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Une équipe de relais de communication au domicile d’une mère à Adjohoun

C’est un secret de polichinelle qu’après 5 années de mise en œuvre dans les zones sanitaires, l’approche Financement basé sur les résultats (Fbr) du Programme de renforcement de la performance du système (Prpss) a connu de bonnes performances. Ces résultats ne seraient pas au rendez-vous sans le concours des Organisations à base communautaire (Obc) qui constituent un maillon essentiel du dispositif.
Le Programme de renforcement de la performance du système de santé (Prpss) ne dort pas sur ses lauriers s’agissant de l’amélioration de la qualité des soins dans les formations sanitaires. Convaincus que la prise en charge des cas graves de maladies n’a été de mise, la Banque mondiale et le Programme de renforcement de la performance du système de santé (Prpss) ont décidé que les relais communautaires accompagnent le processus pour pallier les insuffisances jusque-là observées dans le continuum des soins entre la communauté et les centres de santé d’une part, et d’autre part entre les centres de santé et les autres niveaux de soins. C’est ainsi que le volet communautaire du Fbr a vu le jour en 2016 avec l’implication des Organisations à base communautaire (Obc). Avec pour mission la prévention et la promotion de la santé, la prise en charge des cas simples de maladies, le dépistage, les références vers les formations sanitaires, la gestion des supports de l’information sanitaire et le rapportage, les Obc contribuent énormément à l’identification des populations qui ont plus besoin de soins de santé ; surtout celles indigentes qui n’ont pas souvent les moyens de s’offrir les soins modernes et qui préfèrent se retourner vers les tradi-praticiens.  Elles travaillent à augmenter les résultats quantitatifs en convaincant par exemple les populations sur l’existence d’un dispositif pour leur faciliter l’accès aux soins de qualité et à moindre, en leur faisant comprendre l’utilité de la planification familiale dans un foyer et du dépistage de la tuberculose etc. Selon le coordonnateur de la zone sanitaire Covè-Zagnanado-Ouinhi, Paulin Davodoun, les Obc sont des organisations animées par les masses, c’est-à-dire, les populations. Elles sont composées d’un président, d’un secrétaire et des membres. Les animateurs sont très appréciés car ils assurent la continuité des soins dans la communauté. En effet, les patients passent moins de temps avec les agents de santé qualifiés et dans les formations sanitaires. Le reste du temps est passé dans la communauté où après leur convalescence, ces derniers reprennent leurs activités.
Moins de complications et de décès grâce aux Obc
Avec le concours des Obc appuyées par le Fbr, les centres de santé enregistrent moins de décès et de complications. Des enfants de 6 à 9 mois sont dépistés et référés pour malnutrition aiguë sévère. Les relais reçoivent une formation pour les dépister et les orienter aux fins d’une prise en charge rapide et qualitative. Dans le même ordre d’idées, les enfants de moins de 5 ans présentant des signes de danger ou de gravité comme une forte fièvre ou une détresse respiratoire sont référés par les relais dans un centre de santé. Il en est de même pour les femmes en âge de procréer entre 15 et 49 ans qui ne sont pas prêtes à porter une grossesse et qui veulent adopter une méthode de planification familiale. Elles sont aidées par les animateurs d’Obc pour choisir la méthode contraceptive qui leur convient. En la matière, les relais qui entrent en contact avec ces femmes, les orientent vers la sage-femme ou l’infirmière de maternité pour leur prise en charge. C’est pareil pour la vaccination des enfants au cours des 11 premiers mois de vie. Il y en a qui ne le sont pas. Le relais qui est formé et qui sait que l’enfant à 9 mois doit se vacciner contre la rougeole, est tenu de l’envoyer dans une formation sanitaire pour l’exercice. Il en est de même pour les femmes enceintes qui doivent faire leur première Consultation prénatale (Cpn1) au premier trimestre. Pour ce qui est des nouvelles accouchées, elles sont aidées par les relais communautaires en ce qui concerne leurs premières Consultations post natales avant le 10ème jour post-partum. Quant aux indigents, ils sont pris en charge grâce aux relais qui leur apportent leur appui, étant donné qu’ils sont déjà identifiés et connus dans la masse. L’autre cas face auquel les animateurs d’Obc ne restent pas indifférents, c’est la tuberculose. Lorsqu’un malade fait une toux chronique de plus de trois semaines, les relais l’identifient pour l’orienter vers le centre de santé pour un traitement adéquat.
Des kits pour mieux exercer  
Les Obc aident les agents de santé pour la prise en charge de la fièvre, la malnutrition, la diarrhée et aussi la vaccination. Pour mieux accomplir leur mission, elles disposent de kits qui leur permettent de faire le test du paludisme par exemple. Ce sont des combinaisons thérapeutiques à base d’athésinine, des médicaments connus sous le vocable de Cta pour la prise en charge également avec de l’eau. Ils détiennent aussi sur eux le Ctm bactrim avec de l’amocxiciline, des brassards tricolores qui permettent d’attester que l’enfant est dans le vert, le jaune, le rouge. C’est selon la couleur du brassard que l’on saura si l’enfant est bien portant, bien nourri, modérément nourri ou bien s’il fait une malnutrition sévère. Les relais sillonnent les communautés, les villages où ils sont sollicités. D’un niveau d’instruction moyen (minimum 6 années de scolarité), ils sont connus aussi bien des chefs de villages, des sages, des conseillers que des élus de leur localité de qui ils reçoivent des visas lors des assemblées de village ou de quartier. Ils sont autorisés à faire des soins et se substituent aux agents de santé dans la communauté.
Un mécanisme rigoureux de contrôle des crédits alloués
Après virement des crédits Fbr aux formations sanitaires, le montant correspondant aux Obc est décaissé par le responsable du centre de santé. Selon l’ancien Assistant technique principal (Atp) de la Banque mondiale, Yorba Soura, le paiement des primes des relais se fait sur la base d’un état de paiement établi par le chef du centre de santé et cosigné par les autres signataires du compte Fbr. « Cet état de paiement tient compte des quantités effectivement prestées par chaque relais multipliées par la qualité de l’ensemble des relais », a-t-il expliqué. Les états de paiement des primes aux relais sont les sources de vérification de l’utilisation des crédits Fbr alloués. « A l’image des formations sanitaires, le contrôle de la gestion des crédits des relais communautaires se fait à postériori selon les procédures du Prpss », a expliqué Yorba Soura.
Le bénévolat pour sauver des vies
Les relais communautaires ne perçoivent pas de salaire. Dans l’exercice de leurs fonctions, ils sont motivés par le Prpss/Fbr qui leur octroie des primes sur la base des performances. Les motivations leur permettent de couvrir les charges liées aux déplacements et aux menus dépenses. « Le travail des Obc est du bénévolat. Ce n’est pas un travail avec une rétribution en bonne et due forme », a fait remarquer un relais communautaire dans la zone sanitaire Covè-Zagnanado-Ouinhi.
Avant le démarrage du travail, il est expliqué aux relais communautaires qu’il ne s’agit pas d’une activité génératrice de revenu, mais avant tout une reconnaissance sociale, une participation qui nécessite des accompagnements de moyens mis à leur disposition outre les kits de travail. « On leur explique que ce n’est pas ce travail qu’ils font qui va faire d’eux des riches », a complété Paulin Davodoun. Car, a-t-il poursuit, l’agent de santé n’a pas pour vocation d’être riche, mais avoir une satisfaction du travail qu’il fait pour les autres.

Serge Adanlao