Spread the love
INVESTITURE-ADRIEN
Les qualités de grand homme sont reconnues à Me Adrien Houngbédji

Au lendemain de la Conférence nationale, de février 1990 à l’hôtel Plm Accord Alédjo, un nouvel homme s’est révélé aux Béninois : Me Adrien Houngbédji. Fondateur du Parti du renouveau démocratique (Prd), qui a pris les initiales de son admirateur feu le président Sourou Migan Apithy qui dirigeait aux premières heures de l’indépendance, le Parti républicain du Dahomey.

A l’image du « Prd » de Sourou Migan Apithy, celui d’ Adrien Houngbédji étend son hégémonie sur les actuels départements de l’Ouémé et du Plateau. Dès lors, le président du Prd Me Adrien Houngbédji devient incontestablement le leader de ces deux départements avant la naissance du Mouvement africain pour la démocratie et le progrès (Madep) du richissime El Hadj Séfou Fagbohoun. Présents à chaque élection présidentielle depuis celle de 1991, le Prd et son président Me Adrien Houngbédji parviennent toujours dans le dernier carré d’As. Le charisme d’Adrien Houngbédji s’est bâti au fil des années, au point que les militants de son parti lui vouent une profonde admiration. Adrien Houngbédji est affectueusement appelé dans le giron où il dicte la loi pendant les élections, ‘’Hagbè’’. Traduit littéralement de la langue nationale Goun, « Camarade ». En 1991, sur la kyrielle de candidats à la présidentielle, (plus de 30), Me Adrien Houngbédji est 3ème derrière Mathieu Kérékou et Nicéphore Soglo. Le leader du Prd avait 49 ans. Il appelle à voter pour Nicéphore Soglo qui gagne le second tour de la présidentielle devant Mathieu Kérékou. Son rang n’a pas varié jusqu’à la présidentielle de 2001. Son soutien est toujours déterminant pour la réussite du candidat qui l’a obtenu. A l’inverse, après la sortie de la compétition de Nicéphore Soglo et de Mathieu Kérékou, il a amélioré son score. Il a été au deuxième tour avec le candidat Yayi Boni en mars 2006. A l’élection présidentielle de 2011, où il devrait prendre sa revanche sur Yayi Boni, Adrien Houngbédji n’a pas eu l’occasion en raison du K.o historique qui a dérouté tous analystes en particulier, et tous les Béninois de façon générale.

 Le démocrate au sang froid

 Le KO de la présidentielle a failli faire basculer le pays dans la violence. Personne n’y a cru. En tout cas, pas les partisans de Me Adrien Houngbédji, dont la majorité était prête à assumer les conséquences d’une insurrection. Contre toute attente, l’homme à qui ces révoltes devraient « profiter », s’interdit de prendre le pouvoir, évitant de tomber dans la violence. Adrien Houngbédji a alors appelé ses militants, sympathisants, partisans et admirateurs au calme. Même son challenger, Yayi Boni n’y croyait pas. Il a rappelé à tous ceux qui l’ont soutenu, que le Bénin est un Etat de droit dans lequel, les citoyens doivent se plier aux décisions des institutions constitutionnelles. Yako ! Un tel acte est forcément celui des grands hommes d’Etat. Aux heures chaudes et troublantes de fin de régime du président Mathieu Kérékou, la même attitude avait été observée par le Général, affaibli par la banqueroute, la tension sociale, les crises dans les secteurs vitaux de la vie. Mathieu Kérékou, aussi bien à Covè qu’à Cotonou devant l’église Saint Michel où des citoyens, pour manifester leur mécontentement lui avaient jeté des pierres, avait instruit sa garde de s’abstenir de brutaliser ses compatriotes. En Afrique du Sud, Nelson Mandela, à sa sortie de prison, a également pardonné. Il a fait preuve d’une magnanimité à nulle autre pareille. Son combat s’est toujours opéré dans le dialogue et la paix. C’est à juste titre que l’humanité en lui reconnaissance ces mérites humanitaires, lui a rendu un hommage planétaire à l’occasion de ses obsèques en décembre 2013. A l’instar de Mathieu Kérékou et de Nelson Mandela, Me Houngbédji est aussi un homme de paix. D’ailleurs, le président Yayi Boni lui a reconnu cette qualité quand le pays a retrouvé l’accalmie au lendemain du KO qui lui a renouvelé le mandat pour être locataire de la Marina. Ce qui caractérise aussi Me Adrien Houngbédji en tant qu’homme politique, c’est qu’il critique et fait des suggestions. Au plan communicationnel, Adrien Houngbédji est un homme qui sait ripoliner son image. Il choisit toujours les grands moments pour faire des interventions publiques. La cohérence et la beauté de ses discours constituent des documents d’archives. Les perspectives qu’il envisage en temps de crise, se révèlent très souvent justes. Tout cet ensemble lui confère indubitablement les qualités d’un homme d’Etat.

 Jean-Claude Kouagou

 Adrien Houngbédji a juré fidélité

Tous ont entendu hier Me Adrien Houngbédji faire le pacte avec sa conscience qu’il ne s’éloignera pas des valeurs et principes auxquels il est attaché. Ce n’est pas quelqu’un d’autre qui l’a dit. C’est lui-même en tant qu’homme politique élu au Perchoir qui l’a lâché lors de son investiture. Adrien Houngbédji a donc promis fidélité aux valeurs qu’il défend depuis des années. C’est la parole d’un homme politique qu’on a souvent comparé à un élément variable, c’est-à-dire capable de changer selon les principes et les valeurs qui sont les siens. Jugé trop souvent inconstant, délaissant parfois cause commune pour ses intérêts, Me Adrien Houngbédji doit prouver à ceux et celles qui l’ont porté au Perchoir, qu’il mérite leur confiance. Il est certes l’homme du consensus, mais pas forcément celui qui met tout le monde en confiance. Ses démêlées avec plusieurs députés de l’opposition qui ont pendant longtemps hésité avant de lui accorder leur soutien n’ont rien à voir avec la cohésion du Groupe. Beaucoup de frustrations sont nées de ses relations avec de nombreuses forces qui l’ont soutenu lors de la présidentielle de 2011. C’est fort de cela que le nouveau Houngbédji veut rassurer ses alliés dont on connait l’activisme contre le régime en place pour défendre les acquis démocratiques et les idéaux de la Conférence nationale de février 1990. Le président de l’Assemblée nationale a l’impérieux devoir de mettre l’Union fait la Nation, la Rb-Rp, l’Abt, l’And, le Fdu, l’alliance Soleil en confiance. Il a juré fidélité aux valeurs et principes que tous défendent. C’est sa façon la plus subtile de leur jurer fidélité en échange du Perchoir qu’on lui a offert au milieu d’une multitude de valeurs, toutes incarnant une personnalité morale. Le souhait de tous, c’est qu’il arrive à respecter la parole donnée.

 FN

Un riche parcours politique

Rentré d’exil en 1989 après avoir passé quinze ans de sa vie entre la France, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Gabon, où il exercera la fonction d’avocat près la Cour Suprême, Me Adrien Houngbédji s’est tracé une carrière politique riche.

A la faveur de la Conférence nationale des forces vives de la Nation de février 1990, à laquelle il participe, Me Adrien Houngbédji bénéficie de la loi d’amnistie. Sur la base des résolutions de cette même conférence, il a créé, avec certains compatriotes, le premier parti politique officiellement enregistré sous l’ère du Renouveau démocratique. Le Parti du renouveau démocratique (Prd) ainsi créé, va devenir en peu de temps, une force incontournable sur l’échiquier politique national. Il participe à l’élection présidentielle de mars 1991 qui voit la victoire de Nicéphore Soglo. Avec quatre députés aux législatives de 1991, il fut élu président de l’Assemblée nationale. Son passage à la tête de cette institution a renforcé les bases de la jeune démocratie béninoise. En effet, après dix-huit années de régime marxiste-léniniste, il fallait reconstruire l’Etat. Me Houngbédji et tous les députés de la 1ère législature ont activement contribué à cela. En reconnaissance de sa bonne gestion du Parlement de 1991 à 1995, à travers les débats démocratiques qui s’y menaient, le Prd a connu un succès plus éclatant aux législatives de 1995. Le parti a obtenu 19 sièges contre 20 pour la Renaissance du Bénin (Rb), parti au pouvoir. A eux seuls, le Prd et la Rb avaient la majorité au Parlement. Seulement, contre toute attente, la Rb a porté son choix sur un autre candidat pour le perchoir. En mars 1995, Me Adrien Houngbédji est réélu député. Il occupe la 3ème place à l’élection présidentielle de 1996, et est nommé Premier ministre par le président Mathieu Kérékou. Deux ans plus tard, il démissionne pour des questions de gouvernance et entre dans l’opposition. Une belle leçon de démocratie qui a valu en son temps des inimitiés au leader des Tchoco-Tchoco. « On ne démissionne pas quand on est aux affaires », lui a-t-on reproché. Au point où les adversaires politiques du Prd ont dû le présenter aux populations comme celui qui démissionne souvent de tout. En mars 1999, il est réélu député et devient président de la 3è législature de l’Assemblée nationale grâce au soutien de la Rb. Le peuple béninois a pu voir et apprécier la qualité du débat parlementaire sous sa présidence et surtout la vitalité de notre démocratie compte tenu du fait que toutes les institutions jouaient pleinement leur rôle.

 Toujours proche de la Marina !

 Il se classe 3è à la présidentielle de 2001. Il a même eu l’opportunité d’affronter Mathieu Kérékou au second tour après le désistement de Nicéphore Soglo, qui a crié au tripatouillage à cette époque. Mais, il s’est retiré pour soutenir Soglo dans sa décision. Au finish, on a dû assister à un match amical entre Kérékou et son ministre d’Etat, Bruno Amoussou. En 2003, ont lieu les premières élections municipales et communales au Bénin et Adrien Houngbédji est élu Maire de Porto-Novo, la capitale du Bénin. Il démissionne de ce poste peu après. Il se présente à l’élection présidentielle de 2006 et se retrouve au second tour face à Yayi Boni, qui remporte le scrutin. Il s’est d’ailleurs empressé de reconnaître la victoire de Yayi dès la proclamation des résultats. Le 10 avril 2010, il est désigné, à l’unanimité, candidat unique de l’Union fait la nation (Un), une alliance politique de l’opposition, pour l’élection présidentielle du 13 mars 2011. Yayi Boni remporte à nouveau le scrutin et Houngbédji conteste les résultats. Il se retire ensuite de l’Un mais maintient son statut d’opposant. Il demeure le président du Prd. Lors des élections législatives de 2015, son parti décroche dix sièges. Il parvient à faire l’unanimité au sein de l’opposition qui le propulse président de l’Assemblée nationale pour la troisième fois.

 Epiphane Axel Bognanho

 Le sauveur !

Le mardi 19 mai 2015, restera une date mémorable pour les Béninois. C’est le jour le plus long sans doute, mais aussi la nuit où, à Porto-Novo, la capitale, symbole de l’indépendance du pays, l’avenir politique du Bénin s’est redessiné et a repris des couleurs.

Au Palais des gouverneurs, siège de l’Assemblée nationale, le destin de ce pays en quête d’un nouveau souffle, s’est tracé à l’issue des tractations pour l’élection du président de l’Assemblée nationale. Tout aurait pu basculer dans le chaos. La barque « Bénin » aurait pu chavirer. D’autant plus que, beaucoup avaient des doutes et des craintes sur la réussite du plan de sauvetage concocté par l’opposition. Sa réussite doit se concrétiser par l’élection de Me Adrien Houngbédji à la tête de l’Assemblée nationale. Au milieu de ces doutes, craintes et certitudes, rien n’était vraiment sûr face à un Yayi Boni, coffre-fort ambulant, prêt à tout «acheter», pour que le perchoir revienne à son candidat, Komi Koutché. Mais, dans cette nuit du mardi 19 mai aux environs de 23H30mn, 42 députés sur les 83 députés portent leurs choix sur Adrien Houngbédji. L’Hémicycle vibre au son de l’hymne national, repris en chœur dans tout le pays par des citoyens et citoyennes accrochés à leur poste radio et qui suivaient les évènements depuis le début, grâce à la radio Océan Fm. Ce choix se révèle celui du consensus et de l’unité nationale. Preuves de la réussite du plan de l’opposition, tous les autres postes du bureau sont revenus à l’opposition, sauf celui de la première Secrétaire parlementaire, laissé au camp d’en face. Cela s’explique par le souci de sécuriser cette victoire que la Cour constitutionnelle pourrait être amenée à remettre en cause, si elle était saisie pour se prononcer sur le caractère monocolore de l’équipe dirigeante du Parlement. La victoire des sept membres du bureau de l’Assemblée désormais investis, chacun dans sa mission pour une durée de quatre ans, est, avant tout, celle d’un peuple qui a voulu qu’il y ait un consensus autour du président Adrien Houngbédji, l’homme d’Etat, le brillant avocat, le faiseur de roi, le leader charismatique, meneur d’hommes, l’opposant radical et éclairé.

 Incarner une autorité morale et intellectuelle

 Pour beaucoup, sa candidature unique et son élection, au cœur d’une kyrielle d’ambitions et de sensibilités, même si toutes se réclament de l’opposition, est le signe de l’unité retrouvée entre les forces politiques qui se combattaient sur le terrain. Tout cela exprime le sens du consensus pour sauvegarder les acquis démocratiques, pour remettre le pays sur la voie d’un développement harmonieux et vertueux. Il faut préparer l’avenir d’un Bénin nouveau autour du président de l’Assemblée nationale, en s’efforçant autant que faire se peut, de dominer les ressentiments du passé, les clivages et les désaccords qui surviendront. Cela relevait d’une gageure, mais ce n’est pas un défi insurmontable. Face à ce défi à relever, Me Adrien Houngbédji portait une lourde charge. Bien qu’il existe dans le Groupe des personnalités capables de porter cette charge, il est désormais celui qui conduit le troupeau. A ce titre, il ne devait pas se laisser perturber par moult réseaux qui l’entouraient. Mais, au regard des espoirs qui reposent sur ses épaules, c’est maintenant que le plus dur commence. C’est maintenant et pour le reste du temps qu’il doit incarner une personnalité dotée d’une autorité morale et intellectuelle capable de ne pas se laisser inféoder. Il connait les grands maux qui détruisent le tissu social et l’unité nationale, et n’est pas étranger aux aspirations de ceux l’ont porté au Perchoir. En conséquence, il doit aider à sauver le pays de ses errances, des agitations fébriles et inutiles, des tentatives de confiscation des acquis démocratiques, des pièges des imposteurs et des politiciens opportunistes. Il sera aidé dans cette mission par l’expérience de tous ceux qui ont préféré lui confier le Perchoir. C’est-à-dire de Bruno Amoussou à Rosine Soglo, en passant par Candide Azannaï, Valentin Houdé, Eric Houndété, Antoine Idji Kolawolé, Mathurin Nago et bien d’autres. Il faut toujours un seul pour exercer le pouvoir, mais ce sont eux tous qui doivent y participer. Depuis qu’il a été élu au perchoir, c’est-à-dire bien avant ce lundi 15 juin 2015, jour de son investiture en présence de plusieurs personnalités étrangères, devant la représentation nationale, des autorités à divers niveaux du pays et des délégations des Chancelleries, Me Adrien Houngbédji a redonné espoir au peuple. Celui-ci vit désormais dans l’attente.

 Fidèle Nanga