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KEREKOU-MATHI
Le Général reçoit l’hommage de Alphonse Sèdolo Gbaguidi

La série des hommages au feu général Mathieu Kérékou se poursuit. Cette fois-ci, c’est l’artiste Alphonse Sèdolo Gbaguidi qui pleure la disparition de l’homme de la révolution du 26 octobre. Lire ci-dessous, l’hommage.

La Mort, c’est l’affaire des Vivants et la Vie, l’affaire des Mortels…

Oui, Mon Général ; M. le président, j’en suis conscient, très conscient même … autant que vous Excellence … je sais qu’il n’y a pas d’amour de vivre sans amour de trépasser… je sais qu’un beau jour, bedonnant de divins parchemins conquis de Haute lutte à l’école de la vie, de ce monde, comme vous Excellence, Général Mathieu Kérékou qui venez de passer l’arme à gauche, ce 14 octobre 2015 à votre résidence des filaos à Cotonou, je m’en irai… Quels que soient mon âge, ma race, ma grandeur, ma beauté, ma puissance, ma richesse et ma célébrité, je m’en irai. Mon âme abandonnera mon intégrité physique et s’envolera vers le Royaume des Cieux comme ce fut votre cas Mr le président… L’annonce de mon définitif départ engendrera un lyrisme mélancolique parmi les miens comme il en est présentement de votre cas Mon Général. L’épellation de mon nom se fera avec douleur comme nous le faisons actuellement de votre sacré nom : Excellence Général Mathieu Chabi Chaaa Kérékou, président fondateur de l’ex-République populaire du Bénin et deuxième président de la République du Bénin du renouveau démocratique… Suite logique aux conventionnels hommages qui seront rendus à ma mémoire, une foule éplorée m’escortera jusqu’à ma dernière demeure comme nous nous apprêtons à présent à le faire pour vous et au nom de votre glorieuse et immortelle mémoire; Excellence, Monsieur le Président.

 Local souterrain

 Là, comme vous Mon Général et certains de vos très chers rejetons qui vous avez déjà hélas précédé dans l’au-delà, je serai le propriétaire d’un local souterrain dit funéraire d’un genre particulier dans lequel je résiderai en solitaire. Loin de cette vie tumultueuse qui m’aura suffisamment asservi, et confortablement installé dans une bière en buis tapissée de velours, je reposerai paisiblement comme vous Mr le Président…. Je jouirai enfin du plus parfait bonheur qui puisse vraiment exister.

Au fil des jours, dans le Sanctuaire de cet Univers, Dame Nature contribuera inexorablement à la transformation de mon intégrité physique, pendant que sur terre, telle une légende, le Souvenir de mon existence se passera de tout commentaire. Dorénavant, je n’existerais, comme vous Mr le Président, que de par l’envergure des œuvres que j’aurais laissées ici-bas, Dieu tout Puissant seul sachant mieux que quiconque l’incommensurabilité de l’Envergure des œuvres léguées à présent à la postérité universelle par le personnage énigmatique et captivant, l’intrépide stratège militaire, l’ardent patriote d’un naturel humble et désintéressé, le valeureux père de famille et de la nation béninoise, le grand camarade de lutte des années révolutionnaires de braises, le Promoteur sans désemparer de l’Unité nationale et de la paix sociale, le précurseur inoubliable du Renouveau démocratique et du développement social, l’Homme d’Etat visionnaire et intègre, le leader politique charismatique d’exception, l’incarnation du légendaire Caméléon national, le parrain fidèle, et l’ami sincère que vous fûtes.

 Des souvenirs

 Me revient à l’esprit, Cher Compatriote, le souvenir de votre décisive déclaration diffusée sur les antennes de Radio-Dahomey, l’après–midi du Jeudi 26 Octobre 1972, annonçant la dissolution énergique du Régime du Conseil Présidentiel, et par ricochet l’avènement du Gouvernement militaire révolutionnaire sous la houlette du jeune et dynamique Chef de Bataillon des Forces Armées dahoméennes que vous étiez en ce moment là !.

Me revient à l’esprit camarade Président, votre historique discours du Dimanche 30 novembre 1975 de la place de l’indépendance de Cotonou à partir duquel, les Dahoméens passifs et indolents d’hier que nous étions, devinrent les Béninois volontaristes et exigeants d’aujourd’hui, qui, dès le 16 janvier 1977 du fait de la justesse de leur cause, ne se doutèrent qu’ils ‘’vaincront‘’ toute agression armée impérialiste de mercenaires faisant entorse à la satisfaction de leurs légitimes aspirations!…

Me revient à l’esprit Camarade Président, votre auguste et mémorable coup de cœur du 22 août 1988 à l’endroit de ma modeste personne, faisant suite à ma prestation télévisée de l’Ortb de la veille, avec mon poème ‘’Je ne suis pas beau‘’, par vous rendu, de ce fait célèbre et qui fît progressivement de l’humble auteur que je suis, une personne ressource respectable dont la voix compte et fait parfois autorité sur le plan tant national qu’international !…

Me reviennent à l’esprit Mon Général, les soubresauts du passage de notre pays, de la gestion essoufflée du monolithisme politico-étatique de votre Régime Révolutionnaire à celle du libéralisme économique du renouveau Démocratique, soubresauts qui débouchèrent sur l’historique Conférence des Forces Vives de la Nation de février 1990 dont l’acceptation courageuse en toute humilité par votre Excellence des conclusions souveraines, contribuèrent à la nouvelle relance économique et au rayonnement de notre pays dans le concert des Nations Emergentes d’Afrique et du Monde!…

Me reviennent à l’esprit Mr le président, vos connaissances avérées des imprévisibles et sordides béninoiseries des aspects cyniques de notre complexe mentalité et votre art consommé du management des ressources humaines, qui vous permirent, en un retentissant come-back hyper démocratique, de succéder à la tête de l’Etat le 06 avril 1996 à votre premier successeur, avec curieusement le bienveillant concours de la plupart de vos farouches adversaires de l’époque révolutionnaire.

Me revient enfin à l’esprit, M. le Président, cette fatidique date du 06 Avril 2006, où je vis notre Caméléon National au terme constitutionnel de ses deux quinquennats démocratiques, descendre allègrement de sa branche à pas cadencés et rythmés sur des airs mélodieux de mon cher confrère Dassabouté Pierre, pour passer dignement le flambeau à son deuxième successeur, notre actuel Président de la République son excellence le Dr Boni Yayi.

 Le dernier au revoir

 De temps à autres, des parents et des amis viendront s’incliner devant la dalle de mon sépulcre, jusqu’au jour où la Dictature du destin leur signifiera que l’Adieu adressé à une ame qui s’envole vers les cieux, n’est en vérité qu’un implacable et poétique… Au Revoir !…

A la seule différence qu’il n’est pas donné à tout être humain le privilège de vivre octogénaire , comme vous Mon Général et de reposer dignement dans un Sépulcre après son définitif départ, le privilège de recevoir les honneurs de la sépulture.

Recevez donc, Mr le président, ces hommages et honneurs de la sépulture qu’il plaît en ce moment, à l’histoire, la douleur et Dieu de permettre aux peuples du Bénin, d’Afrique et du Monde de vous rendre de Cotonou jusqu’à vos villes natales Natitingou et Kouarfa du Département de l’Atacora où vous reposerez désormais.

Adieu donc très cher Président ! Adieu « Mon Général » dormez en paix… Que cette terre de Béhanzin, de Bio Guerra et de Kaba qui vous a vu naître et au sein de laquelle, s’intègrera incessamment votre dépouille, vous soit légère !…

Adieu brave Fils de feue maman Yokossi Ondo Ontcha Firmine!…

Adieu brave fils de brave femme !…

Adieu, infatigable baroudeur de carrure !…

Adieu Sounou glégbénou !…… sounou Kpo !… Sounou hossou :…

                                           Cotonou, le 17 octobre 2015

Alphonse Sédolo Gbaguidi

Tél. : 97 47 05 88 / 95 17 98 28