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1 Le Président de l’Assemblée nationale, lors de la plénière du  jeudi 11 janvier 2018, est revenu sur quelques faits  marquants de l’actualité sociopolitique nationale. Visiblement ému et en colère,  Adrien Houngbédji n’a pas manqué de  tancer ses pairs juristes et dénoncer  les abus dans les secteurs de la Santé et la Justice, justifiant ainsi le retrait du droit de grève. Lire la substance de ses propos.

« …Avec votre précieux concours et votre indispensable contribution,  nous avons adopté des textes essentiels qui changent le quotidien des Béninois. Le 1er Vice-président, dans son allocution, en a dressé la liste. Il ne me paraît pas nécessaire d’y revenir. Cependant, je voudrais, puisque nous en avons commencé l’étude avant 2018, rappeler quelques unes de ces lois, notamment la récente loi que nous avons votée sur le statut de la police républicaine,  sur le Conseil supérieur de la magistrature et sur le statut de la magistrature. Cette dernière loi fait couler et fera couler beaucoup d’encre et de salive. Ce n’est pas sans un certain   pincement  de cœur que nous l’avons votée. Nous sommes les uns et les autres les héritiers de la tradition démocratique installée au Bénin depuis la conférence des forces vives de la  Nation. Lorsque je scrute le regard de chacun d’entre vous, je n’en vois pas un seul qui ne soit pas l’héritier de cette conférence nationale. Le droit de grève des Magistrats est le  fruit d’un long combat. Je me souviens lorsque j’étais moi-même élève-magistrat, nous n’avions même pas le droit de nous syndiquer, à plus forte raison le droit de faire grève. En France, je me souviens que ce sont les magistrats de ma promotion qui ont mené le combat pour le droit syndical et le droit de grève et qui ont mené ce combat victorieusement. Ce que nous avons fait ici est dans la continuité de ce combat. Je le répète, c’est avec un véritable pincement au cœur que nous avons voté cette loi. C’est peut-être le moment et le lieu d’une introspection. Pourquoi l’avoir voté ? Demain (ce jour Ndlr) , nous recevrons ici le collectif des centrales syndicales qui viendront exprimer leurs préoccupations. Nous avons épuisé nos attributions. Nous avons voté cette loi. Normalement, le collectif devrait s’adresser à une autre institution. C’est pourtant ici qu’il viendra. Pourquoi ?  Parce qu’il sait que vous êtes les représentants du peuple. Vous êtes leurs représentants et vous êtes attentifs à leurs cris. C’est aussi le lieu de dire que s’ils veulent nous amener à renoncer au fruit d’un combat que nous avons mené ensemble, c’est en  raison des abus que nous avons tous notés dans l’exercice de ce droit. Lorsque le corps de la santé se met en grève, ce sont des vies humaines qui sont en danger. Ce sont des vies humaines qui se perdent. Il faut qu’un code de conduite règlemente  l’usage de ce droit de grève. Nous sommes tous témoins des drames auxquels nous assistons. Pouvions-nous rester les bras croisés. Il en est de même du droit de grève des magistrats. Nous aurions aimé ne pas toucher à ce droit. Nous avons dû le faire parce que des abus sont connus dans l’exercice de ce droit. C’est mon devoir de le dire. Je  ne sais pas quel sort sera réservé à cette loi par la Cour constitutionnelle. Mais quel que soit ce sort, nous respecterons les décisions de la Cour constitutionnelle… »

 Retour sur l’incident Mitokpè

 « …Rappelez-vous dans la nuit du 20 mai 2015. L’ambiance dans cette Assemblée nationale était à couper au couteau. On ne pouvait pas se parler d’une travée à l’autre. Mais nous avons réussi en 3 ans à faire de cette Assemblée nationale, l’Assemblée de tous les députés. Tout en respectant nos convictions, tout en respectant les différences d’opinion entre nous, nous en avons fait un lieu où l’on se respecte les uns les autres.  Du respect que nous nous vouons les uns aux autres,  dépendra le respect que l’opinion publique, que le peuple béninois aura pour notre institution. Moi je voudrais vous en féliciter. Quand on nous voit travailler, quand on nous voit cheminer, on n’a pas l’impression que nous avons de profondes divergences. Je sais qu’au début de la législature, un ou deux collègues de la majorité parlementaire ont essayé de tenir des propos considérés comme agressifs. Vous en êtes témoins. Bien que je fusse de cette majorité, ces collègues ont été rappelés à l’ordre pour ne pas gâcher l’ambiance. Certains sont députés aujourd’hui parce qu’ils le sont devenus comme suppléants et n’ont pas assisté à cette période de notre démarrage des travaux. C’est grâce à cette fermeté et grâce à votre compréhension que nous avons fait de cette Assemblée nationale, un lieu de respect et de convivialité. Je voudrais que nous continuions. Je souhaite que nous continuions. Nous ne gagnons rien à transgresser  ce code de bonne conduite qui a caractérisé notre Assemblée nationale. Les événements du 21 décembre ont été des événements douloureux. Douloureux pour le président que je suis pourquoi ? Parce que j’ai vu s’effondrer en l’espace de quelques minutes, un travail acharné de 3 ans pour faire de notre Assemblée nationale, une Assemblée digne de respect. J’en parle parce que cet incident m’a beaucoup affecté. La presse s’en est saisie, les réseaux sociaux et très vite, ce qui a été une mesure d’apaisement a été traduit comme une mesure de rétorsion, lorsque j’ai rappelé notre collègue à l’ordre à trois reprises, je dis bien à trois reprises, lui demandant de modérer ses propos. La logique de notre Règlement intérieur aurait voulu que je sanctionne. C’est ce que dit notre Règlement intérieur. Je voyais la fièvre, la colère montée de l’autre côté et très vite a défilé dans ma tête, la possibilité qu’on s’en prenne les uns aux autres, qu’on s’injurie, qu’il y ait des altercations et qu’on en vienne aux mains. Et sagement, j’ai suspendu la séance. Je n’ai pas sanctionné. J’aurais pu le faire. Je ne l’ai pas fait aussi parce que le collègue auteur de l’incident est un jeune collègue. C’est sa première législature.  Et je sais que la veille de l’incident, il m’a envoyé un message m’annonçant qu’il allait créer un problème. Le jour de l’incident, il est passé me voir, me disant qu’il allait créer un problème. Je l’ai exhorté à la modération. Je n’ai pas réussi et ce qui devait arriver est arrivé. Je souhaite de tout mon cœur, que pareil incident ne se produise plus».

 Assigné par un quidam

 «J’étais en Europe, lorsque j’ai appris cette assignation qui a été délaissée contre le Président de l’Assemblée nationale par un quidam accompagné de quatre avocats. Ils demandent à attraire le Président de l’Assemblée nationale devant le tribunal pour motif qu’il aurait fait obstacle à l’exécution d’une décision de la cour constitutionnelle. Mais vous savez que nous sommes dans un pays avec un peuple où  tout le monde ne comprend pas toujours et cela a été compris comme une condamnation du président de l’Assemblée nationale à payer une astreinte de 100 millions FCfa par jour. Je voudrais vous montrer que les dérives qui partent de l’Assemblée nationale ont des répercussions énormes sur l’ensemble de l’institution. Ce n’est pas de ma personne qu’il s’agit. Il s’agit de l’institution Assemblée nationale du Bénin. Je souhaite très sincèrement à l’orée de cette année 2018 que la minorité et la majorité parlementaire prennent conscience de  cette image dont a parlé le 1er Vice-président tout à l’heure  et ne peut être sauvegardée que si les uns et les autres y mettent des leurs. Ce n’est pas un problème de personne… »

La Rédaction