Spread the love

Zinsou Derlin EmileDe tous les évènements pour lesquels on lui attribue la responsabilité, il y en a un qui reste jusqu’à présent de triste mémoire et ne s’effacera pas des anales de l’histoire du Bénin. C’est l’agression du 16 janvier 1977. L’arrivée ce dimanche matin d’un commando dirigé par Bob Denard serait l’œuvre de Emile Derlin Zinsou et le succès de l’agression qui avait pour but de renverser le gouvernement du Général Mathieu Kérékou, devrait lui permettre de reprendre le pouvoir après l’avoir perdu en 1969 par un putsch. Alors qu’il était à Rabat au Maroc, il a été informé depuis Paris du déroulement d’un coup à Cotonou. « C’est comme cela que j’ai été informé», s’est-il toujours défendu. Certes, il était informé, reconnait-il, mais il n’a plus été au courant du jour et de comment Bob Denard et ses barbouzes ont été payés. Contre la parole de Emile Derlin Zinsou, le mercenaire français apporte un témoignage plutôt accusateur. Dans un ouvrage à travers lequel, il évoque ses expéditions de mercenaire en Afrique, Bob Denard met en cause Emile Derlin Zinsou. « Accusation mensongère », se défend celui-ci jusqu’à sa mort. Mais l’agression a échoué et contraint l’ancien président à l’exil. Il y a une chose sur laquelle Emile Derlin Zinsou ne fait pas d’économie : c’est la justification du coup d’Etat. Il estime que cela devrait permettre de libérer un peuple soumis au marxisme léninisme à sa forme du goulag le plus intolérable. De l’intérieur provenaient des voix qui appelaient à la libération du peuple et le seul moyen, croyait l’ancien président, c’était une agression extérieure, car convaincu qu’aucune révolution menée de l’intérieur ne pouvait y arriver. C’est donc en réponse aux nombreux appels pour libérer un peuple en souffrance que l’idée d’une agression est née. Comme d’autres compatriotes à l’extérieur, Emile Derlin Zinsou a répondu à des cris de détresse, mais ce énième coup d’Etat dans un pays qui en a l’habitude et d’où il tirait sa sinistre appellation d’enfant malade de l’Afrique, contraint bien de cadres à l’exil, lui. Condamné à mort plusieurs fois  par contumace par le régime révolutionnaire, il rentre au pays en 1990 après près de dix sept ans d’exil pour prendre part à la conférence nationale. L’armistice générale accordée aux exilés politiques dont Emile Derlin Zinsou, lui a sans doute permis de se réconcilier non seulement avec le Général Mathieu Kérékou, mais aussi avec ceux qui faisaient son procès, à tort ou à raison.

Fidèle Nanga

  Grandeur d’esprit

Aux obsèques de Maurice Iropa Kouandété à Natitingou en mai 2003, Emile Derlin Zinsou a prouvé sa grandeur d’esprit. Il prenait en réalité part aux obsèques de son tombeur qui lui aurait fait voir de toutes les couleurs en 1969. Le commandant Kouandété était un soldat redoutable, « spécialiste de putschs ». Devant le lieutenant-colonel Alphonse Alley, c’est Kouandété qui a ordonné Zinsou de prendre le pouvoir sans lui accorder le temps de la réflexion. C’est encore le même Kouandété qui, tombé en disgrâce devant l’inflexibilité de l’autorité du président Zinsou, l’a déposé à Natitingou via Parakou après l’avoir neutralisé au palais à Cotonou. Malgré cela, Zinsou était à Natitingou pour honorer la mémoire de son ex chef d’Etat-major. Dans l’interview qu’il a accordée à la presse, il déclarait en substance qu’il n’a pas oublié la discorde, mais qu’il gardait en mémoire les qualités intrinsèques de ce militaire. En 2003, Zinsou était déjà âgé de 86 ans et n’était pas tenu de faire le déplacement de Natitingou. Cependant, au titre des anciens présidents de la République d’alors, il a pris place aux côtés de ses pairs pour rendre le dernier hommage à Maurice Kouandété.

JCK