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Richmir Totah outille les jeunes managers béninois

 Le directeur de l’Association « Walô », Richmir Totah organise une formation sur le management artistique. Démarrée depuis le jeudi 13 août 2015, au Centre culturel chinois de Cotonou, cet atelier réunit une vingtaine de jeunes managers béninois qui seront outillés sur les principes fondamentaux de la gestion de la carrière d’un artiste. Nous avons rencontré l’initiateur Richmir Totah à l’ouverture des travaux. Il dévoile, dans cet entretien, les raisons qui sous-tendent le coaching des jeunes managers.

Le Matinal : Pourquoi une formation à l’intention de jeunes managers béninois ?

 Richmir : Je collabore avec certains jeunes managers à qui j’ai décidé de donner une formation. Le métier de manager paraît nouveau en Afrique. Moi-même je l’ai abordé en 1995, mais c’est un vieux métier dans le monde. Malheureusement, il n’y a pas une école dans laquelle on peut aller faire une formation de façon spécifique. La gestion de carrière d’un artiste est un métier assez complexe. Moi, j’ai fait mon expérience dedans, il y a eu des hauts et des bas. Aujourd’hui, je suis obligé de transmettre mes connaissances dans le domaine à la jeune génération. Nous avons besoin d’avoir ce corps de métier qui manque véritablement aux maillons de la chaîne de production.

 Quelles sont les différentes thématiques qui seront abordées au cours de cette formation ?

Il n’y aura pas de communications comme c’est le cas dans le déroulement classique des ateliers. Nous allons utiliser un support particulier. C’est un contrat qui a été conçu au bout de plusieurs années par des professionnels de ce métier-là. Ayant vécu toutes ces expériences et vu l’importance du métier, ils ont conçu un contrat type que chaque manager doit adapter à la gestion de la carrière de son artiste. Donc, nous allons prendre chaque article de ce contrat de management artistique pour le décortiquer. Nous allons faire toucher du doigt aux stagiaires, les réalités au Bénin par rapport au vécu quotidien. Donc, c’est ça que nous allons étudier pour leur donner de véritables outils de terrain. Ils pourront se rendre compte, eux-mêmes, des erreurs qu’ils commettent souvent dans la pratique de ce métier. Au terme de la formation, ils sortiront aguerris et deviendront plus professionnels.

 Ils sont combien de managers à bénéficier de cette formation ?

J’ai ciblé un nombre réduit. On a lancé un appel à candidatures et nous avons décidé de prendre 20 managers. Parce que notre objectif, ce n’est pas de donner une formation sans un suivi. Il faut une évaluation. On peut suivre réellement 20 personnes parce que nous n’avons pas besoin d’une grande masse, mais des professionnels. Nous avons besoin des gens qui sont compétents en la matière.

 Peut-on dire qu’on a des managers au Bénin ou juste des gens qui accompagnent des artistes.

De véritables managers, il y en a. Mais, on n’est pas du tout nombreux. Si on veut vraiment mettre les jeunes managers béninois dans le bain, avec tout ce vivier d’artistes qui est en train de naître, il faut les outiller sur les principes fondamentaux du métier. On a besoin d’être plus nombreux. Vous allez voir des artistes bien connus au Bénin, mais dont la carrière est déjà morte. Parce qu’ils n’ont pas de managers. L’industrie culturelle exige qu’on avance en équipe. Nous nous sommes associés à des partenaires qui ont les mêmes objectifs de former des gens au niveau de chaque maillon de la chaîne de production. Pour cette formation, c’est l’Association « Nannu Delali » qui nous épaule avec le Fonds d’aide à la culture. Nous avons également un partenaire comme la Chine qui demande à faire voyager des managers parce que leur pays constitue un grand marché où les artistes pourront mieux vendre leurs œuvres. Nous faisons une formation vraiment pratique. Ce n’est pas des cours académiques.

 Quel doit être le profil d’un bon manager ?

Un bon manager doit avoir un bon niveau intellectuel. Parce qu’il doit rédiger des dossiers, argumenter, réfléchir sur le concept d’évolution de l’artiste. Aujourd’hui, un bon manager doit maîtriser l’outil informatique parce que tout se fait par internet. Il faut être dynamique, attentionné et pondéré.

 Que dites-vous des artistes qui préfèrent se débrouiller seuls pour éviter de se faire gruger par un manager ?

C’est parce qu’ils ne connaissent pas ce que c’est que gérer la carrière d’un artiste ! Le manager n’est pas le petit copain du quartier qui fait les courses pour l’artiste. Non ! Le manager ne peut pas gruger son artiste parce que si l’artiste n’a pas l’argent, lui-même, n’en a pas. Le manager est payé par l’artiste. Donc, il ne peut pas le gruger. Quand les principes ne sont pas bien définis à la base, ces problèmes peuvent subvenir.

 Pourquoi les managers deviennent-ils souvent, les maris de certaines artistes ?

Ah bon ! Il a y des exemples ! Ce n’est pas faux, ce que vous dites. Ça, c’est humain. Le travail d’un amanger et de son artiste est d’une telle complicité qu’ils sont plus que maris et femmes, amis et partenaires. Maintenant, si des sentiments naissent, il y a des inconvénients et des avantages. Donc, si vous voulez véritablement manager un artiste, consacrez-vous au plan professionnel. Vous vous mettez dans une relation de travail de façon permanente. Le manager ne peut pas passer une journée sans penser au travail de son artiste. Vous savez, aujourd’hui, il y a des sociétés qui préfèrent faire appel à des artistes qui n’ont pas de managers parce qu’ils vont payer moins. Donc, il y a une situation un peu ambigüe. Et les artistes qui sont pressés d’avoir de l’argent, se lancent dans cette aventure qui, au finish, ne leur apporte rien de concret. Le métier de manager est complexe, mais il faut connaître les idéaux pour en jouir.

 Quelle sera la suite de cette formation ?

Nous allons faire une 2ème phase l’année prochaine qui va intégrer les artistes. Parce qu’ils ne savent pas ce qu’est un manager. Avec Sagbohan, on a eu des hauts et des bas. J’ai managé trois fois le « Hagbè national ». Il m’a fait appel la 4ème fois, parce qu’il s’est rendu compte qu’il devrait évoluer comme je le lui ai suggéré. Aujourd’hui, Sagbohan, est l’un des artistes béninois qui sont à l’aise. Malgré son âge et les problèmes qu’il a eus, il est au top. Il ne se soucie pas des problèmes de la gestion de sa carrière. Il travaille seulement. Quand je lui dis qu’il y a un concert, il sait déjà le minimum qu’il doit toucher. Le manager d’artiste, c’est un métier complet. J’ai vu des jeunes qui ont des potentialités mais qui manquent de professionnalisme. Il faut leur donner un coup de main.

 Propos recueillis par Valentine Bonou Awassi