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Aké Natondé rompt le silence

La salle Saka Kina de l’Assemblée nationale a abrité, dans la journée du jeudi 6 août 2015, un point de presse du député Aké Natondé sur la gestion faite par ses collègues de la seconde lecture des lois portant statut général de la fonction publique et le Code des pensions civiles et militaires de retraite, demandée par le gouvernement du président Yayi Boni. Avec un ton amer, ce dernier a dénoncé le complot orchestré par les députés de la sixième législature qui ont voté une loi bancale, surtout en ce qui concerne le statut général de la fonction publique. Il en appelle à la vigilance des députés de la septième législature car, si la loi est votée en l’état, ce sera un complot contre le peuple béninois et sa jeunesse. Il est allé loin pour dire qu’il s’agira du vote d’une loi scélérate. Ci-dessous l’extrait de sa déclaration.

« (…) L’historique de ce dossier révèle que c’est d’abord l’Exécutif qui a introduit le projet de loi au Parlement dans le but de se conformer aux exigences des Ptf et maintenir aussi longtemps que possible les cadres en fonction afin de profiter suffisamment de leur compétence. Ainsi, dans le projet de loi envoyé par le gouvernement, la condition de 30 ans de service a été supprimée et les limites d’âge pour faire valoir les droits à la retraite ont été fixées à :

-60 ans pour les fonctionnaires de la catégorie A

-58 ans pour les fonctionnaires de la catégorie B

-55 ans pour les fonctionnaires de la catégorie C

Au lendemain du vote de cette loi par l’Assemblée nationale le 02 avril 2015, de nombreuses voix se sont élevées pour condamner la suppression de la condition complémentaire des 30 ans de service. Le gouvernement qui est à l’écoute du peuple a alors introduit la présente demande de seconde lecture afin de solliciter, auprès de la Représentation nationale, la prise en compte de cette condition réclamée par la grande majorité des forces travailleuses. Mais, malheureusement, nous constatons que tout est en train d’être mis en œuvre pour faire échec à cette demande. Et pourtant, nous sommes des représentants du peuple, lesquels sont élus par le peuple pour défendre ses intérêts. Si la condition des 30 ans de service pour aller à la retraite n’est pas complétée dans cette loi, cela revient à prolonger le séjour dans la fonction publique à certains fonctionnaires au détriment de la jeunesse béninoise qui sera ainsi sacrifiée. C’est pour cela que nous voulons prendre le peuple à témoin à travers cette conférence de presse. Si la loi est votée en l’état, ce sera un complot contre le peuple béninois et sa jeunesse. Je dirai simplement qu’il s’agit d’une loi scélérate. Nul n’ignore les problèmes sociaux auxquels notre pays se trouve confronté ; notamment le chômage des jeunes. Voter une telle loi revient à maintenir la jeunesse dans la précarité et le sous-emploi. Nous ne pouvons pas nous associer à ce complot savamment ourdi par certains lobbies dans notre pays ; complot que la représentation nationale doit déjouer à tout prix pour continuer à bénéficier de la confiance du peuple. Pour soutenir ce complot, des arguments fallacieux sont agités. Ils disent qu’en supprimant la condition des 30 ans de service, le Bénin ne fera que s’aligner derrière les autres pays de l’Uemoa. Cet argument ne tient pas debout car, notre pays est souverain et n’a pas forcément les mêmes problèmes que les autres. Pour régler le problème du chômage, nous devons puiser dans notre génie national. Ailleurs, des pays ont même réduit la durée hebdomadaire de travail pour booster le recrutement de nouvelles mains-d’œuvre.

-Ils disent qu’il faut maintenir plus longtemps les agents en fonction pour résorber le déficit du Fonds national de retraite. Cette démonstration est plus que surprenante et ne répond à aucune logique. Car, cela revient à demander à l’Etat de maintenir le payement des plus gros salaires au détriment du recrutement des jeunes moins bien payés. Cela coûte en définitive plus cher au Trésor public.

-L’argument qui consiste à dire qu’il faut maintenir longtemps en fonction les cadres formés à grand frais pour profiter de leur expérience et de leur compétence ne vaut pas non plus que les précédents. Car, les expérimentés d’aujourd’hui ont reçu le témoin de la main de leurs aînés qui sont pourtant partis après 30 ans de bons et loyaux services rendus à la Nation. Les cimetières sont remplis des indispensables, dit-on souvent.

-La fonction publique n’est pas le seul pourvoyeur d’emplois. Il faut que le gouvernement fasse la promotion du secteur privé et de l’auto-emploi des jeunes, disent-ils. Là, nous sommes sur la même longueur d’onde. Mais, pourquoi ceux qui donnent cette leçon aujourd’hui n’ont-ils pas choisi courageusement, en son temps, se prendre en charge en se mettant à leur propre compte. Ils ont, pour la plupart, été formés (à l’étranger pour certains), nourris et blanchis aux frais du contribuable pendant 30 ans et cherchent encore un bonus. Pourtant, ils ont aussi des enfants dont l’avenir doit les préoccuper. Aucun moyen ne doit être de trop pour donner espoir à la jeunesse. Les recrutements, que ce soit dans la fonction publique ou dans le secteur privé, la promotion de l’auto-emploi et les mesures incitatives, tout cela nécessite des dispositions à prendre pour résoudre un tant soit peu le problème de l’emploi des jeunes qui constitue une véritable bombe à retardement et une menace pour notre démocratie. C’est pour cela que je passe par votre canal pour inviter tous les collègues députés à la vigilance face à ce dossier ; afin que l’histoire retienne le rôle de la 7ème législature dans la cinglante défaite qui, tôt ou tard, sera infligée à ce complot funeste (…) »

 Propos recueillis par T.G.R.