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alofa2Il n’a changé ni dans la posture ni dans le discours. Codjo Alofa, l’accusé principal dans le dossier « assassinat et complicité d’assassinat du cadre du ministre des Finances, Pierre Urbain Dangnivo », est resté fidèle à ses déclarations d’il y a trois ans. Il n’a varié sur aucun point dans le récit de l’histoire qu’il continue de décrire avec un air d’humour comme étant du « théâtre ».

Si c’était une leçon apprise, elle l’a été assez bien assimilée. A chaque question posée, Codjo Kossi Alofa renvoie exactement à 2015. Sa déclaration n’a rien enlevé à cette histoire qui avait mis tout un peuple en émoi il y a quelques années. Hier, il a suffi d’une question du président de céans pour que l’accusé décrive pendant plus d’une heure, une histoire qu’il maîtrise assez parfaitement. On dirait même qu’elle lui colle à la peau. Codjo Alofa a déclaré que l’exhumation du corps à Womey est un  gros montage pensée par trois personnes. Prince Alédji, Lucien Dègbo et Sévérin Koumasségbo. Il a été choisi « pour jouer le rôle d’acteur central contre le paiement d’une somme de 25 millions de FCfa » qui, selon lui, n’a pas été honoré jusqu’à ce jour. L’histoire, la vraie, selon lui, a commencé par le vol de moto. En fait, l’accusé, Alofa, était allé voler une moto avec son ami qu’il nomme Polo le 16 août 2010. Le coup a  réussi mais Codjo n’a pas pu s’échapper. Il a été interpellé comme tout auteur de flagrant délit, mais il fera le tour de brigade de recherche, de commissariat avant d’être déposé en prison sous la conduite du sieur Dègbo. C’est en prison, affirme-t-il, que ce qu’il appelle théâtre a été planifié en intelligence avec celui qu’il décrit comme le cerveau du coup, le sieur Lucien Dègbo en poste à l’époque à la Brigade de recherche et son supérieur hiérarchique Prince Alédji. Il lui a été proposé de porter « la charge du meurtre du Sieur Dangnivo contre la somme de 25 millions et une libération sans condition en 2011 ». Le jeune mécanicien de profession qui s’essayait aussi à quelques petits vols qui s’est retrouvé finalement dans une cellule chaude de la prison a  »reniflé  » par deux fois, mais ne s’est pas décidé tout de suite. Les deux hommes, renchérit-il, n’ont pas désarmé mais sont revenus à la charge sous un argument assez fort et menaçant. « Lucien Dègbo me disait que tout chef a des gens qui sont habiles à empêcher ceux qui voudraient leur créer des ennuis. Un prisonnier reste un prisonnier », laisse-t-il entendre.

 Une mise en scène

 Alofa se décide donc finalement et s’engage à jouer la mise en scène jusqu’au bout. Mais pour réussir le coup, il faut, un peu comme au théâtre, faire un peu de répétition. Très concrètement, il faudra dicter à Alofa ce qu’il devra dire devant le magistrat instructeur et à toutes les étapes de la procédure. « Tout ce que j’ai dit, toute l’histoire que j’ai racontée relative à Womey m’a été dictée point par point par les personnes dont j’ai cité les noms », déclare-t-il. A la question de l’avocat de la défense Baparapé de savoir comment il réussit à être autant fidèle dans la restitution et emballer tous les juges dans le temps, il répond:  » Ils m’ont dit ce que je dois dire. Des fois, face aux questions des juges, je complète avec mes propres arguments, mais la ligne de départ qu’ils m’ont donnée est toujours respectée », fait-il savoir. Il ajoute que le jour où le deal a été conclu, le sieur Alédji lui a donné officiellement le numéro du sieur Dègbo qui, selon ses déclarations, est son interlocuteur direct. « En prison, il était difficile de communiquer avec lui, mais quand je viens au Tribunal, j’arrive à trouver un portable et je l’appelle et on échange ». Mieux, ajoute-t-il: «  Chaque fois que je viens au Tribunal, soit il vient, soit il m’envoie un émissaire pour de petits gestes », laisse-t-il entendre. Jusque-là, c’est toujours le parfait amour et le  »scénario de Womey a donc eu lieu sans anicroche. Mais avec le temps,  les personnes citées plus haut aurait senti que le jeune Alofa  n’a pas véritablement le cran pour porter seul la charge du meurtre du défunt. « Pour la crédibilité du montage, il me faudra un renfort, car seul je ne pourrai pas assumer la tuerie de Dangnivo. C’est Alédji qui a dicté la stratégie qui a consisté à impliquer Donatien Amoussou. Il n’était pas au départ dans le coup et je ne le connaissais pas », précise-t-il. Après la prison civile de Cotonou, Codjo Kossi Alofa a été déposé à la prison civile de Missérété. Ce jour-là affirme-t-il, le sieur Dègbo est venu lui apporter des vivres et une somme de 58.400 FCfa. Après ce présent, ce fut un silence austère. Alofa ne voit plus rien venir de la part de ses  »partenaires ». Les 25 millions tant promis pour le deal n’arrivent toujours pas. Les jours passent, Alofa compte 12 mois à Missérété. Un jour, il décide de saisir le tribunal pour solliciter une audience. Ce sera sans doute le début du grand désaccord. « Une nuit, une équipe du Gign est venue me signifiant qu’on devra me conduire au Parquet. Connaissant la procédure du parquet, j’ai douté un instant, mais ils ont insisté. J’ai été mis dans un véhicule climatisé et ils m’ont cagoulé. Ils m’ont dit qu’ils s’apprêtent à arranger ma mise en liberté. Ils me demandent où je compte aller pour réussir ma fuite et j’ai dit Lomé. Ils m’ont conduit à la frontière d’Hilacondji et m’ont remis 50.000 FCfa avant que le véhicule ne prenne la direction de Cotonou. Je ne comprenais plus rien. Par la suite, je me suis annoncé à la brigade de Lomé et ils m’ont conduit à Cotonou sous escorte 17 jours après », a-t-il laissé entendre. L’audition de l’accusé se poursuit aujourd’hui.

 HA