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le Président Boni Yayi reconnait avoir échoué dans la lutte contre la corruption
Le président Yayi Boni

A travers sa correspondance du mardi dernier, pour faire pression sur l’Assemblée nationale pour la poursuite du ministre Kassa, le Chef de l’Etat semble vouloir, à nouveau, s’arroger les prérogatives du Parlement. Coutumier du fait, Yayi Boni semble vouloir donner raison à ceux qui claironnent qu’il n’est pas démocrate.

Plus les jours passent et la fin inéluctable de son régime friand de polémiques approche, plus les actes que pose le président Yayi Boni nous convainquent du peu de considération qu’il a pour le principe de la séparation des pouvoirs, et au fond, de sa conception un peu « étriquée » de l’Etat de droit et de la démocratie. D’ailleurs, s’attarder, outre-mesure, sur cet état de choses serait une perte de temps, une manière d’enfoncer une porte déjà ouverte. Depuis 2006, en effet, le peuple a eu et vécu des vertes et des pas mûres. Et dans le cas d’espèce, le Chef de l’Etat devrait éviter de vouloir montrer le chemin à suivre aux parlementaires. A maintes reprises, le président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbédji, bien au fait des questions de droit, a eu de la hauteur dans ses prises de position et lui a indiqué le chemin à suivre. Car, selon toute logique, du moment où une commission a été mise en place par les représentants du peuple pour fouiner et tirer au clair les tenants et aboutissants, ainsi que la part de responsabilité de l’ex-ministre Barthélémy Kassa dans le scandale de l’eau, l’on devrait faire économie du communiqué du 4 mars. C’est à croire, à lire le communiqué du gouvernement, que le président de la République se « méprend » dans ses attributs et pouvoirs. Sinon, pourquoi cette précipitation à traduire son propre ministre devant la Haute cour de justice ? Alors même, qu’au début de la crise, au moment où la partie néerlandaise, furieuse des agissements peu orthodoxes des fonctionnaires, accusait le Bénin de pays « voyou » dans les médias internationaux, le pouvoir s’est réfugié dans de puériles et honteuses dénégations. D’ailleurs, pourquoi, c’est maintenant que le président Yayi Boni est déterminé à laver l’affront, et montrer qu’il est « immaculé » ou qu’il n’était pas au courant des agissements des fonctionnaires de la Direction de l’eau. C’est à croire que la pléthore de scandales non-résolus sous son régime, qui bat un triste record en la matière, ne lui a jamais effleuré l’esprit. Le chantier inachevé du Parlement, Maria Glétta et Icc-services, suffisent à démontrer le contraire. Vouloir convaincre les populations, à quelques mois de la fin de dix années de pouvoir, de sa « bonne foi et sa sincérité », est illusoire et contre productif. De plus, c’est le Chef de l’Etat lui-même qui nomme ses collaborateurs à des postes de responsabilité. Donc, la responsabilité des égarements lui incombe largement.

 Des réserves justifiées de la part des parlementaires

Les institutions de la République ne peuvent pas accepter la logique de l’ « entente cordiale » chère à Yayi Boni. Ensuite, Me Adrien Houngbédji n’a pas été porté à la tête de la 7ème législature par ses pairs de l’opposition, pour aussitôt, sous la pression d’un pouvoir dont la crédibilité est entamée, tourner dos aux principes et valeurs démocratiques issus de la Conférence des forces vives. Il est d’ailleurs édifiant de revenir sur la teneur du communiqué du 31 juillet 2015 pour saluer l’état d’esprit du bureau du Parlement, qui n’a pas voulu confondre vitesse et précipitation. « Après avoir pris connaissance de la lettre, les membres du bureau se sont interrogés sur la compréhension qu’ils doivent avoir de la requête du Président de la République, dans la mesure où la lettre ne demande pas expressément la levée de l’immunité parlementaire, ni ne précise les infractions pour lesquelles les poursuites seront engagées à l’encontre de l’intéressé. Ils se sont de même interrogés sur la compétence du Chef de l’Etat à introduire une demande de levée d’immunité sur sa propre initiative à l’exclusion de l’autorité judiciaire. Ils se sont en outre inquiétés du « caractère sérieux, loyal et sincère de la demande, condition traditionnellement exigée par la jurisprudence parlementaire. Le Bureau a alors estimé que, pour répondre à ces différentes préoccupations, il était judicieux, au regard des dispositions constitutionnelles, du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale et de la Loi organique de la Haute cour de justice, de saisir, en l’état, la Commission spéciale chargée de l’étude des demandes de levée d’immunité pour examiner les problèmes de forme ainsi que le fond, entendre l’honorable Kassa ou le collègue qui le représente, et déposer rapport. Le rapport de la Commission spéciale sera ensuite transmis à la Conférence des présidents pour avis, avant d’être inscrit à l’ordre du jour de la prochaine plénière en procédure d’urgence. La décision d’accorder ou de rejeter la demande est prise par l’Assemblée nationale siégeant en séance plénière ». Ses réverses sont justifiées. Apparemment, bien au fait de ce dossier, les députés semblent vouloir éviter que Barthélémy Kassa ne serve de bouc émissaire, ni de victime expiatoire.

 Wilfrid Noubadan