Spread the love
AMBASSADE-DE-FRANCE
L’ambassadrice de France près le Bénin, Aline Kuster Menager doit réagir

Le citoyen Franco-Béninois, Benoît Illassa, s’invite dans le débat sur la participation de l’actuel premier ministre, Lionel Zinsou à la Présidentielle de février prochain. Il exhorte l’ambassadrice de France, Aline Kuster-Menager, à s’adresser aux Béninois pour « dire que la France n’a pas de candidat à l’élection présidentielle de 2016 au Bénin ». Ceci, comme l’a fait, il n’y a pas longtemps, son collègue centrafricain, Charles Malinas, lors de la Présidentielle. Lire sa lettre ouverte.

Lettre ouverte à S.e. Madame Aline Kuster-Menager, Ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de France au Bénin.

Excellence Madame l’Ambassadrice,

Comme vous le savez, les Béninois s’apprêtent à élire leur nouveau Président de la République à travers un scrutin dont le premier tour est fixé au 28 février 2016, soit dans un peu moins de six semaines. Ces élections interviennent dans un contexte tendu où, pour la première fois dans l’histoire politique récente du Bénin, le président sortant a officiellement désigné un dauphin en la personne de Monsieur Lionel Zinsou. Comme vous, il est de notoriété publique que ce candidat est un proche de Monsieur Laurent Fabius, l’actuel ministre des Affaires Etrangères de la France. A tort ou à raison, Lionel Zinsou est considéré par la majorité des Béninois comme le candidat de la France. Qu’il vous souvienne que, récemment en République centrafricaine, Martin Ziguele a été étiqueté comme candidat de la France. Ce qui a provoqué le rejet de nombre d’électeurs et créé un sentiment anti-français dans ce pays. Le même phénomène s’observe désormais au Bénin où les populations refusent ce qu’elles appellent « le candidat imposé par la France ». Au Bénin, une coalition d’hommes politiques et de syndicalistes conteste, ouvertement, le choix de Lionel Zinsou, comme candidat du parti au pouvoir à la présidentielle du mois prochain, considérant qu’il s’agit d’un « parachutage » téléguidé par la France, l’ancienne puissance coloniale. Comme votre collègue, S.e. Monsieur Charles Malinas (cf. infra), Ambassadeur de France en Centrafrique, je vous invite, très respectueusement, à vous adresser au peuple béninois pour dire que la France n’a pas de candidat à l’élection présidentielle de 2016 au Bénin. Ceci, j’en suis convaincu, permettra de mettre à néant le sentiment anti-français naissant dans le pays, dans un environnement sous-régional en proie à l’insécurité liée au terrorisme international.

Excellence Madame l’Ambassadrice, comme tous les peuples africains, les Béninois se battent aujourd’hui pour être mieux dirigés. Ils y arriveront tous un jour. Mais ce jour sera plus rapproché si la France (et les autres puissances) prend parti pour les peuples, ou tout simplement si elle s’abstient de soutenir, par un moyen ou un autre, la mal gouvernance économique et politique dans nos pays. Il n’y a pas meilleure politique d’aide au développement. Pourriez-vous nier, Excellence, vous qui êtes rompu aux secrets qui gouvernent la marche des nations, que le rayonnement de la France dans le monde, après la deuxième guerre mondiale et les « guerres coloniales », fut basé essentiellement sur la sauvegarde des positions stratégiques, géopolitiques et économiques qu’elle tenait en Afrique ? Chassés d’Alger, de Mers El-Kébir et des vignobles de Sidi-Bel-Abbès, ayant perdu les puits de pétrole et les champs de tir nucléaire du Sahara, la France a repositionné ses forces à Dakar, Bangui, Ndjamena, Port-Gentil, sur les rochers imprenables des Afars et des Issas, contrôlant d’un côté toute l’Atlantique, de Sao-Paulo jusqu’à la Terre de Feu, de l’autre, l’Océan Indien et le Pacifique, du Cap de Bonne Espérance à la Mer Rouge, jusqu’au golfe du Tonkin. Pensez-vous donc que ce sont des ports de Brest et de Toulon, ou même des silos du plateau d’Albion où dormaient avec leurs têtes de mort des missiles balistiques, que l’occident régnait sur tant de terres et d’océans ? C’est bien en Afrique que les puissances occidentales ont gagné la troisième guerre mondiale, celle appelée « la guerre froide », en contenant dans des poches contrôlables l’appétit insatiable des Soviets et de leurs auxiliaires « barbu dos », même s’il a fallu pour cela, mais il n’y a pas à en avoir honte, faire le lit des dictatures sanglantes comme à Kinshasa, Bangui, Lomé, Ndjamena ou, par contrecoup, Brazzaville. Qui ne se souvient donc pas, dans les années 70, des Transall lourdement chargés, fendant les murs de Fenêtre-Mermoz pour jeter sur Kolwezi les légionnaires aux noms de rapaces effrayants, moins d’ailleurs pour sauver un régime et ses institutions, que les champs diamantifères et de cobalt, ainsi que des raids répétés des Jaguars sur Faya-Largeau, pour rappeler à la raison le bouillant colonel libyen ? Aujourd’hui, la Libye est devenue un champ de ruine et l’absence du « gendarme de la méditerranée » jette des milliers de pauvres sur les côtes italiennes.

A quoi il faut ajouter que les pierres de Gbadolité n’ont plus le même éclat depuis la chute du léopard et les « affaires » en métropole, le café et le bois se vendent mal sur les marchés de Londres et Eurodisney, dans le Val-de-Marne, peut bien à l’occasion remplacer les safaris photos sur l’Oubangui-Chari. Mais l’uranium du Niger, les ports et les chemins de fer suscitent toujours l’appétit des capitalistes français dont Lionel Zinsou ne serait que l’un des agents « couleur locale » pour revigorer la françafrique. Excellence madame l’Ambassadrice, certains oligarques du pouvoir au Bénin ont inventé le slogan « Après Nous, c’est Nous ». En réalité, pour de nombreux béninois, les laissés pour compte, il s’agit de « nous-dans-nous », pour employer une savoureuse expression de notre français des Tropiques. Mais le paradoxe est que, malgré un désengagement effectif jusque et y compris dans le pré carré Dakar, Abidjan, Libreville, Cotonou et Bangui, la France a toujours d’importants intérêts économiques et une forte présence humaine en Afrique francophone. La tendance est même actuellement au renforcement de la présence militaire. Beaucoup voient même d’un bien mauvais œil ce retour en force, dans les moindres secteurs de notre tissu économique, qu’ils assimilent à une forme de recolonisation. La génération des africains, née à la veille des indépendances, vous a connus dans l’huilerie, l’électricité, les transports, le commerce. Elle est tout étonnée de vous y retrouver aujourd’hui, après plus de trente ans d’éclipse, résultat probablement de la crise qui frappe de plein fouet les économies des vieilles démocraties occidentales et pousse les investisseurs et les travailleurs à aller voir de nouveau du côté des ex-colonies (cf. Rapport Hubert Vedrine et Lionel Zinsou).

Excellence Madame l’Ambassadrice, je vous prie d’agréer, l’assurance de ma très haute considération.

Benoît Illassa

Citoyen Franco-Béninois

Juriste d’entreprises