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Adjovi
Depuis le studio de Océan Fm, le maire Adjovi demande un vote sanction contre les Fcbe

Le Maire de la Commune de Ouidah Sévérin Adjovi était l’invité de l’émission « Cartes sur table » de la radio Océan Fm. Sur le plateau, il a demandé au peuple béninois de ne jamais voter pour la liste cauris. Autrement, ce serait un feu vert donné à Yayi de réviser la constitution du 11 décembre 1990. C’était hier dimanche 1er mars 2015.

Océan Fm : Monsieur Sévérin Adjovi, qu’est ce qui est arrivé à votre liste Nouvel espoir pour le Bénin recalée et rétablie jeudi ?

 Sévérin Adjovi : Nouvel espoir pour le Bénin est une dénomination qui a de la vision. Nouvel espoir pour le Bénin, pour nous, est une grande Alliance. Ne regardez pas toujours les composants, mais regardez la vision que nous avons pour cette Alliance. Ce n’est pas une Alliance formulée à la va-vite. C’est quelque chose de très réfléchie. Nous sommes 3 partis politiques à l’avoir fait. Pourquoi cette liste a été annoncée et recalée ? En réalité, nous demandons à ce qu’on mette les pieds des jeunes à l’étrier. C’est ce que nous faisons, parce qu’il faut former les jeunes pour qu’ils prennent le relais. Ce relais, nous avons voulu l’essayer pour leur dire : faites de telle sorte que notre liste soit acceptée à la Céna. Je n’y ai pas mis un seul effort. Je n’ai rien fait. Je dois les féliciter pour avoir fait cela. Qu’est-ce qui manquait ? Il manquait juste quelques déclarations sur l’honneur des candidats et quelques détails. Vous savez que les candidats devraient faire leur déclaration sur l’honneur et, c’est sur tout le territoire national. Je dois remercier la nouvelle équipe de la Céna qui a été très indulgente. C’est une équipe performante. Je ne le dis pas pour leur faire plaisir. Ils nous ont laissés le temps, puisqu’on était là avant minuit. Nous avons eu notre récépissé provisoire le lendemain, lundi, puisqu’ils n’ont pas pu terminer l’étude des dossiers. Je crois que tout est maintenant rentré dans l’ordre.

 Etant un vieux briscard de la scène politique, on s’étonne que cela puisse vous arriver. On peut avoir l’impression que l’enjeu ne vous tient pas vraiment à cœur.

 J’ai toujours dit que je suis le grand frère des jeunes et le petit frère des vieux. J’ai laissé les jeunes faire leur expérience pour essayer de présenter une liste de candidatures aux élections législatives. Ce n’est pas un tort. Je suis un briscard de la ‘’politique politique’’ et non de la ‘’politique politicienne’’. Je suis un homme qui est venu à la politique juste pour apporter un grain de sel dans le développement de mon pays. Nous voulons aussi former les jeunes, parce que c’est le dernier combat que nous menons. La prochaine élection présidentielle sera la dernière possibilité pour moi d’aller aux élections présidentielles. Cela ne veut pas dire que j’y vais nécessairement. Je n’ai rien à cacher. De toutes façons, les auditeurs, les hommes politiques ainsi que les citoyens béninois connaissent chaque homme politique de notre pays. Depuis 1990, ils nous ont étudiés. Ceux qui sont des menteurs, ceux qui sont des dribbleurs, ceux qui ne sont pas crédibles. Ils les connaissent tous. Moi, je peux dire que je ne fais pas partie de ceux-là. C’est pourquoi je disais, tout à l’heure, que je ne suis pas un politicien. Je suis un homme politique.

 Récemment vous avez affirmé que les jeunes ne veulent pas prendre leur destin en main. Maintenant, vous vous retrouvez avec des jeunes. Pensez-vous qu’il faut leur faire confiance ?

 Il y a plusieurs catégories de jeunes. Il y a des jeunes arrivistes que nous formons et qui ne sont pas reconnaissants parce qu’ils veulent vite grandir. Mais il y a des jeunes qui réfléchissent bien et qui font mieux que nous. Si on leur montre le chemin, ils feront mieux que nous. C’est pourquoi nous leur disons de persévérer, de ne pas se décourager dans les formations politiques dans lesquelles ils sont et, de savoir que l’avenir est devant eux.

 Serez-vous dans la course pour les prochaines élections communales ou voulez-vous déjà prendre votre retraite politique?

 Je suis trop jeune pour prendre ma retraite politique. Je vous ai dit que je suis le grand frère des jeunes et le petit frère des vieux. Etre maire n’est pas interdit à quelqu’un qui a 100 ans, mais moi, je n’ai que plus de 60 ans. Je considère que je dois tout faire pour essayer de montrer la persévérance politique aux jeunes. Je salue la persévérance du Président Houngbédji et de tous ces hommes politiques qui ont perduré jusqu’à maintenant. Il faut les encourager parce que ce qu’ils y gagnent, je ne vois pas. Notre expérience doit être transmise de génération en génération et, peut être améliorée par les générations futures. C’est pour cela que je dis que je ne suis pas vieux pour cela. Je serai candidat à ma propre succession à la mairie de Ouidah parce que j’y tiens. Pourquoi ? On ne se lève pas pour dire je veux être conseillé communal. Il faut avoir un certain background pour dire qu’on veut être Maire d’une ville. Si c’est juste pour empocher l’agent de la Commune, on ne réussira jamais. Et je ne veux pas préparer un terrain pour que des gens viennent s’enrichir.

 Donc, personne n’a le background pour être Maire à Ouidah?

 Je ne suis pas le seul. Je suis de Ouidah et, je considère que ce que j’ai vécu à Ouidah, ce que j’ai hérité et ce qui se passe maintenant, il y a un vrai changement. Je considère que c’est à l’actif de Ouidah, à mon actif naturellement et du conseil communal. C’est pour cela qu’il ne faut pas laisser la place à n’importe qui. Je suis désolé. Si, à mi-chemin, je m’en vais, cela ne suffira pas. A Ouidah, nous avons connu l’ancien maire Emile poisson. Lorsqu’il a fait un grand hangar dans le marché Zobè, jusqu’à ce jour, on parle de lui. C’est ce hangar qui fait parler de lui aujourd’hui. Je peux dire que ce que j’ai réalisé à Ouidah aujourd’hui, je pouvais m’en aller si je n’ai pas d’ambition pour ma ville. Je crois que j’ai intérêt à continuer la lutte et à porter les acquis à un niveau très élevé pour que celui ou celle qui viendrait un jour à me remplacer puisse dire ‘’j’ai fait mieux que Adjovi ‘’. C’est cela le problème.

 Les élections législatives s’annoncent. Vous êtes en alliance avec deux partis qui ne sont pas bien connus. Pourquoi avoir choisi ces alliances ?

 Je pense que ce que nous avons fait de 1990 à ce jour, ce sont des essais qui sont des coups de maître. Les petits partis dont vous parlez sont déjà dans le sérail. Ce sont des hommes et des femmes courageux que j’ai rencontrés et qui sont prêts à aller à la bagarre et, même gagner. Ne voyez pas les grands noms. J’aurais pu rentrer dans un certain nombre d’Alliances. Mais il y a des Alliances aux pieds d’argile. Les exemples sont nombreux, mais je ne vais pas les citer ici parce que quand vous êtes dans une Alliance, vous vous regardez avec méfiance ou en chiens de faïence. Par exemple, à l’Union fait la nation, quand j’y étais, je ne savais pas qu’on pouvait être piégé. J’ai cru en l’avenir de cette grande Alliance. Quand vous avez des initiatives, il y en a qui vous en veulent en même temps. Il y en a qui veulent montrer que vous n’êtes rien ou voient déjà que vous voulez monter, alors qu’ils ne veulent pas. Je me rappelle encore quand j’étais candidat en 2002, 2003 comment des gens de mon propre camp politique ont essayé de me nuire pour que je ne sois pas maire de Cotonou. Quand vous avez des comportements du genre, il est évident que vous ne pouvez pas être en confiance avec certaines personnes. Alors, les jeunes partis politiques sont venus vers moi. Nous avons pris deux partis politiques que je conduis avec le Rdl Vivotin pour aller aux élections et faire notre expérience. Il n’y a pas de mauvaises expériences à faire. Il n’y en a que de bonnes.

 Mais avec la présence de l’Un, l’And, les Fcbe et l’Alliance Eclaireur de Venance Gnigla, n’avez-vous pas peur d’être broyé ?

 Broyé ? Non. Avez-vous entendu qu’un moulin broie une pierre assez solide ? On ne me broie pas. Ils vont faire leur score, nous ferons les nôtres. Nous ne sommes pas les uns contre les autres. Quand vous parlez de Venance Gnigla, d’Eric Houndété et de la première dame, l’éducation que j’ai reçue ne me permet pas de dire des choses méchantes en direction de tous ceux-là. Je crois que nous allons nous partager la clientèle politique et que chacun trouve son compte. L’essentiel pour nous est que chacun soit député. Moi, je considère, par exemple, que ma ville seule peut donner deux députés. Mais, comme je ne me réclame pas seul de la ville, nous ferons de telle sorte qu’au moins un sorte pour nous autres.

 Si au soir du 26 avril, vous êtes élu député, laisserez vous le fauteuil de Maire pour siéger à l’Hémicycle ?

 Nous avons sérieusement souffert à Ouidah d’un manque de dialogue. Les députés qui ont représenté Ouidah n’ont pas été à la hauteur. Nous avons mené des luttes en direction de Calavi pour sauver nos frontières. Nous n’avons eu aucun député, sauf Candide Azanai, et Eric Houndété. Mais ce sont des députés d’ailleurs. Même si Eric Houndété est de Kpamossè et a des parents à Ouidah, il a eu l’oreille pour nous. Les autres étaient où ? Mon ambition aujourd’hui, si j’y vais, c’est pour gagner et pourquoi pas, siéger. Maintenant, si mes populations souhaitent que je reste, nous allons envoyer notre suppléant qui sera Ouidaniens nécessairement. Donc, nous voulons des gens qui nous représentent réellement à l’Hémicycle et, nous les représenterons à la base.

 Ne voyez vous pas, avec les législatures successives, qu’on est en train de perdre en qualité ?

 Il y a des députés qui viennent s’asseoir et ne disent rien. Il y a des députés qui se contentent de passeports diplomatiques et ne font rien. Il y a des députés pour qui, le fait d’être député les honore. Il faut qu’ils parlent, qu’ils interpellent le gouvernement. Il y a même des réunions chez nous à Ouidah où nous ne trouvons pas les députés de la zone. Quelques rares viennent parfois en retard. On ne voit personne et, 4 ans après, les mêmes se présentent pour être candidats. Tous ceux qui seront députés, s’ils ne le font pas, nous allons les décrier. Qu’ils nous rendent compte pour que nous sachions que nous sommes vraiment représentés à l’Assemblée nationale.

 Est-ce que les populations de Ouidah en ont pris conscience ?

 En tout cas, ils se préparent pour leur poser des questions. Ils peuvent distribuer de l’argent. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Mais, il faudrait qu’ils présentent leur bilan d’intervention à l’hémicycle. Aujourd’hui, on a l’impression que les gens prennent le mandat, s’en vont, reviennent 4 ans après pour le racheter. Cela, les Ouidaniens ne sont plus d’accord avec cette méthode. Je veux des gens qui défendent les intérêts de la Communes, de notre circonscription électorale, depuis Toffo jusqu’à Ouidah.

 A votre avis, que se passe-t-il au sein des Fcbe ?

 J’ai vécu quelque chose d’extraordinaire hier à la clôture des modifications. Une dame que je respecte beaucoup a été bousculée devant moi parce qu’on l’avait mise en tête de liste et on l’a changée pour qu’elle devienne suppléante. Elle voulait retirer son dossier, mais j’ai vu un homme de sécurité qui l’a bousculée comme si elle était une vile personne.

 Vous parlez de Madame Ouinsavi ?

 Exactement ! J’ai été choqué. Je ne dis pas plus. J’ai entendu beaucoup de choses. Je trouve que c’est une dame qui ne mérite pas qu’on la traite de cette façon, surtout qu’elle a un électorat dans la zone. Abimbola est un ami personnel. Mais, je n’accepte pas qu’on puisse la changer comme cela. Tout ceci ne donne pas une bonne image du Chef de l’Etat qui est le Chef du Parti. Il est en train de partir. Il n’a qu’à laisser le jeu se faire et, que son parti se batte. Ils ont plus de moyens que nous tous.

 Mais en 2001, vous avez eu les mêmes moyens ? La gestion de  eu Kérékou est autre chose. Vous avez vu ce qui se passe maintenant?  Qu’est-ce qui se passe ?

 Ce qui se passe avec ce régime est terrible. Je ne ferai même pas de commentaire là-dessus. Un jour, cela va les rattraper. Ce qui se passe est extrêmement grave. Des disparus non élucidés. Des féticheurs qui auraient tué Dangnivo. Des accidents de circulation. On me dit que c’est même parfois organisé. Vous ne verrez pas cela au temps de Kérékou 2, à partir de 1996. Aujourd’hui, c’est à la pèle qu’on compte les erreurs.

 Vous avez des dossiers ?

 Nous aurons le temps de les étaler lors des présidentielles. Mais le Président Yayi Boni a un ‘’plus’’ que j’aime beaucoup. Il a fait une révolution pour les infrastructures. Mais derrière tout cela, on doit savoir ce qui a été mis dans les poches. Je ne peux pas dire qu’il n’a rien réalisé. Nous ne sommes pas là pour rendre des comptes. Le jour où il finira sa mission, s’il faut qu’il réponde à certaines choses devant la justice, il doit le faire. On va prendre dossier par dossier et étudier. Nous avons vécu beaucoup de choses qui vont rattraper le Président Yayi Boni.

 Vous en êtes sûrs ?

 Je ne suis pas Dieu. Mais le peu que je sais, je les soulèverai.

 Donc, on peut espérer une mort certaine des Fcbe ?

 Ils ont les moyens. Les fonctionnaires sont tous devenus des politiciens et des marcheurs. L’Ortb est devenu le canal communicateur des idées d’un régime, d’un parti politique, d’un clan. Je ne leur jette pas la pierre, mais je leur dis de respecter les populations que nous avons, parce que ce sont des gens intelligents. Aujourd’hui, nous avons une situation catastrophique au niveau de notre survie. Le pays n’est pas du tout bien géré. Nous avons un président qui court tout le temps, mais vers une catastrophe inévitable à la fin de son mandat. Il ne faut pas jouer à lui faire peur. Il faut l’amener doucement à accoucher. Quand vous voyez Yayi Boni, il est très humble apparemment, mais dur de cœur. Cela n’est pas bien. C’est un évangéliste semble-t-il. Il a même demandé à être Pasteur.

 Votre sentiment 25 ans après la conférence

 De 1960 à 1972, vous avez vu la succession des coups d’Etats. Aujourd’hui, ce n’est plus possible et c’est une évolution. Maintenant, je veux comparer avant 1990 et après 2006. Avant 1990, il y avait des prisonniers partout et à Ségbana. Aujourd’hui, après l’arrivée de Yayi, il y a des prisonniers, des exilés politiques (Angelo Houssou, Lionel Agbo). Nous avions dit non à tout cela à la Conférence nationale mais, cela revient. Il y a plein de scandales. Il y a aussi des disparitions d’êtres humains qui ne sont jamais élucidées. Ce qui a changé aujourd’hui, par comparaison à avant 1990, c’est le paiement des salaires. Même si c’est pire que ce qui s’est passé avant 1990.

 Que reste-t-il de la conférence nationale après 9 ans de Yayisme ?

 Presque plus rien. Nous continuons à avoir l’alternance que l’actuel président voulait remettre en cause aussi. Les tentatives graves de remise en cause de notre Constitution sont là et on vit avec amertume. Si jamais les Béninois votent encore pour Yayi Boni, c’est qu’ils veulent de la révision de la constitution. Cela ne sera pas fait. Il ne faut pas voter pour la liste Yayi Boni. La liste cauris est dangereuse pour notre pays. Tout ce que le Président Maga, Ahomadégbé Apithy, Zinsou ont fait, sera zéro si on laisse ces gens-là prendre plus de la moitié à l’Assemblée nationale pour réviser la Constitution.

 Transcription : Hospice Alladayè