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Migan
Maître Jacques Migan appelle à un sursaut patriotique

Le bâtonnier Jacques Migan s’oppose à la signature, le 21 juillet à Paris, d’une funeste convention de concession de la ligne ferroviaire Bénin-Niger avec le Groupe Bolloré. Il appelle à une mobilisation générale. Lire son message intitulé « les rails de la mort».

« Peuple béninois debout, comme le recommande l’Aube nouvelle, pour barrer la voie à la signature, à Paris le 21 juillet prochain, sur ton dos dans un cadre inapproprié et en flagrante violation des lois de la république, d’un contrat au contenu flou qui est négocié par le duo Bolloré-Yayi en méconnaissance de toutes les procédures administratives et réglementaires prescrites par le législateur béninois qui dispose, à travers la loi n°92-23 du 6 août 1992 portant détermination des principes fondamentaux de dénationalisation et des transferts de propriétés d’entreprises du secteur public au secteur privé, que toute négociation de dénationalisation est conduite sous l’autorité du Ministre chargé du plan par la Cellule technique de dénationalisation (Ctd). Toute procédure, toute privatisation ou cession d’un patrimoine de l’Etat qui se déroule en dehors de ce cadre légal est attaquable à tout moment et peut être considérée comme nulle et non avenu. Lève-toi aujourd’hui pour barrer la route aux ennemis du développement de notre pays pris la main dans le sac au sujet de la forfaiture qu’ils s’apprêtent à commettre en programmant à Paris, le 21 juillet prochain, la signature de la convention de la honte ! Quelles indignations !!! Demain sera trop tard, car au-delà des conditions socio-économiques, une fois signé, ce contrat portera, à terme, un grave préjudice à la santé de nombreux citoyens béninois.

 « Demain sera trop tard »

 Chers citoyens, il me plaît de rappeler à nouveau que la réalisation de ce projet en l’état, portera des préjudices graves à de nombreux Béninois. C’est pourquoi demain sera trop tard. Convenez alors que je pus m’appesantir sur les inquiétudes et les préjudices réglementaires sanitaires et environnementaux qu’engendre la réalisation de ce projet. Réglementairement pour les secteurs sensibles et stratégiques comme celui des rails, la satisfaction des préalables tels que :

-la réalisation et l’adoption de l’étude de l’impact environnemental par les structures appropriées ;

-le consensus sur le volet social par les parties concernées ;

constituent des éléments vitaux et cardinaux à prendre en compte dans la finalisation d’un tel dossier de privatisation. La délégation de cadres béninois qui, sous la houlette du Premier Ministre, Monsieur Lionel Zinsou, s’apprêtant à signer à Paris le 21 juillet 2015 le contrat de la mort, s’est-elle assurée de la satisfaction de ces préalables par le Groupe Bolloré ? A défaut de réponse appropriée et prouvée sur ces exigences règlementaires, nous sommes en droit de nous interroger sur les facettes cachées de cet accord que les Gouvernements béninois et nigérien veulent à tout prix signer à Paris le 21 juillet 2015 en violation de toutes les dispositions légales en matière de dénationalisation en vigueur. A défaut des réponses précises sur ces légitimes préoccupations, souffrez que nous tirions sur la sonnette d’alarme ! Au demeurant, pourquoi la France souhaite-t-elle subventionner la construction de cette voie ferrée à hauteur de 400 millions d’euros par le biais de l’Agence française de développement (Afd)? Pourquoi le Groupe Bolloré a-t-il été retenu par les autorités béninoises et nigériennes (aux dépens du Groupe Pétrolin, des constructeurs chinois ou américains qui disposent d’une expérience avérée en cette matière) alors qu’il n’était pas au départ soumissionnaire à la construction de cette voie lancée par l’appel d’offres international le 4 août 2008 par le Bénin et le Niger (réf. n° 5498/Mdcttp-Pr/Mtac/Dc/Sg/Ocbn) ? Enfin, pourquoi le groupe Bolloré veut-il construire des rails dépassés à écartement métrique de 1m au lieu des rails standard de 1, 435m ?

 La vérité

 En vérité, la volonté de la France à subventionner un tel projet est guidée exclusivement par la nécessité de disposer d’un axe de transport économique pour acheminer les fûts d’uranium produits à Arlit au nord Niger par la Société Areva. La construction de cette voie, en même temps qu’elle serait utilisée pour justifier l’accompagnement de la France dans le développement du Bénin et du Niger, servirait en priorité à acheminer l’uranium d’Arlit au port de Cotonou à destination de la France. Le Groupe Bolloré a été choisi ou, plus exactement semble-t-il, imposé par l’Etat français, comme condition de cette « aide » au détriment du Groupe Pétrolin déclaré adjudicataire par lettre n°001/2010/Mtta/Mtttaptp/Pr/Cpc signée par les autorités du Bénin et du Niger. Les Gouvernements béninois et nigériens sont-ils conscients que cette aide porte un grave risque environnemental sur la population des Communes bénino-nigériennes que traverseraient ces rails quand on connaît les caractères nocifs de l’Uranate sur la santé humaine dans le domaine des cancers de poumons, de peau, des vessies etc. ? Chers amis et fidèles lecteurs, souffrez à nouveau que nous illustrions nos inquiétudes par quelques analyses et faits.

 Illustrations d’inquiétudes

 Ce dossier intitulé contrat de la mort vient corroborer la thèse selon laquelle les importateurs européens viennent transporter pour vendre dans leur pays nos produits nationaux. En effet, ce qui précède montre clairement pourquoi le Groupe Bolloré ne veut pas ou n’est pas disposé à se conformer aux normes actuelles en matière de construction de voie ferrée, soit des rails à écartement de 1,435 m. Même avec de vieux rails de réemploi à écartement de 1mètre, l’essentiel est assuré. Il n’est préoccupé que par l’acheminement de l’uranium d’Arlit à Cotonou à moindre coût et ce, au détriment de la santé des populations des Communes que traverseraient ces rails de la mort. L’argument tiré de la facilitation et du renforcement des échanges commerciaux entre le Bénin, le Niger et les autres pays de la sous-région, bien qu’à priori fondé pour les profanes, n’est en réalité qu’un leurre face aux graves conséquences environnementales et sanitaires que cache ce projet. Les autorités béninoises et nigériennes ainsi que les responsables du Groupe Bolloré en sont bien conscients, bien qu’ils restent silencieux face aux dénonciations des insuffisances graves et des conséquences prévisibles que la mise en œuvre de ce projet engendrerait sur l’économie et les populations des deux Etats. Il est, dès lors, évident que la concrétisation de ce projet est poursuivie au détriment de la santé du peuple béninois, mais dans l’intérêt exclusif de la société Areva, du Groupe Bolloré et en définitive de la France. De plus, les conditions de transport de l’uranium de la société Areva du Niger au Port de Cotonou et celles de son entreposage dans le même port posent problèmes. En effet, elles ne respectent pas le cahier des charges prescrites qui définit les conditions d’acheminement et d’entreposage. Certaines associations de défense de l’environnement ont dénoncé la forte teneur en radioactivité de l’uranate qui transite par le Bénin. Au demeurant, le transport de l’uranate d’Arlit à Cotonou est souvent assuré dans des conditions inquiétantes sans respecter aucunes règles internationales sur le transport des matières dangereuses voire mortelles. Les chauffeurs qui transportent ces produits n’ont reçu aucune formation et ignorent les risques auxquels ils sont exposés. Ces mêmes chauffeurs ainsi que les forces de sécurité escortant les camions qui transportent ces produits qualifiés, à raison, de « danger public » ne disposent pas d’équipements de protection appropriés. Souvent, des passagers ignorant le danger mortel qu’ils courent sont en contact direct avec les fûts d’uranate, ou encore des denrées alimentaires sont transportées à même les fûts. Il est également constant (cf correspondance de l’Association Béninoise de Sauvegarde de l’Environnement en date du 1er octobre 2009) que l’uranate d’Areva contrôlé sur les sites de la Comurhex, dans l’Aude (Languedoc-Roussillon) en France présente un taux élevé de radioactivité. Ainsi, les contrôles aléatoires effectués à Dassa-Zoumè sur quelques camions ont révélé la présence de taux très élevé de radioactivité. Ce qui est préjudiciable et nuisible à la santé des transporteurs, des riverains et de toute personne appelée à travailler dans ce cadre. Cette situation qui constitue un acte de pollution de l’environnement et de mise en danger de la santé des populations est d’ailleurs contraire aux dispositions de l’article 27 de la Constitution béninoise qui prescrivent le droit de tout citoyen à disposer d’un environnement sain. S’agissant des conditions d’entreposage, il faut bien se rappeler qu’il a été découvert un conteneur d’uranate (n°Tnpu 50017622G1) dans l’enceinte portuaire au Bénin sans qu’aucune précaution élémentaire de protection des travailleurs dans la zone d’entreposage n’ait été prise. De plus, il est avéré que les conteneurs d’uranate séjournent dans l’enceinte portuaire pendant plus de vingt jours contrairement à la règle de précaution qui voudrait que les conteneurs soient immédiatement chargés sur les navires en partance vers la France.

 Que conclure ?

 En définitive, au regard des analyses et des faits supra énumérés, on est en droit de conclure que le projet de construction de la voie ferroviaire Bénin-Niamey est conçu exclusivement pour servir les intérêts d’Areva, du Groupe Bolloré et de la France avec la complicité des Présidents nigérien et béninois au détriment des peuples béninois et nigériens. Chers béninoises et béninois, le combat n’est pas seulement celui de Monsieur Samuel Aworet Dossou encore moins celui de l’Association Béninoise de Sauvegarde de l’Environnement. Tout en saluant le courage ainsi que les prises de position vertueuses des forces patriotes qui dénoncent le projet du Groupe Bolloré, les développements qui précèdent et qui touchent aux conditions de transport et d’entreposage des conteneurs d’uranate par le Groupe Bolloré, Areva, devraient interpeller tout Béninois épris de paix et préoccupé par la santé de son peuple. C’est pourquoi, à l’étape actuelle de nos investigations sur ce projet, nous voudrions respectueusement, tout en dénonçant la complicité de certains cadres et du Gouvernement béninois, appeler à la vigilance des Institutions républicaines pour que force reste et demeure à la loi. Aussi, suggérons-nous respectueusement que le cadre de dénationalisation ainsi que les procédures prescrites par la loi n°92-23 du 6 août 1992 soient impérativement respectés. Que la gestion du projet retourne à la Cellule Technique de Dénationalisation (CTD). Que les cahiers des charges soient publiés et diffusés par les canaux appropriés conformément aux dispositions de la loi. Que l’étude environnementale soit effectivement réalisée par le Groupe Bolloré et ses résultats vulgarisés et remis à tous les maires des communes que traverseraient ces rails de la mort pour des dispositions à prendre. Enfin, nous voudrions respectueusement prier les élus du peuple, au regard du caractère stratégique, vital complexe et sensible du projet, à interpeller le Gouvernement et à faire un suivi rapproché de l’instruction et de l’exécution du projet dans le seul intérêt des populations et dans le strict respect des textes, des lois nationales et supranationales en la matière».

 (A suivre).

 Jacques A. Migan

Ancien Bâtonnier