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Emmanuel Tiando, Président de la Céna
Emmanuel Tiando, Président de la Céna

Des émissaires proches de Yayi Boni ont rencontré discrètement dans l’après-midi d’hier lundi 2 mars 2015 le président de la Commission électorale nationale autonome (Céna), Emmanuel Tiando. Personne ne sait ce qu’ils se sont dit à huis-clos.

Plus rien n’échappe à vigilance des usagers de la Céna. Si les autres responsables de partis ou alliances de partis ne se signalent plus, les allers-retours des hommes du Pouvoir entre le siège de l’institution et le Palais de la Marina sont devenus quasi permanents depuis le week-end écoulé, plus précisément ce samedi, dernier jour décrété par la Céna pour prendre en compte les modifications des uns et des autres. Après les agitations, les envolées verbales et les empoignades auxquelles l’on a assisté ce samedi entre les Fcbe à la Céna, on s’attendait à très peu de mouvements, vu surtout qu’il a été décidé que, passé samedi 13 heures, il n’est plus possible de porter des modifications à aucune liste. La Céna a voulu encadrer la chose pour éviter d’être acculée et de ne pas pouvoir disposer du temps nécessaire pour examiner avec l’attention requise, les listes de candidatures. Malgré ces garde-fous, force est de constater que les hommes du Pouvoir ont continué à acculer le président de la Céna, Emmanuel Tiando pour, sans doute, négocier des changements au niveau de la liste Fcbe, la plus controversée. Ainsi, trois hommes de la garde rapprochée du président de la République ont été reçus par le maître des lieux. Selon nos informations, le chef de l’Etat ne quitte plus son stylo et continue de cocher des noms à remplacer par d’autres sur la liste Fcbe. On devine que ses émissaires s’étaient rendus chez le président de la Céna pour lui permettre d’atteindre ce but. Car, avec les dernières démissions en cascade sur la liste Fcbe dans les 11ème, 12ème et 22ème circonscriptions, il faut boucher les trous. De même, Yayi Boni a d’autres positionnements à revoir avant la délivrance du récépissé définitif de la Céna prévue ce jour. Car, après le récépissé définitif, les partis et alliances de partis ne peuvent plus modifier leur liste, comme le stipule l’article 44 du code électoral en République du Bénin : article 44 indique que : « …Le récépissé définitif est délivré par la Commission électorale nationale autonome (Céna), après contrôle de la recevabilité de la candidature et, selon le cas, après versement d’un cautionnement prévu pour les élections…Aucun ajout de nom, aucune suppression de nom et aucune modification de l’ordre de présentation ne peut se faire après délivrance du récépissé définitif, sauf en cas de décès, lorsqu’il s’agit d’un scrutin de liste ». Le chef de l’Etat doit régler impérativement des cas de retrait de nom, de contestation de l’ordre de présentation. En envoyant ses émissaires au président de la Céna, Yayi Boni espère trouver des solutions à ses problèmes de plus en plus nombreux et complexes. On ne saurait dire   quelle a été la réponse de Emmanuel Tiando, mais il n’aura pas les coudées franches pour s’y opposer. Non pas seulement parce qu’il doit énormément à Yayi Boni, mais aussi à cause de son tempérament. Il est vrai que c’est la plénière qui statuera sur les derniers cas après que l’Institution ait décrété de ne plus enregistrer les modifications. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que la Cena n’arrive toujours pas à rester ferme sur ses propres décisions. Depuis que le ministre Issa Azizou a réussi à s’introduire à la Céna dans la nuit du 24 au 25 février dernier, défiant toute l’institution, la crédibilité de cette dernière est mise en cause. De même, face à la presse, en laissant de côté des listes de candidatures, prétextant qu’elles n’ont pas été enregistrées, alors qu’il n’en est rien de cela, puis en les réintégrant sans en avoir informé l’opinion publique, la Céna a manqué de célérité et de prudence. On accuse également la Céna de pratiquer la politique de deux poids deux mesures, parce qu’on a l’impression qu’elle permet beaucoup de choses aux Fcbe, mais hélas, très peu pour les autres listes concurrentes. Les choses sérieuses n’ont pas encore commencé, mais on se rend compte que l’équipe de Emmanuel Tiando se cherche, et n’arrive pas encore à restaurer son autorité et sa notoriété. Peut-être parce qu’elle est confrontée à un problème de cohésion et de confiance mutuelle. Or, sans rester soudée et solidaire, elle ne peut relever, sans anicroche, les défis qui l’attendent. Ce n’est qu’à cette condition qu’on ne jugera pas qu’elle s’affaisse devant les manœuvres du président de la République et que son président ne prend pas en compte les instructions du Palais de la Présidence.

 Fidèle Nanga