Spread the love
yayi-boco
Malgré le pardon du chef de l’Etat, Olivier a passé des heures à l’aéroport

Exilé en France depuis octobre 2012, tout comme  Patrice Talon, pour avoir été accusé dans les affaires « tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat » et « tentative de coup d’Etat », Olivier Bocco est de retour au Bénin. C’était dans la nuit d’hier lundi 10 août 2015. Après quelques heures de vives tensions à l’aéroport avec la Police, celui-ci a pu rejoindre l’immense foule qui l’attendait. A partir de ce moment, Olivier Bocco, et surtout Patrice Talon qui est accusé d’avoir tout organisé, n’ont plus rien à craindre.

Cette fois-ci, c’est la bonne ! Après plusieurs fausses annonces sur son retour au pays, Olivier Bocco a effectivement foulé le sol de ses ancêtres. L’un des personnages clefs du polar écrit par Yayi Boni sur les affaires « tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat » et « tentative de coup d’Etat » a retrouvé le pays qu’il a quitté clandestinement depuis octobre 2012. Son retour a fait déplacer beaucoup de personnalités du pays qui filent un parfait amour avec l’homme d’affaires Patrice Talon. C’est à priori la fin d’un asile forcé et précipité qui les a permis de se mettre à l’abri des persécutions du régime, mais aussi des poursuites de la justice. Après Olivier Bocco, ce sera sans doute et sous peu le retour de Patrice Talon, ancien soutien de Yayi Boni. Pour beaucoup, le fait qu’ils se décident à rentrer au Bénin, après trois ans environ d’exil, veut dire qu’ils se sont d’abord prémunis contre les acharnements de Yayi Boni. Et les premières garanties dont ils se couvrent restent, sans commune mesure, les assurances données par le chef de l’Etat le 14 mai 2014. « J’ai décidé, en mon âme et conscience, et en toute liberté, de pardonner. Ce pardon s’adresse à monsieur Patrice Talon, Bocco Olivier et à tous les détenus. Le pardon accordé, je serai reconnaissant au système judiciaire de mon pays des dispositions appropriées qui seront prises en vue de rendre la liberté à tous les détenus et garantir à tous la liberté de circulation aussi bien dans notre pays que dans le reste du monde. J’exhorte chaque Béninoise et chaque Béninois à tourner définitivement la page de cette affaire et nous atteler ensemble à la résolution des problèmes quotidiens auxquels notre peuple est encore confronté», ainsi déclarait Yayi Boni. Ce pardon du président de la République est le fruit d’une longue médiation initiée par les autorités françaises et qui a été conduite par le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) et ancien président sénégalais Abdou Diouf. Au cours de cette médiation, les protagonistes ont décidé de faire table rase du passé. Patrice Talon et Yayi Boni ont donc mis fin à une affaire à rebondissements qui avait rythmait le quotidien des Béninois.

Respect de  la parole donnée

 Dans les deux dossiers, Yayi Boni a fait preuve de respect de la parole donnée. Car, son pardon a produit ses effets et a contraint la justice à libérer les personnes détenues, sa nièce Zoubérath Kora, son médecin personnel, le Commandant Mama Cissé, son ex-ministre du Commerce Moudjaïdou Soumanou, son Garde-du-corps rapproché Bachirou Adjani. A cette liste des victimes de Yayi Boni, il faut ajouter le colonel Pamphile Zomahoun et Johanès Dagnon, dont les noms ont été associés au polar dans le cadre de la tentative de coup d’Etat. Le chef de l’Etat soupçonne Patrice Talon d’avoir  tout ce beau monde dans sa poche et de l’avoir utilisé pour attenter à sa vie. Mais la justice a estimé que les éléments de l’accusation ne sont pas fondés. Le juge d’instruction, Angelo Houssou réfugié, aux Etats-Unis et qui est aussi sur le point de revenir au bercail  via le Nigéria, a prononcé des non-lieux. Jugements confirmés en juillet 2013 par la Cour d’Appel de Cotonou. C’était loin d’être terminé. En janvier 2014, la France a refusé d’extrader Patrice Talon et Olivier Bocco, demandés par Cotonou.  On en était là quand, saisie par les avocats de Yayi Boni, la Cour suprême a cassé les arrêts de la Cour d’Appel le 02 mai 2014. Raison principale les juges de la Cour d’appel ont visé l’ancien code pénal pour prendre leur décision. Or, le nouveau code était déjà en vigueur. Il est question désormais que de nouveaux juges examinent le dossier. On s’interrogeait sur la suite, quand est intervenu le pardon de Yayi Boni, le 14 mai, soit douze jours après le verdict de la Cour suprême.

De nouveaux indices

Est-ce pour autant qu’il faut conclure que l’acte posé par le roi du Palais de la Marina met fin aux acharnements et aux manœuvres de toutes sortes. Peut-être pas ! Puisque l’accueil réservé hier à Olivier Bocco par la Police à l’aéroport Bernardin Cardinal Gantin de Cadjèhoun à Cotonou apporte des nouvelles plutôt inquiétantes. Il a été inutilement retenu pour une question qui ne tient pas devant le bon sens. On lui reproche d’avoir embarqué depuis Paris avec sa carte d’identité nationale en cours de validité. Or, il ne peut pas embarquer de la France pour le Bénin avec cette pièce. La Police française ne peut pas quand même avoir donné son feu vert à Olivier Bocco s’il ne remplissait pas les conditions. Et puis, il a pris un vol de la compagnie Air France réputée pour son sérieux. Cette compagnie ne pouvait vendre un billet à un passager s’il ne présente pas les pièces conformes. Ensuite, à partir du moment où l’intéressé est arrivé dans son pays, sa carte d’identité n’a plus rien à voir. Tout cela a échappé aux autorités béninoises qui ont entretenu une polémique qui ne devrait pas avoir lieu. La situation à laquelle on a assisté hier à l’aéroport met en exergue une main invisible qui tirait la ficelle. Sinon,  mettre tout cela au bénéfice de la méconnaissance des règles de l’immigration et de l’émigration est une honte, une injure grave pour le commissaire de l’aéroport spécial de Cotonou Chimène Lougbégnon épouse Bossa et toute son équipe. Sans doute que le Commissaire a reçu des instructions auprès des metteurs en scène de ce vilain scénario qui, une fois encore, ternit l’image du Bénin. Un scénario qui relance la question de la sincérité du pardon de Yayi Boni. Très probablement, Patrice Talon sera à Cotonou dans moins d’une semaine. On craint que le régime persiste dans ses méthodes qui tutoient l’imposture et font l’apologie de la provocation sans se soucier d’attirer la sympathie vers lui. Ce qui s’est passé hier laisse croire que le chef de l’Etat et ses bras exécutants n’ont pas encore baissé pavillon. C’est un précédent grave  qui n’échappe pas à la vigilance de ceux qui préparent le retour de l’homme d’affaires, Patrice Talon.

Fidèle Nanga