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Victor Topanou est aussi contre le projet de révision de la constitution de Boni Yayi
Victor Topanou est aussi contre le projet de révision de la constitution de Boni Yayi

Le Professeur Victor Topanou, ancien ministre de la Justice, est l’un des observateurs privilégiés de la vie politique béninoise. Habitué aux joutes électorales, et à nouveau candidat pour la présidentielle de 2016, il était reçu sur l’émission « Zone franche » de ce dimanche 15 mars 2015. Même si, l’on peut ne pas être d’accord avec lui sur tous les sujets abordés, ses avis qui sont parfois déroutant, ne peuvent laisser indifférents. Voici quelques extraits de l’entretien.

Canal 3 : Pouvez-vous apprécier les forces en présence dans la 6ème circonscription électorale dans le cadre des législative?

Victor Topanou : Il y a 4 sièges à pourvoir dans la 6ème circonscription. Ce que je regrette. Le nombre de sièges a été défini lorsqu’il y a 5 millions d’habitants. Actuellement la 6ème circonscription compte le double. Il y a aujourd’hui une insatisfaction, il va falloir corriger les choses. Calavi, Sô-ava et Zè, sont les trois communes de la circonscription. De façon classique, Zè a toujours un siège, et Valentin Houdé occupe ce siège depuis plusieurs législatures. Les deux autres sièges sortent à Calavi, où deux blocs s’opposent. Il y a Godomey, une grosse machine, qui mérite d’être érigée en commune. Là, de façon traditionnelle, c’est le député Rb qui sort là. Actuellement, les choses n’ont pas fondamentalement changé. Le dernier, c’est le député Fcbe. Le défi, c’est de savoir si le député qui sortira de l’arrondissement central sera un député Fcbe. J’aurais souhaité que le candidat Fcbe ne gagne pas. Je n’ai aucune sympathie particulière pour Djènontin. Je ne pense pas qu’il ferait un bon député pour la 6ème circonscription. Il y a d’autres députés comme Claudine Prudencio, et les jeunes. En face de ceux-là, si j’ai les moyens de battre Djènontin, je le ferais avec plaisir.

 Que pensez-vous du soulèvement des têtes couronnées de Calavi ?

J’ai trouvé cela maladroit. Calavi est un laboratoire de construction de l’unité nationale. S’ils ne veulent pas voter pour la liste Fcbe, il y a 19 autres qui peuvent les intéressées. Aller d’une manière aussi ostentatoire et demander au chef de l’Etat de mettre un fils de Calvi comme tête de liste, c’est impertinent. Au-delà de ceci, je suis contre la révision de la Constitution. Je pense que les députés Fcbe doivent être battus pour cela.

 L’analyse qui vous amène à dire que le pouvoir pourrait perdre son siège est-elle objective ?

Oui, parce que le pouvoir est pour la révision de la Constitution. A Calavi, je soutiendrai tous les candidats qui sont contre la révision.

 La bataille électorale dans la 5ème circonscription sera également ardue. Qu’en pensez-vous ?

Objectivement, l’Union fait la Nation (Un) aura un candidat. Venance Gnigla s’en sortira. Le problème se posera avec les députés sortant Fcbe. Ceux qui ont bonne mémoire, se rappelleront de la manière dont la tête de liste a été élue, il y a quatre ans. En fait, elle n’a jamais été élue. C’est Célestine Adjanounhoun qui a été déclarée élue par la Cena. Ayant subie des pressions, elle a écrit à la Cour, qui a finit par accordé le siège à la première dame. Aujourd’hui, elle qui a abattu le travail de terrain est suppléante sur une liste, avec comme titulaire Houdégbé. Donc la bataille va être à mort. Célestine Adjanonhoun devra démontrer qu’elle avait été bel et bien élue 2011, et c’est en raison des pressions qu’elle s’est retirée. La première dame aussi, doit démontrer qu’elle méritait en 2011 d’être députée. Les forces en présence étant par ailleurs égales, je souhaiterais que ce soit Houdégbé qui gagne. On peut considérer que la première dame à d’autres responsabilités à assumer.

 Par rapport aux transfuges, l’Alliance Soleil aura-t-elle des députés dans le Septentrion ?

Oui. Tout le monde connaît l’état électoral du Septentrion.

 Dans la 7ème, le général Gbian est tête de liste avec Débourou comme suppléant. Votre analyse de ce positionnement ?

S’il se fait élire, c’est bien pour lui. Moi, ce sont les communales qui m’intéressent. Cela prépare à l’exercice du pouvoir exécutif.

 La loi interdit les libéralités aux populations à six mois des élections. Et pourtant cela se fait et personne n’est offusqué. A qui la faute ?

Au législateur. Pourquoi mettre la barre à six mois. C’est pour interdire l’activité politique. Cela ne peut pas tenir. Ceux qui font les portes à portes de dernières minutes, sont plus gênants que ceux qui font des activités six mois avant les élections, cela peut se comprendre. Maintenant, au point de vue juridique strict, quand c’est interdit, c’est interdit. C’est au législateur de prendre ses responsabilités.

 Les Fcbe, pendant leur congrès ont retenu comme thème de campagne la révision de la Constitution. Quelle est votre appréciation ?

Sur le principe je n’ai pas d’objection. Mais, il y a un malaise qui persiste. L’imprescriptibilité des crimes économiques, la constitutionnalisation de Cena et la création de la Cour des comptes sont les raisons avancées. Si c’est pour trois objectifs, on n’est pas obligé de changer le préambule de la Constitution. Or, dans le projet envoyé à l’Assemblée, le préambule est modifié. Pour ces trois objectifs, on n’est pas obligé de proposer l’initiative populaire. On peut réviser la Constution. Mais, on n’est pas obligé d’aller à plus de 3 articles. Mais, dans le projet envoyé au Parlement, il y a plus de 25 articles qui sont touchés. Pourquoi le référendum d’initiative populaire ?

 Le président de l’Assemblée nationale parle de « non-dits » derrière le projet de révision. C’est peut-être cela qui suscite des inquiétudes?

C’est un autre problème. Ce qui renforce les non-dits, c’est de dire que l’on poursuit 3 objectifs, alors que le projet touche 25 articles. On peut parler d’une nouvelle Constitution. Il n’y aura pas de nouvelle République. Ce débat est clos. Il vaut mieux ne pas ouvrir la boîte de pandore.

 Sur un autre plan, vous évitez de parler de régionalisme, pour parler de rupture du pacte républicain. Pourquoi ?

Il faut établir un bon diagnostic quand on veut combattre un mal. Dans le régionalisme, il y a une revendication identitaire, dans le cadre d’un Etat-Nation. Il y a parfois une revendication d’autonomie de gestion. La question peut être résolue par la décentralisation. Au Bénin, c’est un terme qui est utilisé à tord. Il y a deux choses qui sont revendiquées à travers ce thème dans l’esprit des Béninois : le président de la République est issu d’une région donnée. Ou bien concernant les élites, le fait qu’on est nommé, non en fonction de vos compétences, mais en raison de son appartenance géographique. Mais, que le président soit du Sud ou Nord, ce n’est pas du régionalisme. C’est une rupture du pacte républicain. Le principe de la République, c’est que tous les citoyens sont égaux devant la loi. La République a été conçue par opposition à la monarchie. La dérive, c’est de nommer les gens qui sont de la région d’où vous venez. A telle enseigne que la compétence disparaît. Sur le plan politique, les gens du Nord au Bénin, n’ont jamais pris le pouvoir par la force. C’est toujours en faisant des alliances avec les gens du Sud.

 Comment expliquer le fait de s’accorder des privilèges entre gens d’une même région ?

C’est cela la rupture du pacte républicain ! On peut toujours rendre service aux siens. Mais, le critère région est devenu criard dans notre pays depuis quelques années. Tous les acteurs politiques sont aux aguets. Les nominations du conseil des ministres sont disséquées pour voir si des gens du Nord sont nommés, ou des gens du Sud. C’est devenu un exercice malsain. En 2011, nous avons frôlé le pire : retour du pouvoir au Sud, ou maintien du pouvoir au Nord. Mais, il n’y a plus de Nord, ou du Sud. Les gens du Sud ont épousé des femmes du Nord. Et vice-versa. Aujourd’hui, les gens disent que le pouvoir est resté au Nord pendant 40 ans. Si la Constitution le permettait le président Kérékou peut encore être réélu à la fois par les gens et du Nord. Mais, le pouvoir qui est resté au Nord, a apporté quoi au Nord. Tous les pouvoirs sont restés au Sud : le pouvoir économique, intellectuel, culturel. Pourquoi on focalise l’attention sur le pouvoir politique. Cependant, il y a eu des excès condamnables.

 Est-ce que ceux qui accusent le gouvernement d’être régionaliste ont tort ?

Ils ont tous contribué à la dérive du système. Mais ils n’ont pas tord parce que le pacte a été rompu. Désormais, il faut respecter les résultats des concours.

 Pour vous, qui sera président de la République en 2016 ?

Le prochain doit avoir des idées claires au moins sur enjeux nationaux et internationaux. Il faut qu’on entende les propositions de ceux qui veulent devenir chef de l’Etat. La personne ne doit pas avoir de casseroles. Celui qui a des casseroles ne peut pas lutter contre la corruption. Il peut avoir des soupçons. Même là, cela vous détruit, parce que vous passez votre temps à vous justifier. Il y en a sur qui pèsent d’énormes soupçons. Aspirez à diriger un peuple, à être le premier magistrat, cela a des exigences. Ensuite, il faut que le président soit issu d’un parti politique. Il faut qu’il soit moulé dans ce qui se fait à la base. Sinon, il ne connaîtrait pas l’importance de son poste. L’idéal, c’est que ce soit quelqu’un de la nouvelle génération, né après les indépendances.

 Est-ce qu’il n’est pas temps que Yayi Boni choisisse un dauphin ?

Il aurait tort. Je ne pense pas qu’il soit aussi populaire, pour peser sur le vote. Un constat objectif, dix ans de pouvoir cela use. Parmi ceux qui ont voté pour lui en 2006, certains sont victimes d’Icc, et sont déçus.

 Transcription : Wilfrid Noubadan