Spread the love

agbénonci nLe président français Emmanuel Macron  reçoit ce vendredi 23 novembre 2018 le rapport des experts Felwine Sarr et Bénédicte Savoy sur la restitution à l’Afrique des biens culturels qui ont été pillés depuis 200 ans. Peu avant la remise officielle de ce document, Aurélien Agbénonci, le ministre béninois des affaires étrangères, a été reçu par Christophe Boisbouvier sur Radio France Internationale (Rfi). A l’occasion, il a salué le courage du président Macron de restituer ces biens culturels pillés à l’Afrique. Lire ci-dessous l’intégralité de l’entretien.

Rfi : Aurélien Agbénonci bonjour

Aurélien Agbénonci : Bonjour

Le rapport est remis ce vendredi après-midi mais on en connait déjà les grandes lignes. Il préconise une modification du code du patrimoine français afin de permettre la restitution définitive des milliers de biens culturels pillés en Afrique. Quelle est votre réaction ?

Ma première réaction, c’est que d’abord une  promesse a été tenue. C’est qu’il y ait une évolution du droit positif français. Cela va dans le bon sens.

Voilà plus de deux ans que vous militez pour ces restitutions, vous avez lancé cette campagne du temps de François Hollande. J’imagine que vous devez vivre cela comme une petite victoire ?

Je ne dirais pas une victoire. Je dirai une bonne avancée. C’est une victoire qui est commune aux deux partenaires que nous sommes et il faut saluer le courage du président Macron qui le 29 novembre 2017 a osé dire une chose que je n’ai pas oublié. Lorsqu’il disait « qu’il n’y avait pas de justifications valable durable et inconditionnelle que le patrimoine africain ne peut pas être uniquement dans les collections privées des musées européens », je crois qu’il faut saluer ce courage-là, et la démarche constructive qu’il a adopté et vous savez que c’est lors de la visite du président Patrice Talon à l’Elysée le 5 mars 2018 qu’il a annoncé la création de cette mission-là confiée à Bénédicte Savoy et Felwine Sarr je crois que c’est une bonne chose.

Sur la méthode, le rapport préconise une restitution d’Etat à Etat, c’est-à-dire un accord bilatéral de coopération culturelle entre l’Etat français et chaque Etat africain concerné. Est-ce que vous ne craignez pas des discussions interminables qui pourraient noyées le poisson ?

Non. Ce que je pourrai dire, c’est que nous avons déjà reçu ici à Cotonou le président du musée du Quai Branly, Stéphane Martin s’est rendu ici. Il a pu se rendre compte de ce que nous avons prévu comme développement muséale dans le cadre de notre grand programme touristique et donc je pense que la tonicité des deux présidents va influencer les processus pour ce qui concerne les échanges des détails. Moi je reste confiant.

La restitution des biens, c’est une bonne nouvelle. Mais attention, « il faut les conditions, les infrastructures pour les accueillir, pour les entretenir », dit votre compatriote Didier Houénoudé qui enseigne l’histoire de l’Art à l’Université de Cotonou. Il y des risques de vol dit-il, des risques de disparition, de négligence

Ce n’est pas tout à fait ce que dit Houénoudé, mais je comprends cet aspect de la question. C’est pour ça qu’avant même de saisir le ministre des affaires étrangères de l’époque, nous nous sommes assurés au niveau du Bénin de faire ce qu’on appelle notre Homework, notre devoir de maison. Notre devoir de maison consiste à créer les conditions idéales de réception mais aussi de conservation et de gestion. Nous avons sollicité les plus grands cabinets qui dans le domaine de l’art savent comment créer des musées, créer des conditions de conservation. Il se trouve par hasard que les meilleurs que nous ayons trouvés étaient des français et lorsque vous voyiez ce qui est prévu en termes de développement muséal au Bénin, je peux vous dire qu’on ne peut qu’être rassuré. Alors s’agissant de la sécurité,  la négligence, et la mauvaise gestion ne font pas partie du mode opératoire du gouvernement auquel j’appartiens.

En cas de vol, il est important de disposer d’un inventaire photographique complet afin de rechercher l’objet volé, de le retrouver dans les ventes aux enchères, alors il y a de cela 18 mois, vous avez dit à ce même micro de Rfi que cet inventaire était en cours. Ou est-ce qu’on en est aujourd’hui ?

Nous avons beau essayé des recensements par la bonne volonté de certains acteurs, cela ne pourra jamais remplacer un inventaire qui sera décidé de commun accord et je pense que dans le cadre de la commission mixte entre la France et le Bénin, nous allons déclencher un vrai inventaire. C’est une chose que nous prenons très au sérieux.

Selon le directeur du musée d’Abomey, il y a eu quelques 300 vols dans son musée ces dernières années. Alors concrètement est-ce que le musée d’Abomey va continuer à fonctionner seulement avec sept gardiens ?

Oui j’ai déjà entendu ça Monsieur Boisbouvier. Vous avez dit ces dernières années. Il ne vous a pas dit que cela s’est passé il y a de cela quelques semaines, quelques mois. Des dispositions sont prises. Nous avons un comité de haut niveau qui est mis en place et dirigé par un ancien directeur général adjoint de l’Unesco, qui est béninois Noureini Tidjani Serpos. Donc je peux vous dire que le musée d’Abomey tel que vous le voyez aujourd’hui va changer parce qu’il est prévu de bâtir un nouveau musée et c’est une priorité pour nous dans cette démarche de restitution de biens et de coopération muséale.

Vous avez déjà  chiffré l’effort budgétaire qui est nécessaire ?

Je peux vous dire que plusieurs millions d’euros ont été prévus, déjà affecté sur nos propres ressources sur la construction des dix musées. Les maquettes sont prêtes et nous seront heureux de vous montrer.

Aurélien Agbénonci, il n’y a pas que les quelques 70 milles pièces du Quai Branly à Paris. Il y a les 70 milles autres pièces de British Museum à Londres, sans parler des pièces exposées à Berlin ou à Bruxelles au Musée Tervuren. Est-ce que vos partenaires africains et vous avez fait des démarches auprès des institutions et des Etats concernés ?

Il y a un certain nombre d’actions qui sont en cours dont je ne peux encore révéler les détails puisque c’est des discussions qui ont lieu parfois entre Etats ou entre des institutions privées ou semi privées. Je peux vous dire qu’il y en a même en Italie. Il y a des caisses qui ont été rapportées par Savorgnan de Brazza qui ne sont pas encore été totalement ouverte. Alors nous commençons par la France. Vous savez que certaines congrégations ou missionnaires conservent certains bien qui ont été arrachés dans le cadre d’une démarche de conversion. C’était simplement des œuvres culturelles. Donc la France a le mérite d’être précurseurs dans ce domaine. Je crois que Emmanuel Macron a eu le courage de poser l’acte qu’il a posé au mois de novembre à Ouaga et là maintenant cela ouvre la voie à un dialogue responsable.

Transcription : Léonce Adjévi