Spread the love
talon-elegancia
Patrice Talon accusé a tort

Des maires sont débarqués, des conseils communaux vivent dans l’instabilité, car pour un oui ou un non, des conseillers brandissent des menaces de destitution contre le chef de l’Exécutif local. Ces temps-ci, le sujet est débattu un peu partout dans le pays. Il fait même écho hors des frontières béninoises. Dans les prises de position, beaucoup y voient la main du pouvoir en place. Or, en réalité, c’est une sérieuse révolte au sein des conseils communaux.

Allada, Bonou, Gogounou, Parakou, l’histoire se répète et a le sens d’édifier et de mettre en garde d’autres. La vague de destitution des maires à la tête de certaines communes avec son effet contagieux que l’on redoute  dans  d’autres conseils communaux a changé le climat, ces derniers temps, dans les administrations locales. Aujourd’hui, beaucoup de maires  sont menacés et ils craignent de subir le même sort que les premiers débarqués. Le vent de l’instabilité souffle et les tempêtes intérieures frappent à leurs portes. Beaucoup pensent que le problème, c’est le gouvernement, ou plus précisément, c’est le chef de l’Etat, Patrice Talon. Le référendum actuellement sur sa table qui fait couler beaucoup d’encre et de salive éveille des soupçons au sein de l’opinion publique, avec notamment le rôle que pourraient jouer les nouveaux maires installés pour le succès du projet. Le président de la République fait à ce sujet, l’objet d’un procès de la part de ceux qui considèrent ces changements à la tête des mairies comme un soutien direct sans lequel le succès  du projet de référendum ne serait illusoire. Du coup, ils ne croient pas à  la promesse de Patrice Talon de se tenir à l’écart de ces manœuvres qui étaient l’une des obsessions de son prédécesseur, Yayi Boni. S’il est vrai qu’on a vu un des hommes clés du chef de l’Etat parvenir à la tête de la municipalité de Parakou, il est aussi vrai que dans les autres communes, Gogounou, Bonou et Allada, les nouveaux maîtres des lieux n’ont pas des accointances avec Patrice Talon. Selon nos investigations, ils n’ont même pas de mentors dans le gouvernement.

Le plaidoyer de Dassigli

Sur la question, le ministre en charge de la décentralisation et de la gouvernance locale, Barnabé Dassigli a au cours d’une sortie dans le Zou, la semaine écoulée, accusé les textes, et a fait un plaidoyer pour que les faiblesses des lois sur l’organisation des communes soient corrigées. Ancien préfet du Littoral, en homme avisé, il a montré le remède et est convaincu que le mal peut être guéri sans doute au niveau du Législateur. Barnabé Dassigli s’inscrit sur la liste des spécialistes de la décentralisation qui ont montré du doigt les textes et notamment l’article 400 du Code électoral. Ceux qui voient les choses de cette façon se refusent d’accuser le Pouvoir central, mais le législateur. En réalité,  le malheur des maires destitués se trouve au sein de leurs conseils respectifs ou provient d’eux-mêmes. De ce point de vue, la situation  reflète les revirements politiques et les ententes de circonstance qui ont toujours caractérisé la vie politique béninoise. Les soutiens d’aujourd’hui deviennent les opposants de demain. Les hommes et hommes qui se haïssent et se sont toujours combattus parviennent à s’adresser la parole et à retrouver l’unité. Si la nouvelle majorité se met en place sur la base de l’unité retrouvée, comme c’est le cas de Parakou, c’est aussi parce que les conseillers se sentent trahis par celui avec qui ils filaient le parfait amour.   Les choix du maire sont contestés, sa gestion est décriée par ceux qui l’avaient porté au pouvoir et qui se disent déçus de sa gouvernance. Le discours et la politique des conseillers changent. Ils semblent filer désormais le parfait amour avec un potentiel candidat qui se révèle être le joker du groupe.  Ces manœuvres glissent souvent sur un autre terrain, qui devient celui du chantage. C’est le cas d’Allada. Les conseillers dissidents ont indiqué que la condition non négociable pour qu’ils abandonnent leur projet de destitution, c’est la satisfaction de leurs revendications. Le maire d’Abomey-Calavi a failli payer les frais de ce genre de chantage, mais heureusement pour lui, sa commune a les moyens de doter chaque chef d’arrondissement de moyens roulants. C’est à ce rythme qu’évolue le vent des destitutions.

A. T.