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bernard-e
Le directeur départemental du Commerce du Mono-Couffo, Bernard Ehoun

C’est un secret de polichinelle qu’en période de fêtes de fin d’année, de nombreux commerçants  déversent sur le marché des produits avariés. A Lokossa comme dans les autres Communes du Mono et du Couffo, nombre de ces produits sont vendus sous le couvert de la liquidation. Il s’agit d’opportunités suicidaires pour les ménages aux faibles revenus.

Des boîtes de conserve, des pâtes alimentaires, des boissons frelatées, des biscuits. Tels sont les produits avariés qui sont déversés sur les marchés de Lokossa, de Dogbo, Comè et Azové, sous le couvert de la liquidation en cette veille de fêtes de fin d’année. Cependant, ces produits ne sont pas les seuls concernés par ce phénomène. Il  y a aussi le maïs, les céréales, les œufs, le lait, les jus de fruit, le sucre, le café, l’huile et même les ‘’Pure water’’. En dépit des descentes et contrôles inopinés des agents de la Direction départementale de l’industrie et du commerce  du Mono et du Couffo dans les marchés et boutiques, le phénomène persiste. Des commerçants et revendeurs continuent de vendre ces produits impropres à la consommation dans les marchés et aux abords des voies. La situation est beaucoup plus criarde pendant les jours du marché. Au cours de ces rencontres d’affaires, les femmes vendeuses saisissent ces occasions pour écouler ces produits avariés. Elles prétextent de la liquidation de stocks pour diminuer les prix des produits afin de les vendre à grande échelle. Alors qu’en réalité, reconnaît la défenseuse des droits de l’homme, Sidonie Ehou, il s’agit des produits dont les dates de péremption sont expirées. Pendant ces rencontres d’affaires à Lokossa, Dogbo et Azovè, les auteurs de la commercialisation de ces produits avariés saisissent ces occasions pour faire le maximum de profit sur le dos des  pauvres citoyens sans se soucier des problèmes de santé que cela peut leur causer. Le comble, c’est le fait que les associations des consommateurs soient insensibles à cette situation. Lors d’une de ses emplettes, dame Akodédjro surprend une vendeuse des produits avariés aux abords du marché de Lokossa. « C’est vraiment dégueulasse. On dirait que les associations de consommateurs qui sont sensées nous défendre complotent avec ces bonnes dames pour nous vendre des produits impropres à la consommation. Car pendant les fêtes de fin d’année, il y a une multitude de produits avariés qui sont déversés sur le marché. Et silence radio. Les populations achètent ces produits sans se soucier des conséquences sur leur santé. Ceux qui en consomment tombent malade. Et personne ne dit rien», déplore-t-elle.
 Les causes du phénomène
 Le phénomène de vente des produits de mauvaise qualité dans les marchés béninois ne date pas d’aujourd’hui. Il a commencé selon les analystes économistes, par prendre d’ampleur depuis 1990, année au cours de laquelle l’Etat béninois a fait l’option de la libéralisation de l’économie. Les opérateurs économiques ont très tôt imaginé  les gros bénéfices qu’ils peuvent tirer de cette nouvelle réforme économique. L’autre motif qui a contribué à l’intensification de ce phénomène est la position géographique du Bénin par rapport au Nigeria, au Niger et au Burkina Faso. Cette position stratégique du Bénin le met en contact avec les grands réseaux internationaux de contrebande et de la fraude. C’est la raison pour laquelle, on retrouve sur ces produits avariés, des étiquettes falsifiées, des dates de péremption fantaisistes, des  contenus dilués, édulcorés ou carrément vides afin de tromper la vigilance des consommateurs à l’approche de ces fêtes de fin d’année. 
 Les mis en garde du Ddic du Mono-Couffo
 Face à la prolifération des produits avariés dans les marchés, le Directeur départemental de l’industrie et du commerce du Mono et du Couffo, Bernard Ehoun, affirme avoir pris des dispositions pour y mettre fin. Il indique que tous ceux qui vendent ces produits impropres à la consommation tombent sous le coup de la loi. « La loi portant produits pour les consommateurs est très stricte. Cette loi de 2007 stipule en son article 54 que « tout contrevenant à ces dispositions est obligé de payer une amende allant de 500.000 FCfa à 100 millions FCfa. Aussi risque-t-il une peine privative allant jusqu’à 5 ans d’emprisonnement », précise-t-il. Pour lui, aucun vendeur de produit avarié ne peut échapper à cette disposition légale. Car, lorsque les agents de contrôle de sa direction découvrent chez un vendeur une bouteille d’eau minérale dont la date est expirée, il sera frappé d’une amende de 500 mille FCfa au moins. Egalement, il met en garde tous ceux qui à l’approche des fêtes de fin d’année vont acheter à vil prix ces produits avariés  pour les vendre aux populations des zones reculées. « C’est de l’abus. Lorsqu’on va mettre la main sur ces personnes, on va les amener à la brigade ou au commissariat et les obliger à payer des amendes et les faire subir la peine privative de liberté qui leur correspond », martèle-t-il. Alors, pour que les vendeurs ne subissent pas la rigueur de la loi, il les invite à bien contrôler la date de péremption de ces produits avant de les mettre sur le marché. « Conformément à notre programme de contrôle, les mois de novembre et de décembre sont consacrés aux contrôles des produits impropres à la consommation. Lorsque les consommateurs vont vouloir acheter ces produits, ils doivent vérifier les dates de péremption et de fabrication. Actuellement, nos équipes sont sur le terrain pour contrôler ces produits. Les produits avariés ne sont pas à confondre avec les produits périmés. Les produits avariés sont des produits gâtés, mal conservés ou exposés au soleil », clarifie-t-il. Sur cette lancée, il déclare que ces équipes mettent beaucoup plus l’accent sur les dates de péremption, car à l’approche des fêtes, notamment celles de fin d’année, les opérateurs économiques inondent les marchés de ces produits douteux, vendus à des prix séduisants. « Si vous ne voyez pas les dates, n’achetez pas ces produits », conseille-t-il. Il invite les bonnes dames qui déversent sur le marché béninois des produits alimentaires avariés, à avoir de la retenue dans leurs actes. « Elles n’ont qu’à penser à ce qui adviendra lorsque les populations vont consommer ces produits impropres à la consommation », confie-t-il. Il s’est engagé à poursuivre la sensibilisation et l’éducation des consommateurs. « Nous invitons les populations à la vigilance, car un produit dont le prix normal est réduit de moitié doit être soupçonné et pour l’acheter, il faut s’entourer de toutes les garanties et précautions nécessaires.  L’observation des dates de péremption doit être de rigueur en cette période de fin d’année. Il faut qu’ils soient vigilants en cette période des fêtes de fin d’année où des produits avariés et à bons prix, sont déversés dans les marchés», conclut-il.
 Claude Ahovè
(Br Mono-Couffo)