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La vérité sur la mort de Dagnivo n’est pas pour demain

Qui a réellement tué Dangnivo, le fonctionnaire du ministère des Finances, disparu depuis  août 2010 ? La question reste entière, malgré un  procès plein de mystère et qui vient de défrayer la chronique. La vérité, sans doute soigneusement cachée dans les tréfonds des esprits, tarde à se faire connaître.

Codjo Alofa et Donatien Amoussou. L’espoir s’assombrit pour ses deux coaccusés, qui ne  goûteront pas de si tôt aux délices de la liberté.  Par contre, et c’est peut-être une bonne nouvelle, les audiences successives ont permis de relativiser l’idée subtilement répandue pour faire accroire qu’ils sont les  « cerveaux » et maîtres d’œuvre de l’ « assassinat » du cadre du Ministère des finances,  Pierre Urbain Dangnivo.  Une certitude se dégage du cirque qu’on vient d’infliger aux citoyens : il y a anguille sous roche. Et cela, on ne pourra pas l’enlever de la tête des curieux qui ont suivi de bout en bout le procès. D’ailleurs, Codjo Alofa et son compère,  Donatien Amoussou ont déclaré, sans ambages n’avoir pas tué Dangnivo. Il est d’ailleurs difficile de remettre en cause cette version, puisque  Alofa est allé un peu plus  loin en déclarant que son évasion de la Prison internationale de Missérété était un pur montage. Car, il est difficile à avaler qu’il ait réussi sans complicité aucune, à franchir la dizaine de portes internes de la prison. Cette affirmation a dû faire frémir plus d’uns, juges et avocats compris. Rien n’a pu leur faire changer d’avis. Les deux coaccusés  sont restés unanimes, et se rejoignent  sur le fait qu’ils ont été contraints d’accepter être les auteurs du ‘’supposé’’ assassinat. Ce qui renforce encore l’argumentaire qui concourt à les prendre un peu au sérieux, ce sont les hésitations d’un des principaux personnages. Le Commissaire de police  Prince Alédji, cité dans l’affaire comme étant le metteur en scène, a vainement tenté de les prendre à défaut. Il a dû mêler les pinceaux, faisant des affirmations contradictoires. Plusieurs autres témoins ont été également écoutés dans ce procès. Les anciens ministres Bernard Lani Davo, Grégoire Akofodji, le médecin légiste, l’expert. Ils n’ont guère fait mieux. Le bout du tunnel est bien loin. Décembre portera-t-il des surprises quant au dénouement heureux de cette affaire ?

 L’exception d’inconstitutionnalité

 La réponse se trouve, sans doute, dans les tréfonds de la pensée des juges en charge de cette affaire aux contours multiples. Toujours est-il qu’après l’exception d’inconstitutionnalité soulevée par la partie civile et  Me  Joseph Djogbénou, les juges ont été confrontés à des vices, dont quelques entorses faites  au droit de l’homme. Une  fois l’exception d’inconstitutionnalité réglée, la  Cour  a dû statuer sur un renvoi sine die des assises, ou la poursuite du procès, en attendant que les juges constitutionnels ne rendent leur décision. A cette question, la Cour a préféré la première option. Les avocats, une fois la décision de la Cour constitutionnelle rendue, y ont opposé d’autres arguments. Ils ont estimé que la Cour devrait assurer la continuité des assises en laissant les audiences se dérouler normalement. Ils ont soutenu que les jurés ne sont plus impartiaux parce qu’ils ont été pendant cette période de trêve en contact avec le monde extérieur. S’appuyant sur ces arguments, ils ont donc plaidé pour le changement des jurés, donc la recomposition de la Cour. Cette demande n’a pas requis l’adhésion de cette Cour qui a passé outre,  faisant appel au témoin suivant en la personne de Laurent Mètognon. C’est alors que les avocats, à l’unanimité, sont  sortis. La Cour a donc renvoyé l’affaire sine die pour donner suite à cette demande. Affaire classée, avancent beaucoup d’observateurs avertis. Pour les plus optimistes, la Cour n’a d‘autre choix que de donner suite à la demande.

 Le procès le plus suivi de l’année

 Cotonou était connecté pendant les jours du procès d’assassinat du cadre du Ministère des finances Pierre Urbain Dangnivo. Personne ne voulait se faire conter l’événement. Les réseaux sociaux ont explosé. Images de toutes sortes, commentaires postés à chaque seconde, information envoyée presque à chaque minute donnant les détails des propos des accusés et des témoins. Tout était su à la seconde près par « les sur la toile ». Ce qui impressionne, c’est la mobilisation folle notée pendant ce procès historique. Conducteurs de taxi moto, curieux, badauds, tous voulaient savoir ce qui s’est réellement passé. Le soleil ces jours-là, dardait ses rayons larvés, mais ces curieux se foutaient de tout. Accrochés aux enceintes  disposées le long de la clôture de la Cour, ils suivaient de près chaque seconde du procès. Instruit ou pas, intellectuel ou non, juriste ou non, le statut social n’était pas le problème. Ce qui comptait, c’était l’information. De petits groupes se constituent et des débats s’instaurent. La foule était devenue le « jury » et tranchait même avant les observations des avocats et des juges. Elle acquiesçait par applaudissement tous ceux qui sont constants dans leurs raisonnements. Quand aux subversifs, elle se permet de les huer à volonté. Mais cette foule composée de « monsieur tout le monde » n’aura pas la chance d’imposer son diktat pendant le procès. La force publique l’a exhortée à vider les lieux car, elle a franchi le pas de trop en tentant des voies de fait sur le commissaire Alédji. A partir de cet instant, le contrat de patience a été rompu et la force publique a repris le contrôle. Le procès Dangnivo, c’est désormais sans les autres.

 Hospice Alladayè