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Marche magistrats
La grève des magistrats est inopportune

Depuis hier, les magistrats sont en grève, motif pris du retrait par l’Assemblée nationale, du droit de grève à certains corps dont la justice. En même temps que les députés prenaient l’initiative de cette loi sur la fonction publique, le gouvernement, lui, introduisait au Parlement, la réforme du statut particulier des magistrats.

Les deux textes ont été votés pratiquement dans la même période. Curieusement, les magistrats n’évoquent pas les avantages substantiels que leur procure le texte d’initiative gouvernementale. Au contraire, pour se donner bonne conscience devant le peuple, pour leur grève abusive et décriée du même peuple, ils disent, par la bouche de leur responsable syndical qu’ils préfèrent leur liberté face à l’argent. D’abord, personne ne leur prend leur liberté puisqu’ils conservent bien leur droit syndical. Ce qu’on leur enlève, c’est ce dont ils ont toujours abusé, au détriment du peuple : la grève. Et puis, quand ils parlent d’argent facile, ils oublient de dire au peuple que ces dispositions de leur statut particulier ont fait l’objet de discussions entre eux et le gouvernement, comme leur retraite à 65 ans. Donc, que personne ne vienne nous bleuir en jouant les vertueux. Par ailleurs, en interrogeant la loi portant exercice du droit de grève au Bénin, on découvre qu’il est prévu à l’article 3 : « Les litiges collectifs dans tous les secteurs de la vie professionnelle font l’objet de négociation. » S’ils considèrent le vote des députés comme un casus belli, quelle démarche les magistrats ont-ils déjà entrepris pour négocier ? Mieux, l’article 4 de la même loi prévoit : « Lorsque les litiges concernent les agents permanents de l’Etat et les agents des collectivités territoriales, les négociations sont engagées soit avec le ministre chargé de la Fonction publique ou son représentant en cas de conflits d’envergure nationale, ou avec le ministre de tutelle, le préfet, le maire ou leurs représentants en cas de conflits sectoriels ou locaux. » C’est vrai que dans le cas d’espèce, si litige il y a, c’est plus avec l’Assemblée nationale qu’avec le gouvernement. On peut alors se demander avec qui les magistrats vont négocier. Ils pourraient au moins aller manifester leur mécontentement devant le siège de l’Assemblée nationale. Mais se retourner tout de suite contre le gouvernement, qui n’est pas auteur de la loi, et vient plutôt de faire voter une loi pour améliorer leurs conditions de vie et de travail, paraît bien curieux. En outre, d’après l’article 7 de la loi, « En cas d’échec total ou partiel des négociations, la cessation concertée de travail par les personnels visés à l’article 2 doit être précédée d’un préavis dûment transmis aux autorités compétentes. »

 Si seulement les magistrats pouvaient écouter ce peuple

 Si l’on concédait même aux magistrats de n’avoir pas entrepris de négociation, quel préavis ont-ils donné avant d’entrer en grève illimitée et sans service minimum ? Enfin, suivant Article 11 de la même loi sur le droit de grève, « Toute grève qui ne respecte pas les procédures ci-dessus est une grève illégale. » En l’espèce, il apparaît clairement que les magistrats n’ont rien respecté de cette procédure. En conséquence, leur grève doit être considérée comme illégale. Dès lors, il convient de se demander à qui ils font mal. Quand on sait que c’est l’Assemblée qui, en vertu de ses prérogatives, a initié et voté cette loi, quand on sait que la Cour constitutionnelle n’a pas encore dit si elle est conforme ou non à la Constitution, quand on sait aussi que le gouvernement vient tout juste de montrer sa bonne volonté d’améliorer leurs conditions de vie et de travail, on comprend moins le bien-fondé de cette grève. Et l’on est au regret de conclure que ce faisant, les magistrats se foutent du peuple dont le travail et les impôts permettent de les payer. Pire, ils se comportent comme des preneurs d’otage, se servant du peuple comme bouclier, pour espérer perturber le gouvernement et l’amener à ne pas promulguer la loi au cas où la Cour la validerait. Si seulement les magistrats pouvaient écouter ce peuple, ils comprendraient qu’il est plutôt d’accord avec les députés pour cette réforme. Et que leur grève est de nature à remonter ce peuple, et à le convaincre que ses députés ont véritablement bien fait. Aussi bien dans les zones reculées du pays qu’en ville, on a du mal à comprendre leur attitude. On déplore et on subit leurs mouvements d’humeur. On se demande justement pourquoi ils n’usent pas d’autres moyens de revendication syndicale et que, pour un pays sous-développé, ils recourent systématiquement à la grève.

AT