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Nicéphore Soglo sensible à l’initiative de Doris Leuthard

En marge de son séjour en terre béninoise, la présidente de Confédération suisse s’est rendue dans la ville de Ouidah où elle a visité plusieurs sites érigés en mémoire des victimes de la traite négrière. Farouche défenseur de la culture, le président Nicéphore Soglo salue cette démarche et appelle à la promotion des  valeurs de tolérance, de respect et d’appréciation de la dignité de tous les êtres humains.

Le Matinal : Vous revenez au pays après que le Bénin ait accueilli la présidente de la Confédération suisse. Au cours de son séjour, elle a eu le bonheur de se rendre à Ouidah pour visiter la Porte du non-retour. Comment aviez-vous accueilli cette nouvelle ?
Nicéphore Soglo : Vous avez vu comment le président israélien a été reçu par le président Macron, pour célébrer les crimes que les juifs ont subis en France. C’est la seule façon d’aider les peuples à ne pas oublier et à traiter les hommes de la même manière. Je crois que la démarche de la présidente de la Confédération suisse va dans la même direction et désormais, personne ne peut se promener dans le monde en oubliant les crimes qui ont été commis contre l’humanité. Je suis heureux que les gens se souviennent de ça et sachent la responsabilité de chacun et ce que nous devons faire. Les éléments les plus importants que nous tirons de ces crimes, c’est que nous devons non seulement mobiliser la conscience mondiale, mais également promouvoir les valeurs de tolérance, de respect et d’appréciation de la dignité de tous les êtres humains. Quand on parle de crimes contre l’humanité, c’est quand on viole ces principes qui sont les droits de l’Homme. Ils permettent de mieux connaître l’histoire des uns et des autres. Nous ne sommes pas responsables de ce que nos ancêtres ont fait dans le passé et cela ne nous donne pas des obligations quant aux rapports que nous devons avoir avec les autres parties du monde. Je suis heureux que cette grande dame soit venue ici, qu’elle ait compris que le sort de l’Afrique est la conséquence directe de ce crime qui a été commis contre le continent. Je disais dans le discours que j’ai prononcé en Côte d’Ivoire, que l’un des grands géants avec Aimé Césaire des Caraïbes, c’est le Dr Eric William qui a écrit « Capitalisme et esclavage ». Dans ce livre, il montre que c’est la dépor-tation des noirs qui a financé l’accumulation du capital qui a permis à l’Europe la révolution industrielle. C’est-à-dire que le développement du monde est basé sur le sort des noirs. Quand j’étais à Nantes, je disais que le grand château de Versailles et autres avaient été bâtis sur le sort des Noirs.
Pensez-vous comme d’autres que cette visite doit aboutir à la reconstruction de l’histoire des Noirs ou encore à l’entretien des projets que vous avez initiés sur la route de l’esclavage ?
Dans le monde de violence dans lequel nous sommes, il faut rappeler aux victimes et leurs  enfants ce qu’ils en pensent. Nous figurons parmi les victimes et nous devons faire comprendre à nos enfants d’où nous venons puisque nous sommes des rescapés. Quand nous allons aux Etats-Unis, les Indiens ne vivent que dans les réserves indiennes et sont considérées comme des zoos humains. Je dis qu’on a échappé belle. Vous allez en Australie, vous verrez les Aborigènes alors que c’est leur continent.
Avez-vous un appel à lancer au président de la République?
Nous avons jeté les bases et je crois que nous sommes disponibles. Il y a tellement de compétences dans ce domaine et dans beaucoup d’autres et les gens ne demandent qu’à perpétuer ces souvenirs pour notre dignité.
Propos recueillis par AT