de vos interventions. C’est en toute liberté que vous avez librement exprimé vos convictions, dans un débat riche de sens, respectueux des opinions de chacun, soucieux que vous étiez les uns et les autres, de l’intérêt supérieur de notre Pays. Un vrai débat de parlementaires, contradictoire, argumenté, sans éclat de voix. Ce faisant, vous avez honoré l’Assemblée nationale ; vous avez honoré le Bénin.
Un fait de procédure, passé inaperçu, ou sous silence, illustre mon propos : lorsqu’à la fin de la discussion générale, et en application des textes de notre Règlement intérieur, la question fut posée de savoir quel était le mode de scrutin de votre choix, public ou secret, c’est unanimement, comme un seul homme, que vous avez choisi le scrutin public.
Vous auriez pu choisir le contraire ; car la foule grondait, les réseaux sociaux s’agitaient, vos numéros de téléphone avaient été publiés, vous étiez livrés à la vindicte populaire. Et malgré le danger qui menaçait de toutes parts, vous avez voté ‘’pour’’ ou ‘’contre’’, publiquement !
Vous avez pris vos responsabilités ; publiquement. En le faisant comme vous l’avez fait, vous avez honoré notre démocratie.
Car la démocratie, la vraie, est celle où chaque institution est respectée dans ses prérogatives, et non pas celle où chaque groupe d’intérêt prétend assujettir les institutions à son bon vouloir.
Vous avez prouvé que vous êtes l’Assemblée nationale.
Vous avez prouvé qu’en dehors de vous, il ne restait que deux alternatives : le coup d’Etat ou la Révolution. L’un et l’autre sont possibles. Mais nous rentrerions dans une autre spirale, une spirale dont le peuple béninois a fait l’expérience.
Messieurs les Présidents des Groupes parlementaires,
Je faillirais à mon devoir si au cours de cette cérémonie solennelle, je feignais de n’avoir pas entendu les déclarations publiques que vous avez tenu à faire à la tribune ce soir du 04 avril. Je les fais miennes ; j’en suis solidaire.
Face à ce qui n’était ni plus ni moins un appel au lynchage, vous avez fait une mise en garde, qui était un appel à la responsabilité.
L’Assemblée nationale est le réceptacle, le point vers lequel convergent toutes les contradictions de notre société. Qu’elle explose, et c’est le Bénin qui explose.
Le principal atout de notre institution, c’est sa cohésion ; c’est sa crédibilité.

Je vous suis reconnaissant, aux uns et aux autres, de votre contribution sans cesse renouvelée, au maintien de cette cohésion et de cette crédibilité, malgré nos différences de sensibilité ; malgré nos divergences d’opinion ».