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Soglo et Yayi: artisans du rejet du projet de révision

 Parfois, les hommes et femmes politiques sacrifient leurs idéaux sur l’autel des intérêts sordides. Ce n’est pas nouveau. Les convictions qui changent au gré du vent, sont jetées aux orties. Ainsi, on pourrait comprendre l’entente contre-nature des anciens chefs d’Etat contre Patrice Talon dans le vote contre le projet de révision.

Le Projet de révision de la Constitution a été le premier vrai test politique  auquel le gouvernement  de Patrice Talon a été soumis.  Même si le Chef de l’Etat sort un peu éprouvé de ce malheureux épisode qui est, au fait, révélateur de l’instinct conservateur et du refus d’évoluer de certains de ses compatriotes,  il n’en sort pas moins grandi et davantage édifié. Comme l’aurait dit de manière terre à terre l’Africain lambda, il « connaît désormais ses vrais amis ».  A ses dépends, Patrice Talon a appris de nouveau, qu’en  politique, il faut donner des coups, car, de toutes les façons, l’adversaire ne vous ratera pas à la première occasion.  Sous cet angle, le vote du mardi 4 avril 2017 au Parlement a été un cas d’école. Atteint dans son orgueil, Patrice Talon est alors monté au créneau pour dire ses vérités. Pour lui, il y aurait des mains « visibles » derrière le vote de rejet émis par une frange de députés. Quelques jours après cette sortie sur les médias locaux, c’est  sur Rfi que le président de la République confiera le fond de sa pensée. On a alors compris combien ce projet de révision lui tenait à cœur. Par ailleurs,  il n’a pas hésité à dénoncer le rôle joué par deux anciens chefs d’Etat béninois dans la position tenue par les 22 députés anti-révisionnistes plus un, « ni oui, ni non ». Selon Patrice Talon qui répondait à Christophe Boisbouvier, les camps Soglo et Yayi « ont ouvertement appelé à voter contre sans arguments ». Avant d’ajouter, un peu amer, que « la revanche fait partie des paramètres politiques ». On peut, sans risque de se tromper, dire que Yayi Boni et  Nicéphore Soglo sont comme dans l’œil du cyclone. Surtout que la nuit du vote, la doyenne d’âge Rosine Soglo avait donné de la voix, dans une attitude contradictoire. Son comportement,  à elle seule, apporte de l’eau au moulin du chef de l’Etat. Car comment peut-on accepter un texte en commission, et  en plénière  quelques jours plus tard, voter contre ? Même si elle a tenté de se justifier sur l’occasion, cette attitude de la  députée Rb,  qui s’est permis de dénoncer ses collègues, est tout sauf logique. Plus grave, et erreur impardonnable en politique, Yayi Boni s’est  fendu,  sans crier gare, d’une visite chez les Soglo au lendemain du vote. Sûrement pour fêter la victoire, ou pour célébrer l’échec du projet. Or, tout le monde sait le niveau exécrable des relations entre les Soglo et Yayi. C’est donc le monde à l’envers que de savoir que ces deux camps peuvent s’allier contre le gouvernement du Nouveau départ. Il n’y a pas de honte, ni de pudeur en politique, et tous les coups sont permis. Avec cette nouvelle donne, c’est-à-dire le renforcement de l’axe Yayi-Soglo, les portes du Palais de la Marina sont,  sans doute,  fermées pour celui d’entre eux,  qui cherchait désespérément  à échanger avec Patrice Talon.

Abdourhamane Touré