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Romuald Wadagni fait un bon traitement salarial aux enseignants

En dépit des nombreuses démarches effectuées par les ministres sectoriels depuis la rencontre avec le Chef de l’Etat, les enseignants restent toujours campés sur leurs positions. Il semble qu’ils attendent que Dieu descende pour leur parler. Tout ceci amène à se demander s’il n’y a pas une main qui tire sur les ficelles dans l’ombre. Et pourtant l’Etat leur reconnait des mérites et les traite avec amour.

On ne sait plus quoi dire à ses enseignants. Il faudra vomir pour qu’ils comprennent, car toutes les démarches sont menées mais ils sont toujours campés. La semaine écoulée, les ministres sectoriels ont rencontré les différents syndicats et des discussions franches ont été menées. A toutes les occasions, les partenaires sociaux n’ont pas boudé la bonne foi du gouvernement. Face au ministre Salimane Karimou,  les membres du Front et de l’Intersyndical ont apprécié et souhaité vivement qu’un effort soit fait. L’atmosphère est restée la même au cours de la rencontre tenue  le 15 février 2018 entre la FéSen, le Front et le ministre Mahougnon Kakpo. A cette occasion, le ministre a présenté à ses interlocuteurs, le point des possibilités budgétaires que le gouvernement a dégagées pour satisfaire certaines de leurs exigences. Lors de leur rencontre avec le chef de l’Etat, les responsables syndicaux ont affirmé que l’objet principal de leur grève n’était pas d’obtenir de l’argent tout de suite. Ils ont même demandé au gouvernement de prendre les arrêtés, quitte à en différer l’application et que cela suffirait. Le chef de l’Etat avait, sur la base de la situation dont il a hérité, refusé de prendre des décisions maintenant pour créer des dettes sur l’avenir. En effet, les arrêtés pris par le passé dans ces conditions ont généré un passif de plus de 100 milliards de Fcfa auquel le gouvernement actuel fait face. Avec réalisme et sens de responsabilité, le chef de l’Etat a donc refusé de faire comme sous l’ancien régime. Il a insisté pour dire que tout accord qui fera l’objet de consensus sera appliqué par le gouvernement. En s’engageant pour ces six arrêtés sur les huit attendus, le gouvernement fait donc un grand pas en avant et démontre toute sa bonne foi. Mieux, au lieu de fixer des montants qu’il ne paiera pas tout de suite et qui peuvent obérer la politique du gouvernement, quel qu’il soit à l’avenir, le gouvernement s’engage à assumer les conséquences de ses actes tout de suite. Il a donc proposé des forfaits pour commencer ; lesquels prendraient effet dès cette année.

 La logique des enseignants surprend

 Malgré l’effort consenti par le gouvernement, les enseignants du secondaire ne veulent pas entendre raison. Ils veulent forcer la main à agir, comme sous le précédent régime qui signe des arrêtés et en diffère l’application. Ceci ne se fera pas car le régime actuel a de la méthode. Ceci dit, on a toujours de la peine à comprendre les réelles motivations des enseignants. Les revendications pour la plupart sont d’une vacuité rare, mais ils s’y accrochent mordicus. Aussi, l’Exécutif à chaque fois a prouvé  sa bonne foi en faisant un effort substantiel, mais ils sont restés sourds. Tout ceci amène à s’interroger sur les réelles motivations des enseignants qui ont choisi de mettre en otage l’avenir des enfants.

 De quoi parlent-ils enfin !

 Personne, depuis deux ans, n’empêche un syndicat de se réunir ou de manifester. Du reste, les points que les syndicats considéraient à tort comme attentatoires à la liberté syndicale ont été largement débattus avec le chef de l’Etat, et tous ont bien semblé comprendre que le gouvernement n’était pas blâmable sur la question. Qu’ils n’auraient jamais dû aller en grève pour ce motif. Quand ils parlent des privatisations, il a été démontré que depuis son installation, le gouvernement n’a opéré aucune privatisation à ce jour. Donc, c’est un faux procès. A propos des reversés de 2008, tous les enseignants savent que la procédure de vérification est en cours et que de nombreux cas de faux diplômes ont déjà été décelés. S’agissant du non-paiement des primes de rentrée à certains enseignants, on se demande celui à qui imputer la faute. Tous les enseignants ont-ils fourni les pièces demandées, notamment le Relevé d’identité bancaire (Rib) qui aurait permis de leur faire le virement ? Le Ministère de l’économie et des finances a régulièrement payé tous ceux dont les dossiers étaient à jour. En fait, tous les dossiers reçus ont été traités par les services du Mef, et la minorité pour laquelle le virement n’a pas été effectif est constituée de ceux qui n’ont pas fourni le Rib. Pourquoi faire de cette défaillance qui n’est pas imputable au gouvernement un point de revendication ?

 Pourtant, l’Etat fait un gros effort

 L’argument qu’ils avancent toujours qui est que les enseignants sont très mal payés doit être définitivement banni. Aucun enseignant n’est mal payé. Certains sont même très bien logés comparativement à certains corps de la République. Avec les recherches, nous avons pu découvrir la réalité. En effet, un enseignant du secondaire recruté niveau licence, en début de carrière, gagne 175.721 FCfa par mois, non compris les diverses primes annuelles hors fiche de paie qui s’élèvent à 157.600 FCfa. En milieu de carrière, le même enseignant gagne 325.000 Fcfa et en fin de carrière 537.501 FCfa. Ce qui veut dire qu’à la retraite, il serait autour de 300.000/mois. A voir de près, peut-on réellement affirmer qu’ils sont mal payés quand on sait que dans d’autres corps, et pour les mêmes diplômes, d’autres gagnent bien moins ? Cette discrimination positive déjà en cours place les enseignants parfois à égalité, sinon au-dessus de gens qui ont de plus grands diplômes. La même discrimination positive vaut pour les enseignants du primaire. Les recherches, ici, indiquent que l’instituteur qui commence avec le niveau Bepc aujourd’hui gagne 92 000 FCfa/mois. En milieu de carrière, il serait à 230.000 Fcfa et en fin de carrière à 380000/mois ; soit une pension de retraite de l’ordre de 200 000/mois. Au même moment, un agent du ministère des Finances qui commence avec le Bepc gagne 82 000 FCfa/mois. Cette discrimination positive tient compte justement de la spécificité de leur travail. Donc, quand certains enseignants évoquent leur situation en prenant pour repère les magistrats, il faut s’interroger aussi sur la pertinence de leur analyse. D’abord, sur les effectifs. Les magistrats sont, à ce jour, à peine 200. Leur mission est si délicate qu’ils peuvent faire du tort à tout le monde s’ils étaient corrompus et biaisaient leurs décisions. Quant aux enseignants, ceux du primaire sont au nombre de 35.000 et ceux du secondaire 15.125. On conviendra donc aisément que l’impact financier d’une décision ne sera jamais la même. Ainsi, une augmentation salariale pour les enseignants dans les proportions qu’ils souhaitent, peut être de nature à lester le budget de l’Etat, de manière à provoquer même le défaut de salaire, sachant que notre budget est essentiellement fiscal.

 Abdourhamane Touré