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YAYI-ELYSE
Mystère autour de la venue de Hollande au Bénin

L’Elysée l’a dit, à travers un communiqué et la partie béninoise a été jusqu’à annoncer la date de la visite à Cotonou de François Hollande. En attendant que la France apporte plus d’éclaircissements sur l’intérêt de son président à se rendre au Bénin, on se demande, d’abord, ce que vise cette intention de Hollande.

François Hollande a quel problème ? Il envisage se rendre à Cotonou le 2 juillet 2015 dans le cadre des relations bilatérales entre les deux pays. Au Bénin, l’information est déjà dans les rues ; mais avec des questionnements. En venant au Bénin, Hollande veut-il faire croire que la France est d’accord avec tout ce qui passe dans le pays ? Le président veut-il honorer Yayi Boni en cette douloureuse fin de mandat ou bien vient-il pour sauver le Bénin ? Où était-il quand le peuple pleurait la torture (de diverses manières) qu’il subissait de la part du régime Yayi ? Les Béninois ont souffert, seuls, et se sont battus pour décourager Yayi dans tous ses élans anti-démocratiques sans aucun soutien (ne serait-ce que moral) du président Hollande. Il viendra chercher quoi à Cotonou alors que les soulèvements populaires se font plus rares ces temps-ci ? Le président français n’a-t-il rien d’autre à faire que de venir valider la gestion douloureuse d’un mandat que le peuple béninois regrette ? L’avion de Hollande va atterrir où ? Sur une piste dégradée et qui subit des réhabilitations suite à une menace de la compagnie Air France ? Quel sens le président français veut-il donner à son voyage sur le Bénin, pays dans lequel les populations sont sur les nerfs et fâchées contre les dirigeants ?

Depuis 2011, le pouvoir Yayi Boni a mis le pays dans une incertitude avec des conflits dans tous les sens. La paix est menacée au Bénin ainsi que la sécurité. Des gens ont dû fuir le pays pour avoir dit la vérité, certains, et d’autres, pour avoir exprimé leurs opinions. Des personnalités sont assassinées et des leaders d’opinions agressés. Le taux de croissance refuse de s’augmenter à cause de la crise de confiance entre le pouvoir en place et les opérateurs économiques d’une part et les agriculteurs d’autre part. Des journalistes sont sous pressions et menaces. Des organes de presse sont fermés de façon arbitraire. Des tentatives d’arrestations arbitraires s’opèrent régulièrement et les populations n’hésitent pas à se mettre dans les rues, contrairement au passé.

Pour exemple, Patrice Talon et Olivier Bocco, tous deux des hommes d’affaires, sont en exile depuis bientôt cinq ans. Maître Lionel Agbo a du fuir son pays pour éviter la prison parce qu’il a exprimé son opinion. Angelo Houssou, Magistrat, est aux Etats Unis depuis près de deux ans parce que sa sécurité est menacée pour avoir dit le droit. Récemment, c’est Ozias Sounouvou, journaliste à la télévision nationale, qui a fui pour se refugier, toujours aux Usa afin d’éviter la pression et les menaces qu’il a dit subir après son coup de gueule dans un journal télévisé suite à la participation de Yayi Boni à une marche pour dire non à l’attaque contre Charly Hebdo à Paris. Bernadette Sohoudji Agbossou, ancienne ministre, a été assassinée et le dossier est resté sans suite depuis des années. Martin Assogba a été agressé dans son propre quartier alors qu’il venait de se prononcer sur un dossier de l’actualité nationale qui n’arrange pas le pouvoir en place.

Les 4 et 6 Mai 2015 au Bénin, Cotonou a été le théâtre d’un soulèvement populaire, jamais arrivé depuis 2006. Le peuple a manifesté son mécontentement avec la dernière rigueur pour refuser les arrestations fantaisistes du pouvoir Yayi qui a raté de justesse, le député Candide Azannaï. Depuis quelques jours, c’est le campus universitaire d’Abomey-Calavi qui est en ébullition. A côté de cela, l’insécurité a pris une allure inhabituelle avec la tuerie de près d’une dizaine de policiers (paix aux âmes des disparus) en 2014.

 Hollande en terre corrompue ?

 Décidément, le président français n’a certainement pas reçu toutes les informations avant de prendre la décision de venir au Bénin, un pays en réalité de paix mais dont le régime actuel a fait reculer les valeurs qui garantissent la paix, la sécurité etc. L’Ambassadeur Aline Kuster-Ménager se doit donc de vite faire savoir à Hollande qu’il ne devra pas être surpris de voir son arrivée coïncidée avec des mouvements de protestations et de soulèvements. C’est courant, ces temps-ci au Bénin, car le peuple ne veut plus se laisser frustrer. Le diplomate doit dire dans sa fiche à son chef d’Etat qu’il sera reçu par un régime sous lequel des gens ont réussi à spolier des citoyens à l’ordre de 150 milliards Fcfa avec environ huit (8) milliards de FCfa récupérés mais jamais distribués depuis plus de trois ans.

François Hollande viendra, peut-être avec des promesses et dons. Mais Aline Kuster-Ménager n’a qu’à lui signifier que sous le régime actuel, on n’a pas froid aux yeux pour détourner des fonds extérieurs alloués à des projets de développement. Le cas des Pays-Bas est encore d’actualité.

 Hollande au Bénin avec Talon et consorts ?

 Si ce n’est pas le cas, le président Hollande a tiré à terre. Sa visite n’aura aucun sens. S’il vient à Cotonou, sans avoir réussi à forcer Yayi Boni de faire la paix avec son compatriote Patrice Talon et tous les autres qui ont dû fuir le pays, il n’aura rien fait. Les Béninois ne garderont aucun bon souvenir de sa visite à Cotonou. Le président Français se devra de mettre tout en œuvre pour que son homologue retire son projet de révision, fasse revenir tous les exilés au pays et s’engage pour l’unité nationale. Il n’est plus nécessaire de lui faire prôner la bonne gouvernance et l’impunité. Hollande doit savoir que son homologue a des défauts à ce niveau. Aline Kuster-Ménager a donc du travail.

 Félicien Fangnon

 C’est possible d’annuler la visite

 C’est possible pour François Hollande d’annuler son voyage sur le Bénin. Pas la peine de venir plonger sa bouche dans des histoires internes dans ce pays. Ce ne serait pas un crime, ni une surprise. En Février 2008, l’Ambassadeur de la France près le Bénin avait annoncé la visite au Bénin de Nicolas Sarkozy. L’annonce avait fait suite à la visite de Georges Bush à l’aéroport de Cotonou. Mais avec l’évolution de l’actualité, l’Elysée avait revu son programme. A ce jour, Sarkozy n’est pas venu.

FF