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VALENTIN-YEHOUNMEY
Valentin Yéhounmey, socio-antropologue

Valentin Yéhounmey est pasteur et responsable d’une église. Il est aussi socio-anthropologue de formation et spécialiste des questions de famille. A travers une interview, il apporte des éclaircissements sur l’importance de la dot dans la culture béninoise, et plus précisément l’impact de cette pratique dans la stabilité du couple. Lisez-plutôt.

  Le Matinal : Comment pouvez-vous nous définir la dot ?

 Valentin Yehounmey : La dot est, en réalité, ce que la femme apporte dans le mariage. Dans notre culture, l’homme paie la dot aussi bien à la femme qu’à la belle-famille. C’est un processus pour sceller le mariage. En réalité, la dot représente le mariage coutumier. Elle consacre la reconnaissance du gendre par la belle-famille. De par sa composition, on comprend que la dot joue un rôle social très important. Non seulement on donne des choses symboliques à la femme pour démontrer que le futur époux est capable d’entretenir une femme, de la mettre à l’aise et de pourvoir à ses besoins, mais aussi pour prouver qu’on est véritablement un homme. Par ce geste effectué à l’endroit de la belle-famille, celle-ci accepte le mariage et donne sa bénédiction à l’union. En dehors de tout cela, le symbolisme des effets apportés dans la dot démontre que nous reconnaissons la valeur de la femme et le rôle que nous entendons qu’elle joue dans la famille.

 Pourquoi constatons-nous une diminution de cette pratique ?

 La principale raison est que nous, les Africains, sommes en train de perdre notre identité. Dans nos pratiques traditionnelles, le divorce tel que cela existe chez les Blancs, nous ne la connaissons pas. Ceux qui se sont mariés, et où l’homme a payé la dot à sa femme, peuvent se séparer. Mais, en réalité, aux yeux de la société, ils continuent d’être toujours mariés. Nous avons perdu des valeurs fondamentales. Avec le fait que les jeunes donnent, de moins en moins, la dot, vous allez constater que, aujourd’hui, la crainte déserte le forum par rapport à la conservation du mariage. Les gens se mettent ensemble, font des enfants et se séparent aussi vite. L’autre raison est que certaines personnes se cachent derrière le fait qu’il n’y a plus assez d’argent. Dans la société africaine, ce n’est pas un homme qui se marie, mais toute la famille. Il y a aussi le fait que les jeunes, aujourd’hui, mettent la charrue avant les bœufs. Ils commencent d’abord leurs relations par la sexualité en pensant que c’est l’essentiel, alors que c’est vraiment un élément secondaire. Etant donné que selon eux, ils ont déjà fait ce qu’il faut faire, et que la fille est là et bien si elle veut rester tant mieux. Si non, tant pis ! Il y en a toujours que l’homme peut draguer. Toutes ces raisons font que nous ne respectons plus la dot.

 Quelle appréciation faites-vous de la disparition de cette pratique ?

 La réalité est que nous perdons les valeurs sociales qui accompagnent le mariage. Notre société perd de sa stabilité. Les problèmes dont nous discutons aujourd’hui par rapport au respect des enfants, de la famille, ont leurs sources dans la déstabilisation de la société que nous avons consacrée en ne suivant non pas seulement la dot, mais aussi le cheminement normal qui conduit quelqu’un au mariage. Il est très important aujourd’hui que nous revenions à cela, sinon notre société risque d’aller à la déroute.

 Que pourriez-vous dire aux jeunes qui délaissent cette pratique culturelle ?

 La première chose est de savoir que celui qui paie la dot est un homme qui a les pieds à terre dans sa belle-famille. Quand vous avez payé la dot, vous pouvez aller facilement dans votre belle-famille avec beaucoup de fierté parce que vous êtes enfant de la maison et c’est beaucoup d’honneur. La deuxième chose, si quelqu’un ne paie pas la dot à sa femme dans notre société traditionnelle, et qu’il arrivait un malheur à la fille d’autrui qui vit avec lui, il s’expose à des difficultés. C’est après la mort de cette dernière qu’il ira payer la dot et on lui imposera toutes sortes de choses que sa femme aurait pu négocier avec sa famille de son vivant. Je voudrais encourager aussi les familles à ne pas profiter de la situation pour imposer des choses aux jeunes. La dot doit rester symbolique.

 Propos recueillis par Alexandre Tollo et Shekinah Engbunduka

Chronique: La dot, pratique traditionnelle pervertie

 La dot est l’une des plus anciennes traditions, dans les relations familiales, surtout en Afrique. Au Bénin, elle oblige le fiancé à concéder à sa belle famille et à sa dulcinée un certain nombre de ressources matérielles et financières. C’est une pratique qui est à décourager car, elle fait passer la femme pour une marchandise. Et à Lakounlé,personnage de la pièce théâtrale « Le lion et la perle » de Wolé Soyinka de trouver des mots dépréciatifs à connotation plurielle pour dénoncer cette pratique sociale : « Coutume barbare, démodée, archaique, retrograde,ignominieuse… ». Il revient donc aux autorités en charge des questions familiales de prendre leurs responsabilités afin de revoir cette forme de mariage. Pour ce faire, des dispositions doivent être prises pour corriger cette pratique qui, considérée comme un signe de respect entre les familles, devient une source malhonnête d’enrichissement .C’est ce que je crois !

 Gbodo M. Patrick.