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yayi-pose-pierrreDevant la représentation nationale hier, le Président de la République a tenu un discours qui a tendance à faire croire que les dysfonctionnements observés au sein de l’appareil judiciaire dans la lutte contre l’impunité et la corruption ne relèvent pas de la responsabilité entière de son régime. « Monsieur  le Président de l’Assemblée nationale! Au-delà de la volonté d’un homme et de l’existence d’une institution dédiée à la lutte contre la corruption, le combat pour la sauvegarde de l’intégrité publique exige une union sacrée de tous, un changement de mentalité en profondeur, d’éthique et de morale. Il se pose alors la question de savoir jusqu’où les Béninois veulent aller avec cette exigence. Cette interrogation soulève la question non moins importante de l’efficacité de notre justice pour mettre fin à l’impunité et à la corruption ». Ces phrases émanent du chef de l’État. Attention Yayi Boni veut détourner l’attention du peuple des vrais coupables de l’échec de la lutte contre la corruption. Peut-être qu’il a oublié. Mais nous avons en mémoire certains actes qui ont freiné la volonté du système judiciaire à véritablement lutter contre l’impunité.  Il a tenté d’énumérer les vraies causes sans situer les responsabilités. « Toutefois,  ces actions se sont révélées de portées limitées en raison, notamment de trois (03) obstacles majeurs. Le premier est relatif aux mouvements sociaux dans le secteur de la justice devenus récurrents… Le deuxième se rapporte à la politisation d’un certain noyau de magistrats alors que d’autres forcent l’admiration de par leur conscience professionnelle… Le troisième est lié à l’inexistence d’un tribunal de commerce susceptible d’assurer le traitement diligent des contentieux en matière commerciale dans le but d’améliorer la compétitivité de notre économie ». C’est la position  du président de la République. Mais, essayons de nous interroger un peu.   Que peut réellement une justice dans un pays où le pouvoir a toujours envie de diviser les Magistrats? Depuis quelques années, les Magistrats béninois n’avaient qu’une seule instance (Unamab) au sein de laquelle ils se retrouvent pour échanger et se défendre contre les velléités d’affaiblissement et de domestication de leur institution. Mais avec les nombreuses manœuvres du régime, un second regroupement (Amab) est né. Ce n’est pas un péché. Mais, le contexte de sa naissance et les idéaux de son fondement ont laissé croire que c’était un instrument monté pour combattre les Magistrats eux-mêmes. A côté de cela, il y a les grèves perlées observées dans le système judiciaire. Le chef de l’État l’a évoqué sans rappeler les raisons qui ont souvent poussé les Magistrats à aller en grève. Ces mouvements avaient souvent été observés, non pas pour revendiquer des primes ou de salaires, mais plutôt pour exiger le respect de certains principes dans les nominations et les affectations. Si le gouvernement faisait bien les choses, ces grèves ne seraient pas intervenues.  Ensuite, la justice peut quoi dans un pays où le respect des décisions de justice n’est pas une réalité? Plus besoin de revenir sur l’arrêt de l’exécution de plusieurs décisions de justice dans ce pays au début du mandat de Yayi Boni. Mais, on peut au moins rappeler que des personnalités politiques (opposants) sont jetées et gardées en prison dans ce pays, bien que mises en liberté par des décisions de justice. Récemment, la justice a ordonné l’arrêt des travaux de chemin de fer engagés par la société Bolloré, proche du régime en place. Mais, on a vu le degré de résistance observée par le gouvernement malgré l’alerte donnée par les médias sur les conséquences que cela aura pour l’État béninois. Parlant de la lutte contre l’impunité et la corruption, le président a semblé oublier que la justice demeurera toujours faible si le pouvoir Exécutif continue de protéger des voleurs. Yayi Boni a manqué de dire aux représentants du peuple ce qui a fait que les supposés coupables des affaires Cen-Sad, Icc services, Ppea II et consorts n’ont pas été punis. Il a manqué de dire aux députés qu’il avait contrôlé le parlement pendant des années avec une forte majorité mais que des ministres en fonction ou non n’ont pas pu comparaitre devant la Haute Cour de justice. A qui la faute si rien n’est fait pour mettre en œuvre les recommandations de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption ? Qui a tort si la loi anti-corruption n’a pu frapper des gens qui, malheureusement se retrouvent dans les bras du régime en place ?
F.F