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INCIVISME
Les conducteurs de taxis profitent de la suppression des contrôles pour bafouer le code de la route

A l’issue d’une séance de travail, le Chef de l’Etat, en cédant à la requête des transporteurs,  a  suspendu  les contrôles routiers.  Un an après, le constat est tout autre sur le terrain. Les conducteurs de taxi, profitent de cette décision pour faire preuve d’irresponsabilité. Nos investigations ont révélé que la plupart d’entre eux ne se mettent plus à jour vis-à-vis des exigences du code de la route.   

«En Afrique en général et au Bénin en particulier, nous n’avons pas encore  la culture de l’obligation des devoirs à accomplir en tant que citoyen», note Etienne Houètognon, employé  dans une structure d’assurance à Bohicon. Plus loin, il explique que  les Béninois, très rusés, trouvent toujours des échappatoires pour contourner les décisions qui sont prises par les institutions de la République. Sans une pression, ils ne s’acquittent pas librement de leurs obligations civiques. La décision de suspension des contrôles routiers n’a pas échappé à ce comportement apatride des conducteurs de véhicules. « Même si l’Etat suspend les contrôles routiers, il y a l’obligation qui est faite à tout propriétaire et à tout motocycliste de se mettre à jour quant aux pièces requises pour la mise en circulation d’un véhicule en République du Bénin. Et, quelle que soit la décision qui les favorise, en homme conscient, on ne devrait pas assister à ça», souligne  Etienne Houètognon. Malheureusement, tel n’est pas le cas dans le Zou et les Collines. Les taximen, profitant de l’absence des forces de l’ordre sur les axes routiers, circulent allègrement sans l’assurance et la visite technique, deux pièces importantes qu’exige le Code de la route à tout conducteur de véhicule en circulation.  Mais, ce principe est foulé aux pieds. Le témoignage  d’Etienne Houètognon vient confirmer le constat fait sur le terrain. «Nous avons constaté, effectivement, qu’il y a des usagers des  compagnies d’assurance  qui, de façon générale, ne se présentent plus, à l’échéance de leur contrat, pour le renouvellement ou pour souscrire à un nouveau contrat d’assurance. Nous remarquons aussi que ceux  qui sont partis pour les compagnies concurrentes, se retrouvent généralement dans la circulation sans assurance parce qu’ils sont confiants que personne ne va les contrôler.  La belle preuve, nous avons un  client  dont le contrat est venu  à expiration  depuis  trois jours. Mais malheureusement,  c’est aujourd’hui qu’il se rend compte que  son chauffeur n’était pas allé  renouveler l’assurance alors qu’il lui avait remis de l’argent pour remplir les formalités de renouvellement du contrat. N’ayant pas froid aux yeux, le chauffeur  roulait sans assurance depuis quinze jours. C’est un cas que vous êtes en train de vivre avec nous ce matin. Il a fallu une seconde relance de la compagnie d’assurance  pour  le  réveiller. C’est de là que le pot-aux-roses a été découvert. Interpellé, le chauffeur a avoué les faits  tout en expliquant qu’il avait  utilisé les sous à d’autres fins », a-t-il  longuement expliqué. Comme ce conducteur de taxi, beaucoup banalisent encore l’importance de l’assurance.  Or, elle  endosse la responsabilité de tout en cas de sinistre.
Le prix de l’inconscience
Au cours de l’un de ses contrôles de routine de fin d’année, le Centre national de sécurité routière (Cnsr) annexe Zou-Collines et Mono-Couffo, a arraisonné,  dans  l’intervalle de quelques minutes,  plusieurs véhicules sur l’axe routier Bohicon-Dassa.  La moisson est abondante et laisse entrevoir un  constat inquiétant.  Faisant le point de l’opération, le Chef annexe (Ca),  Séraphin Azéligui,  a indiqué que sur les 97 véhicules contrôlés, 48 sont en infraction dont 16 sans leurs visites techniques.  Ces chauffeurs se retrouvent dans la circulation  sans être inquiétés, exposant ainsi la vie de leurs  passagers aux accidents. Cette indiscipline qui caractérise les conducteurs de véhicule crée d’énormes accidents de route parce que les normes de sécurité routière ne sont plus observées. En effet, du 1er juillet au 15 décembre 2015,  22 cas d’accidents ont été enregistrés sur le tronçon Massi-Bohicon  impliquant 32 véhicules toutes catégories confondues.  De  ces cas, on dénombre  8 morts  sur-le-champ, 19 blessés graves et 25 blessés légers.  Dans le Zou,  en 2013 par exemple, 344 cas d’accidents impliquant 618 véhicules étaient inscrits dans les statistiques. On dénombre  66 morts surplace,  234 blessés graves et 198 blessés légers. Le Ca/Cnsr Zou-Collines et Mono-Couffo a précisé que 68% de jeunes de 13 à 40 ans  ont péri dans ces différents drames qui se jouent sur nos routes. Au-delà des accidents de la route, la suspension des contrôles routiers a également occasionné des foyers d’insécurité avec comme corolaire des actes de braquage sur nos routes, notamment sur l’axe routier Savè-Parakou où les hommes sans-foi-ni-loi opèrent facilement en pleine journée. Des pertes en vies humaines ont été enregistrées et d’importantes sommes d’argent emportées courant août-octobre 2015.  Face à cette triste réalité, un responsable de la gare routière de Bohicon qui a requis l’anonymat a estimé que la suspension des contrôles routiers a été  une mauvaise décision du Chef de l’Etat. «Dans un pays qui se respecte, il est inadmissible de prendre une aussi importante décision sans analyser tous les contours» a-t-il déploré tout en ajoutant que la  suspension des contrôles est une porte ouverte à l’insécurité. Car, à la faveur du terrorisme, les armes circulent partout et n’importe qui peut facilement s’en procurer comme de petits pains dans le marché noir. Dans cette condition, l’Etat, étant le garant de la sécurité des personnes et des biens va se désengage. Et ce sera bien dommage pour le peuple.  Certains agents des forces de l’ordre, de  sécurité et de défense ont aussi fait l’amer constat, mais ne pouvaient  pas s’opposer à la décision du chef de l’Etat. «Nous savons que la suspension des contrôles routiers était une décision politique suicidaire pour la Nation. Mais nous, étant sous ordre, nous sommes des exécutants et  nous ne pouvons rien dire», a déclaré un commandant de brigade.
  Des palliatives  pour circonscrire le mal
Cette situation qui prévaut au sein des conducteurs indélicats n’a pas laissé insensible les responsables de la gare routière de Bohicon. Ayant très tôt découvert le mal, ils ont aussitôt pris des mesures parallèles et dissuasives pour circonscrire le mal. Après avoir salué cette  décision du gouvernement, Mouron Aïhouanfounto, contrôleur général de la gare routière de Bohicon a déploré le comportement indélicat de ses collègues qui, jouissant des avantages de la suspension des contrôles routiers, cessent de remplir leur part du contrat. Cet état de choses, note-t-il,  nous discrédite et peut même amener le chef de l’Exécutif à revenir sur  sa décision. « Nous condamnons avec véhémence ce vilain comportement de  nos camarades qui  peut constituer des arguments pour les routiers qui vont peut-être chercher à revenir», confie-t-il. Pour éviter d’en arriver là, un comité de contrôle interne  présidé par  Mouron Aïhouanfounto  a été mis sur pied pour vérifier les pièces des véhicules avant l’embarquement des passagers. Les chauffeurs dont les véhicules n’ont pas leurs pièces à jour sont automatiquement extirpés des rangs  et leur permis saisis.  Ce n’est qu’après avoir fini de  remplir les formalités qu’ils sont autorisés à voyager. Mouron Aïhouanfoun   et son équipe veillent au grain afin de discipliner la troupe.
Quelques suggestions de citoyens
 Au regard de ces faits, les citoyens souhaitent que le gouvernement  revoit sa copie en prenant en compte les différents aspects soulevés.  « Si l’Etat peut revoir la faisabilité de cette  décision qui vise un objectif noble, ce serait pour le bonheur du peuple», a suggéré Etienne Houètognon. « Seul le Chef de l’Etat peut  savoir comment organiser cela. Moi, je ne suis pas habileté à interdire le contrôle à un gendarme ou à un policier. Si j’étais le Président de la République, les contrôles ne seront pas suspendus. Mais, les forces de sécurité vont plutôt s’intéresser aux malfaiteurs. Ils vont garder les zones criminogènes, renforcer les escortes et les patrouilles nocturnes.  Les militaires seront aussi impliqués», a proposé Mouron Aïhouanfounto.
Zéphirin Toasségnitché