Spread the love
cascades
Le Bénin doit mettre en valeur ses atouts toristiques

Le tourisme béninois a cessé d’exister depuis longtemps. Les politiques successifs n’en ont pas fait une priorité. Le quotidien du béninois s’en ressent. Avec la volonté politique affichée, est-il permis de rêver ?

A 70 ans, Jacob, fonctionnaire privé à la retraite, n’a jamais visité le nord Bénin. Il ne connait pas le visage de Parakou, ni les contours de Natitingou. Il ne s’y est jamais rendu et n’en fait pas vraiment une préoccupation majeure. Le septuagénaire est à la retraite depuis près de 20 ans, mais n’a jamais ressenti le besoin de découvrir cette partie du Bénin. Ses jours sont consacrés au repos. Un peu comme attendant patiemment son heure, Jacob sent la routine, l’absence de ses enfants  et la grisaille de Cotonou lui peser sérieusement. Tout ce qui lui reste, c’est certainement lancer l’inexorable décompte. Pour autant, Jacob n’est pas amorti. Il lui arrive des fois de faire la marche. Il n’est pas non plus indigent et peux encore s’offrir des séjours touristiques. Le septuagénaire ne rejette pas l’envie de visiter le nord du Bénin, mais se trouve confronté à une interrogation simple. « Je ne connais personne là-bas », réplique-t-il. Pour Jacob, les cérémonies funèbres constituent les seules opportunités qui lui permettent de découvrir le pays. « Ce n’est que lorsque les parents d’un ami ou d’un proche sont décédés qu’on se déplace à l’intérieur du pays, vous le savez. Toutes les fois où j’ai découvert le sud et le centre du Bénin, c’est à l’occasion d’une cérémonie funéraire pour soutenir un ami ou un proche », affirme-t-il. Jacob n’aura pas tort. La culture et la tradition nous renseignent à suffisance. Contrairement à Jacob, Maxime, un autre agent de l’administration publique à la retraite, affirme connaitre parfaitement le Bénin. On peut a priori féliciter cet agent de la fonction publique à la retraite. Mais un peu mieux que Jacob, Maxime n’a découvert le Bénin qu’à travers ses missions à l’intérieur du pays. Il a été très vite confondu quand il lui a été demandé s’il connait le Parc de la Pendjari. « Je suis allé plusieurs fois à Natitingou dans le cadre des séminaires, formations et mêmes des tournées politiques, mais je n’ai jamais visité le Parc de la Pendjari ni les sites touristiques de la commune », a-t-il déclaré. Maxime peut-il se targuer de vraiment connaître Natitingou ? Affirmer par la négative ne sera pas exagéré. Maxime est allé à Natitingou, mais ne l’a pas visitée. Si Jacob est un aveugle du nord Bénin, Maxime est un borgne joyeux. Mais, est-ce que les deux personnages sont condamnables ?

Promouvoir la culture du tourisme

Comme Jacob et Maxime, beaucoup de Béninois sont dans le cas. Pratiquement toutes les couches de la société sont concernées par ‘’le drame’’ vécu par les deux personnages. Jacob peut se réjouir d’avoir fait le sud et le centre du Bénin. Il peut même avoir fier allure en présence de ces jeunes et personnes adultes d’aujourd’hui qui affirment sans réserve qu’ils ne connaissent que Cotonou. D’autres personnes issues des milieux ruraux n’ont jamais fait une journée à Cotonou. Doit-on jeter la pierre à tous ceux-ci ? Nullement pas ! Jacob, de son côté, a des raisons tout aussi soutenables de justifier son inculture. « Si le tourisme était vraiment développé quand j’étais en fonction, j’allais faire le tour du pays. J’aime bien voyager. Mais comme vous savez, il n’y avait rien de prévu dans ce sens », a-t-il déclaré. Le septuagénaire a mis l’accent sur un besoin tout aussi évident. Au plan national, le manque saute à l’œil. Pas de structure publique pouvant offrir des services dans ce domaine ! Au niveau des structures privées, des efforts épars se font, mais la plupart des agences de voyages qui s’essayent ne sont pas accompagnées. La conséquence directe est qu’on a réussi à créer un vide dans ce domaine et dans la conscience collective. Les populations n’éprouvent pas le besoin de découvrir outre mesure leur pays, parce qu’aucune politique n’est menée pour créer ce besoin en eux. Le désir a tellement disparu que beaucoup de gens n’hésitent pas à tourner en dérision les structures qui leur proposent ces offres. « L’argent qu’on gagne ne suffit pas et vous parlez de tourisme », avancent certains. Le tourisme est tout sauf culturel par ici.

Etat des lieux préoccupant

L’état des lieux dans le domaine touristique n’est pas reluisant. Pour la Directrice générale de l’agence de voyage et de tourisme Eméraude Tour et Vice présidente du Consortium Tourisme par million, Huguette Akplogan Dossa, la situation préoccupe. Selon elle, le tourisme béninois est totalement à reformer. «  Vous avez des voies d’accès aux sites touristiques inexistantes. Vous avez des stratégies d’attrait des tours opérators inexistants, des activités saupoudrées, des frontières largement ouvertes aux expatriées qui exploitent mieux le tourisme que nous. Vous avez des municipalités qui n’ont pas compris qu’elles dorment sur de l’or. Vous avez des hôtels construits à l’emporte-pièce, qui ne respectent pas les normes en la matière. Vous avez des sites touristiques qui sont dans l’état que vous connaissez, bref tout est à reformer», a-t-elle déclaré. Le tourisme béninois est donc à l’état nature, car tout est à refaire. Dans tout ceci, beaucoup  notent un déficit de volonté politique prononcé.

Absence de volonté politique

Pour Huguette Akplogan Dossa, le déficit de volonté politique se trouve à la fois au niveau national, méso et local. L’Etat, renchérit-elle, a sur la durée, relégué le secteur touristique au dernier rang avec une absence marquée d’initiatives dans ce sens. Au-delà de l’Etat, les collectivités locales ont démissionné dans la politique de valorisation du patrimoine touristique. «  Pendant 10 ans, on a investi dans les infrastructures. Mais on n’a pas pensé à ouvrir les voies qui débouchent sur les sites touristiques. A part Kota et Tanougou où les voies sont bien faites, plusieurs sites touristiques n’ont pas de voies d’accès. Même à Pendjari, un grand bus ne peut pas s’y rendre. C’est en cela que j’apprécie la volonté politique actuelle. L’actuel Chef de l’Etat a exprimé sa volonté de valoriser le tourisme béninois. Je l’encourage », a-t-elle déclaré. Avec la volonté politique affichée, il semble que quelque chose veut bouger dans le domaine touristique. Enfin, le tourisme ? Les prochains jours pourront aider à l’affirmer.

Un secteur privé aussi absent

Sur la durée, le secteur privé a été aussi transparent quant aux actions vigoureuses à mener dans le domaine touristique. L’état des lieux dans ce domaine est aussi le même. Des agences de voyage qui se limitent à la billetterie au lieu d’être de vraies industries touristiques, des hôtels qui se créent ne répondent à aucune norme, des restaurants qui se limitent à proposer des mets européens, des guides touristiques généralement non formés et autres. Pour les promoteurs d’agence de voyage, l’impuissance du secteur privé d’initier des actions franches dans ce domaine s’explique surtout par l’inexistence d’une loi sur le partenariat public privé. « Il faut réformer toute la politique nationale dans le domaine du tourisme. J’espère que l’agence mise en place par le Chef de l’Etat revoie toutes les questions liées à l’aménagement des sites, aux voies d’accès menant aux sites, l’organisation des hôteliers et des normes à suivre pour la qualité des service », a-t-elle déclaré. ,

Pourtant des politiques existent

Pour les cadres de la Direction générale du tourisme, le Bénin dispose d’une série de politiques en matière touristique. La dernière, affirment-ils, c’est le plan stratégique de développement de l’écotourisme (Psde) 2013-2023. Ce document synthétique expose de façon très élaborée le potentiel éco touristique du Bénin. Il aborde également les défis et fondement de la stratégie de développement de l’écotourisme. La vision, les objectifs, les stratégies mise en œuvre et suivi évaluation de la politique globale sont contenus dans ce document. Elaboré sous l’ancien ministre Jean-Michel Abimobola, ce document, affirme les experts, est pratiquement un catalogue qui expose les atouts du Bénin.  Tous les aspects y sont contenus, mais la difficulté reste, comme toujours, la mise en œuvre de ces différentes politiques

Que faire ?

Aux dires des acteurs du secteur, il faudra totalement réformer le secteur touristique du pays. Ceci passe par une politique globale intégrant tous les acteurs. L’Etat, le secteur privé et les collectivités locales doivent ensemble travailler pour des initiatives novatrices dans le secteur. Au-delà de l’aspect légal qu’est le vote de la loi sur le partenariat public-privé, l’Etat a un rôle à jouer dans l’accompagner du secteur privé à travers la sécurisation de ses investissements. En plus de leurs fonctions connues, les élus locaux et communaux doivent être de vrais ambassadeurs dans la valorisation de leurs potentiels. Ils doivent de l’avis général, avoir des outils de négociation pour vendre plus véritablement leur destination à l’étranger. Pour amener les populations à aimer le tourisme, le secteur public devra, selon les experts du tourisme, accompagner le secteur privé en vue de l’avènement de tours ‘’opérators’’ efficaces et d’industries touristiques de qualité. La finalité est de réussir à créer un tourisme qui valorise la culture et le patrimoine du pays. Il faudra à travers le tourisme créer l’amour des populations pour le pays et leur patrimoine. C’est toute une façon de vivre, toute une conception de la richesse du pays qu’il faudra recréer.

Quelques propositions de la Vice-présidente du Consortium Huguette Akplogan Dossa

 « Il faut une carte touristique. Il faut positionner le Bénin au cœur des tours opérators internationaux. C’est pour cela que les compagnies aériennes, les agences de tourisme se sont mis ensemble pour diminuer le coût parce qu’on dit souvent que la destination Bénin est chère et que  les hôtels aussi. Nous avons demandé aux hôtels de casser leur prix pour qu’on puisse faire des cotations moins chères et permettre aux touristes de visiter le Bénin. Nous travaillons aussi à diminuer le coût des visites des sites, au niveau des agences de voyage qui font des circuits innovants que nous mettons à disposition. Mais nous avons reçu une éducation qui n’est pas en relation avec notre nature. C’est pour cela que les Béninois ne s’intéressent pas au tourisme. Mais avec toutes les actions de sensibilisation que nous menons, je pense que très bientôt cela va prendre. Nous avons rencontré la Chambre de commerce et d’industrie. Nous avons également rencontré un certain nombre d’opérateurs qui sont intéressés. Il va falloir qu’ils l’inscrivent dans leur budget pour offrir aux meilleurs employés, aux enfants méritants et à leurs clients fidèles, des circuits touristiques tout au long de l’année. Là on fera travailler les agences de voyage et de tourisme qui vont cesser d’être des agences de billetterie ».

Hospice Alladayè