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Yayi est un Président spécial ! Il répond à presque tout, même aux rumeurs. Il n’hésite pas à aller au clash car, pour lui, les institutions de la République doivent être complices !!! En répondant au communiqué de presse de l’Assemblée nationale sur la demande de poursuite de Barthélémy Kassa dans le dossier Ppea II, il s’est montré très dur à l’égard de la deuxième personnalité du pays : « J’ai pris connaissance du communiqué de l’Assemblée nationale du 31 juillet 2015. Mon étonnement est d’autant plus grand qu’une réponse à la lettre que je vous ai adressée en tant que Président de la République, le 29 juillet 2015, fasse ainsi l’objet d’un communiqué de presse. Il est en effet surprenant qu’en lieu et place de la réponse que vous auriez dû m’envoyer dans le cadre du respect du parallélisme des formes, vous ayez publié ce communiqué signé pour ordre par votre chef service communication (…). Je m’interroge en outre sur l’incompréhension dont vous parlez quant au contenu de la lettre que je vous ai envoyée (…). Par ailleurs, la restitution des fonds publics détournés est une priorité. Il est alors surprenant que vous doutiez du caractère sérieux, sincère et loyal de ma demande (…). Loin des polémiques, toutes les institutions devraient en synergie, dans une union sacrée, conjuguer leurs efforts pour le rétablissement des modalités devant permettre aux populations de continuer à bénéficier de l’eau. Il est en effet préjudiciable dans la situation actuelle de se refuser à aller à l’essentiel à savoir mettre en œuvre promptement les diligences pour le traitement judicieux du dossier soumis à notre Parlement. A notre avis, une attitude contraire serait un encouragement à faire perdurer l’impunité et à soutenir certains véritables bénéficiaires de cette opération dont les intentions de mettre un terme à la vie du Président de la République ou un terme prématuré à sa gestion des affaires de la nation sont connues de tous (…) ». Après avoir lu et relu ces extraits, on a du mal à se remettre. Le Président est-il vraiment l’auteur de cette correspondance ? Heureusement, il n’y a aucun doute là-dessus. Sa signature y est apposée. Mais venant d’un Président, on peut douter de la conception qu’il a d’un Etat démocratique. Yayi sait très bien que l’Assemblée nationale est une institution de contre-pouvoir ! Il sait aussi que la procédure de poursuite d’une autorité publique devant la Haute cour de justice est corsée ! Alors, de quoi parle-t-il en exigeant de l’Assemblée nationale qu’elle accélère la procédure ? Veut-il que les députés violent la loi fondamentale pour faire son vœu de voir Barthélémy Kassa comparaître devant la Haute cour de justice ? Apparemment, le roi a oublié qu’à la tête du parlement, il n’y a pas un de ses députés godillots manipulables à souhait comme au bon vieux temps où il suffit qu’il dise piiiinnn pour qu’il y ait le paaannn. Porté par toute l‘opposition à la tête du Parlement, Adrien Houngbédji ne peut pas se laisser aller à ce jeu, même si on lui passe la brosse à reliure en le qualifiant d’homme d’Etat ! Ce qui est surprenant, c’est que Yayi voit déjà à travers les incompréhensions soulevées par l’Assemblée nationale la main de Patrice Talon, l’homme qui le hante tous les jours. Puisque les députés veulent assouvir la soif de celui qui veut sa mort et la fin prématurée de son mandat !!! Et là, on a le droit de pouffer de rire. Où est le lien entre des incompréhensions soulevées par le Parlement et Talon ? Pourquoi toutes les difficultés que rencontre le Bénin doivent être portées par Talon ? Le roi tombe décidément dans le ridicule et doit attirer l’ire de Houngbédji qui ne tardera pas à réagir face à ces graves insinuations…

Yayi est quand même coutumier du fait. En 2013, il avait lancé une fatwa contre les Evêques qui avaient osé dire non à la révision de la constitution et traiter les affaires « tentative d’empoisonnement et coup d’Etat » d’évènements douteux et contestés. Sous l’impulsion de ses valets, des communiqués avaient été émis par d’autres communautés pour dénoncer l’église catholique et la Conférence épiscopale du Bénin. Mais au fond, le diagnostic de la Conférence épiscopale n’a pas été démenti par Yayi. Cette lettre demeure vive dans les esprits comme ces propos de Benoît XVI lors de sa visite au Bénin, le 19 novembre 2011 : « La personne humaine… veut vivre dignement ; … elle veut être respectée ; elle revendique une gouvernance limpide qui ne confonde pas l’intérêt privé avec l’intérêt général, et plus que tout, elle veut la paix et la justice. En ce moment, il y a trop de scandales et d’injustices, trop de corruption et d’avidité, trop de mépris et de mensonges, trop de violences qui conduisent à la misère et à la mort ». En réalité, le pire n’est pas ailleurs…

 Epiphane Axel Bognanho