Spread the love
Adrien Houngbedji
A l’heure d’actualiser le système partisan, il faut intégrer la donne idéologique

28 ans de pratique démocratique pour le Bénin. Le consensus de 1990 avait accouché d’un multipartisme assez enrichissant mais qui présente, dans le fond, de profondes faiblesses. Cet héritage démocratique n’a pas permis au Bénin d’avoir des partis politiques basés sur une idéologie.

Les plus objectifs les qualifient de clubs électoraux. On parlera en terme simple de rapprochements ponctuels de gens en vue de la défense d’intérêts politiques précis. Ces intérêts politiques sont souvent les 83 sièges du Parlement, le fauteuil présidentiel et les 77 fauteuils de maire. Au second plan de ces intérêts principaux noyautent des sous-intérêts, mais aussi des privilèges qui profiteront aux artisans proches de ces clubs conçus souvent à la veille des élections. L’intérêt de ces clubs est qu’ils ont la ‘’grâce’’ d’oublier royalement ces hommes et femmes qui constituent le peuple et qu’ils convieront à voter pour eux (ce qu’ils font d’ailleurs généralement à cœur joie). Pour la réussite de cette entreprise ponctuelle des clubs en question, des hommes du sérail sont associés pour définir la politique globale de gagne et mettre en branle la machine qui fonctionne généralement à merveille. Les moyens sont mis à disposition et le résultat suit à coup sûr. Une fois les élections terminées, chacun retrouve son chemin. Les gagnants bombent le torse et se retrouvent pour ce qu’ils appellent généralement la gestion du pouvoir d’Etat. Quant aux malheureux, ils prennent du recul. Les plus astucieux commencent par tenter la stratégie d’approche cherchant un pâturage pour l’exercice transhumant. Quant aux plus réservés, ils se terrent dans une opposition virile cherchant des poux partout même sur une calvitie luisante.

 Plaidoyer pour de partis idéologiques

 L’objectif des derniers est tout sauf idéologique. La finalité, on peut s’en douter, est d’avoir dans sa gibecière les prochains déçus pour continuer l’œuvre de sape en vue de rafler assez d’adhésions. Les premiers quant à eux n’entendent plus, ne voient plus et ne sentent plus. Dans le rang de ceux-ci, c’est la course contre la montre pour gérer et bien gérer pour soi-même et pour les siens le fameux pouvoir d’Etat. Du coup, on comprend avec du recul, que la lutte n’est nullement axée sur le plaisir ou le devoir de servir, mais de se servir. On dira même que le fond de l’idéologie est la lutte pour la conquête des privilèges Et donc, à l’intérieur de cespartis politiques, c’est pratiquement le même objectif.Pas vraiment du temps pour des idées et les convictions. Tout se construit autour d’une seule obsession : celle de gagner à tout prix les élections. Et donc, les privilèges s’obtiennent par la capacité du militant à mobiliser des gens (qu’ils soient acquises ou pas). C’est en fait ceux-là qu’on appelle les vrais militants. Sur le terrain, ces derniers n’ont aucune idéologie à véhiculer puisque dans le fond,le parti auquel ils appartiennent n’en a pas à prôner. Ils n’en savent rien du tout. De l’autre côté aussi, ceux qu’ils vont convaincre se foutent royalement des idées véhiculées par un parti politique. Ce qu’ils vont vendre, c’est la personne du Président qui dirige le parti et l’espoir que celui-ci une fois porté au pinacle, fera tout pour améliorer leurs conditions de vie. La conséquence directe est qu’on a généralement des partis politiques qui se confondent à leurs présidents. Et les adhésions se font généralement sur la base de la sympathie spontanée que porte une personne au leader qu’aux idées que défendent généralement ces partis politiques. Une fois dans ces partis, ces hommes et femmes pour certains se surprennent de découvrir un personnage aux antipodes de leurs aspirations. C’est la même chose qui se passe au niveau de l’électeur qui vote le beau parleur et qui découvre au contact de la gestion de celui-ci que c’était un mauvais dirigeant. C’est le premier danger de la personnification des partis politiques qui a régné depuis longtemps. La seconde difficulté est celle du financement. En effet, dans les partis politiques, il y a une répugnance avérée de la majorité des militants à cotiser. Ceux-ci cotisent difficilement ce qui fait que beaucoup de partis politiques peinent à assumer les charges de souveraineté. Dans ces conditions, le Chef à la manette agit sur cette faiblesse pour prendre le dessus. Il finance sur la base des ressources issues des privilèges, les besoins du parti, ce qui lui donne la main pour positionner qui il veut à la place qu’il souhaite. La personne centrale du parti devient le Président autour de qui tout se résume. Il lui est loisible de passer toute sa vie à la tête du Parti qui devient sa propriété. Il règne en maître, vieillit et ne sent même pas le besoin de penser  à une relève. Et comme il est établi que rien de solide ne se construit autour d’un homme, l’édifice tombe du fait des erreurs répétées de ce dernier. Bienvenue l’implosion et les dissidences.

 De grands partis qui continuent de se construire

 La conséquence directe du tableau est qu’on a des partis politiques dont les leaders sont pour la plupart âgés. Ceux-ci ont régné pendant plus de deux décennies et sont pour la plupart entourés des gens de leur génération. Depuis 28 ans, aucun grand parti n’a réussi à avoir une alternance crédible. Les mêmes qui ont faitces partis depuis 28 ans sont toujours aux commandes et dirigent de façon apparente ou dans l’ombre. Il y a eu à un moment donné, une rupture de génération dans la gestion de plusieurs partis politiques. La conséquence directe c’est un manque d’intérêt de beaucoup de jeunes à la chose politique. L’une des causes est qu’il y a eu sur la durée une absence d’idéologie autour de laquelle ils pouvaient se retrouver. Depuis l’avènement du Renouveau démocratique, c’est maintenant que certains partis politiques commencent par trouver urgent la nécessité de créer des partis écoles pour éduquer les jeunes à la chose politique. C’est aussi maintenant que certains ont compris qu’il faut avoir des représentations réelles dans les communes, arrondissements et quartiers de ville. Et pourtant, ce sont des partis qu’on a toujours qualifié de grands partis.  Il semble que depuis 28 ans, c’est maintenant que les partis politiques se découvrent le besoin de s’organiser réellement. C’est déjà heureux de savoir qu’ils s’y penchent.

 Abdourhamane Touré